Italie. La coalition de Salvini minée par des tensions

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La crise du coronavirus qui atteint l’Italie – 528 cas, 14 morts et une quarantaine de guéris ce 27 février – a relégué au second plan tous les autres sujets italiens, dont la guerre des tranchées de Matteo Salvini contre la coalition de gauche et centre-gauche au pouvoir. Pendant ce temps, sa propre coalition est agitée de tiraillements qui font le bonheur de la presse mainstream.

Alors que le 17, le gouvernement italien avait annoncé commencer le démantèlement de la législation anti-migrants laissée par Salvini, ce dernier se rendait le 19 à Lecce, chef-lieu de province dans la région des Pouilles, au sud de l’Italie, dans ce Mezzogiorno dont il grignote peu à peu les régions – la dernière à tomber fut la Calabre, de façon fulgurante le 26 janvier dernier, alors que l’Émilie-Romagne restait, sur le fil, à gauche.

Le 3 février dernier, la Gazette du Mezzogiorno, grand journal mainstream du sud du pays, s’intéressait aux tensions au sein de l’alliance de Matteo Salvini, composée de la Ligue, de Forza Italia de Berlusconi, et du moins connu et plus droitier Fratelli d’Italia dirigé par Giorgia Meloni. Ces tensions sont liées au partage des candidatures dans les régions entre les trois partis constitutifs de l’alliance.

« En décembre, Salvini, Giorgia Meloni et Berlusconi s’étaient réunis pour choisir quel parti devait indiquer les candidats du centre-droit en vue des régionales de 2020 », explique l’analyste politique Andrea Carriero. La répartition est la suivante : en Émilie-Romagne, la Ligue (Borgonzoni) [battue], en Calabre, Forza Italia (Jole Santelli) [élue], en Vénétie c’est Luca Zaia (Ligue), sortant, en Ligurie, le sortant Giovanni Toti (ex-Forza Italia et fondateur d’un petit parti de centre-droit « Cambiamo ! », soit « changeons ! »), en Toscane, la Ligue, dans les Marches, Fratelli d’Italia, en Campanie, Forza Italia (Caldoro) et dans les Pouilles Fratelli d’Italia (Fitto).

Or, ce sont justement les candidatures dans les Pouilles et en Campanie qui ont mis le feu aux poudres en interne. « Caldoro a déjà été en poste en Campanie de 2010 à 2015 avec des résultats peu probants. Il en va de même pour Fitto qui a gouverné les Pouilles de 2000 à 2005 et qui n’a jamais été réélu. La question que se pose donc Matteo Salvini est plus ou moins la suivante : étant donné que ce sont deux candidats déjà connus, qui ont déjà été à la tête de leur région respective [et qui ont été battus], ne vaudrait-il pas mieux mettre de nouveaux visages ? », explique Andrea Carriero

Cependant, il s’est heurté à une fin de non-recevoir de ses partenaires, qui critiquent en retour le choix de Borgonzoni en Émilie-Romagne, peu probant dans ce bastion de gauche, malgré une campagne retentissante de Salvini – et une réponse quasi-hystérique de la gauche organisée autour du mouvement des Sardines et de l’obstruction pure et simple à Salvini.

« Je suis femme, je suis mère, je suis chrétienne », Fratelli d’Italia porté par le tube de Giorgia Melloni

Parallèlement à ces tiraillements liés aux choix des candidats, on trouve aussi une recomposition au sein de l’alliance – Forza Italia de Berlusconi perd du terrain, tandis que Fratelli d’Italia de Meloni est engagée dans une spirale ascendante. Et ce, grâce aussi à l’attention des médias, bien que ce mouvement pèse pour l’instant deux à trois fois moins lourd en nombre d’électeurs que la Ligue.

« Sur le plan national, la compétition entre Salvini et Giorgia Meloni augmente. Après la manifestation organisée le 19 octobre 2019 à Rome, la leader de FDI a gagné une grande exposition médiatique grâce à sa phraseje suis Giorgia, je suis femme, je suis mère, je suis chrétienne” qui est même devenu un [tube] avec plus 8.900.000 vues », explique Andrea Carriero.

Avec cette sortie médiatisée et les résultats électoraux en constante amélioration de Fratelli d’Italia, Giorgia Meloni a supplanté Berlusconi et a hissé son parti comme deuxième force de la coalition. Cependant, bien que les médias mainstream espèrent planter un coin entre les trois membres de la coalition en s’intéressant aux tensions et aux sujets de désaccord, la coalition semble avoir encore de beaux jours devant elles. En jeu, les régionales à venir du 31 mai, où la droite unie espère encore arracher quatre régions à la gauche : la Campanie, la Toscane, les Marches et les Pouilles.

Louis Moulin

Crédit photo : DR
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