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Une ambassade américaine prise d’assaut mardi à Bagdad ! L’ambassadeur US évacué et les photos de liesse prise, c’est finalement mercredi soir que les manifestants ont quitté les lieux sur ordre des milices paramilitaires Hachd al-Chaabi.
Un épisode pour le moins exceptionnel tant ce type de bâtiment bénéficie d’une protection accrue. Mais aussi un évènement qui fait suite à plusieurs mois de violences. Le prétexte de la prise d’assaut de l’ambassade était, lui, la demande du retrait total des Etats-Unis du territoire après qu’un raid américain a fait 25 morts irakiens réputés pro-iranien.
Elément à noter, ce ne sont pas les forces irakiennes institutionnelles habituelles qui sont intervenues dans la zone verte où se situe l’ambassade américaine mais les milices paramilitaires Hachd al-Chaabi, majoritairement chiite et pro-iranienne qui font désormais partie du dispositif sécuritaire du pays.
Cet épisode anti-américain n’est cependant pas à regarder isolément. S’il est explicable par le ressentiment à l’égard de l’envahisseur qui a mené le pays dans le chaos depuis 2003, il s’intègre à d’autres évènements d’hostilité vis-à-vis des influences étrangères. Ainsi, le 4 novembre c’est le consulat d’Iran à Kerbala dans le centre du pays qui avait été attaqué, s’en suivra celui de Nadjaf le 27 novembre un peu plus au sud. Ces attaques dans deux villes saintes du chiisme témoignent d’une hostilité vis-à-vis de l’influence iranienne dans le pays. Elles n’ont évidemment pas été par des mécontents de la même sensibilité politique qu’à Bagdad… témoignant de l’émiettement des factions de mécontents.
En effet, depuis 2011 et le retrait des troupes US annoncé par le président Barack Obama, l’Iran s’est enfoncé dans la brèche et a intensifié son effort d’influence chez son ennemi d’hier, car, il ne faut pas l’oublier, si l’Irak est majoritairement chiite comme l’Iran, les deux Etats n’en n’ont pas moins connu un conflit meurtrier de 8 années entre 1980 et 1988.
Depuis le relatif retrait étasunien de 2011, les services iraniens auraient pris le relais de la CIA auprès de l’administration et des postes stratégiques dans le pays.
Parallèlement les milices Hachd Al-Chaabi, se sont développées, forte notamment, de leur victoire contre l’Etat Islamique.
L’Irak est ainsi devenu un terrain de jeu irano-étasunien, un sol sur lequel se joue une lutte d’influence sur fond de crise économique et sociale. En effet, si le pays n’a jamais été aussi riche dans l’air moderne, eu égard à la bonne tenure du prix du pétrole, il n’en connait pas moins une corruption de grande ampleur. Une corruption qui exaspère une jeunesse dont le taux de chômage s’élève à 50 % ! De quoi raviver les frustrations d’une génération connectée qui voit ses voisins orientaux mieux lotis, alors même qu’ils résident dans des pays moins riches…
Les manifestations de jeunes diplômés ont d’ailleurs été l’un des déclencheurs.
Fin septembre, la violente répression contre une manifestation de diplômés au chômage a mis le feu aux poudres… s’en est suivit la mise à l’écart d’Abdel Wahab Al-Saadi, numéro 2 de l’antiterrorisme irakien, héro de guerre mais réputé proche des Etats-Unis, une mise à l’écart qui a fait naître des soupçons légitimes quant à l’influence de Téhéran.
Entre octobre et décembre, les manifestations feront plus de 400 mots et 20 000 blessés, entrainant notamment fin novembre la démission du premier ministre Adel Abdel Mahdi.
Aux indicateurs de révoltes s’ajoute un indicateur sociologique tout aussi alarmant : l’augmentation du taux de suicide qui aurait grimpé de 30 % entre 2016 et 2018 chez les jeunes, ce qui n’a rien d’anodin dans un pays islamique où cette pratique est réprouvée.
Une situation économique et sociale inquiétante, des manifestations meurtrières, une administration corrompue et des violences armées qui sont monnaie courantes. Près de deux décennies après l’invasion étasunienne, l’Irak ne s’en remet toujours pas. Et si la page Washington semble au moins en apparence tournée, le pays devra éviter de se retrouver à présent sous la coupe de son voisin.
Entre l’impérialisme américain et les velléités hégémoniques régionales persane, l’Irak va devoir trouver une troisième voie, qui idéalement lui permettra d’entretenir de bon rapport avec Téhéran sans pour autant être un ennemi direct de Washington.
Pour y parvenir, certaines personnalités ont montré la voie à l’image de l’ayatollah al-sistani. Personnalité importante du chiisme irakien, il propose à ses compatriotes de se reformer une identité politique propre avec un mode de gouvernement n’impliquant pas les clercs prônant le développement d’un Etat laïc dans lequel cohabitent chiites et sunnites.
Difficile cependant d’imaginer une sortie de crise rapide dans un pays meurtris et diviser en factions.
(via TV Libertés)
Crédit photo : DR
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