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Nous ouvrons aujourd’hui une série d’interviews réalisées en marge de l’initiative « réformer pour libérer », portée notamment par Contribuables associés. Parmi les premiers à passer à la question, Jean-Philippe Feldman professeur agrégé des facultés de droit, maître de conférences à SciencesPo et avocat à la Cour de Paris.
Il est également universitaire: professeur agrégé des facultés de droit, en poste à Vannes. « A SciencesPo, j’anime un séminaire d’introduction à la pensée libérale depuis maintenant dix années. Enfin, je suis essayiste. Mon prochain ouvrage doit être publié en septembre, sa sortie ayant été repoussée de quelques mois en raison de la pandémie (Exception française. Histoire d’une société bloquée de l’Ancien Régime à Emmanuel Macron, Editions Odile Jacob) » nous explique-t-il, avant de répondre à nos questions, notamment au sujet de son texte sur la protection des libertés et des institutions en France.
Breizh-info.com : Pourquoi rejoindre l’initiative réformer pour libérer ?
Jean-Philippe Feldman : Mon confrère et camarade Jean-Philippe Delsol m’a proposé de participer à un projet pour l’après-crise avec plusieurs personnes. L’objectif est certes de s’opposer aux élucubrations de tous bords politiques entendues ces dernières semaines, mais aussi et surtout de montrer que les libéraux ne sont pas seulement des « critiques » : ils ont des propositions de réforme à formuler et ce, dans l’ensemble des domaines.
Breizh-info.com : Attestations pour circuler, drônes sur les plages, masques obligatoires…la France tomberait-elle dans le totalitarisme ?
Jean-Philippe Feldman : Evidemment et heureusement non ! En revanche, la crise a avivé les défauts propres à notre pays : l’Etat providence le plus développé de la planète, un Etat qui s’est distingué par son inefficacité. Cela ne saurait surprendre les libéraux qui dénoncent depuis des décennies cet Etat omnipotent, tout à la fois surpuissant et impuissant. Alors que les libéraux plaident en faveur d’un Etat limité mais puissant, puissant parce que limité. En effet, dans notre pays, l’Etat fait tout mais mal, au lieu de faire peu de choses mais bien.
Breizh-info.com : Comment expliquez vous que les citoyens acceptent sans broncher la restriction progression de leurs libertés, au nom de la protection sanitaire (en réalité la protection de minorités à risque) ?
Jean-Philippe Feldman : Là encore, les libéraux ne sauraient être étonnés par la passivité générale. Le mécanisme a été brillamment démonté par Alexis de Tocqueville dès le milieu du XIXe siècle. L’Etat intervient tous azimuts telle une Providence. Il finit par infantiliser les individus et les citoyens jusqu’à les déresponsabiliser. Un mécanisme pervers se met en place : l’Etat intervient, il habitue les individus à vivre sous tutelle et l’Etat accroît sa présence à mesure de son inefficacité. Se crée un véritable « marché politique » par lequel les gouvernants, à tous le niveaux, achètent des voix aux élections contre des promesses d’interventions, de privilèges et autres passe-droits. Les Français s’accrochent alors à leurs lambeaux de privilèges et les tentatives de réformes, opportunes ou non peu importe, se trouvent bloquées. Paradoxalement, l’égalité, sous sa forme extrême de l’égalitarisme, supplante la liberté, alors même que les privilèges pullulent. En effet, les Français sont égalitaristes avec ceux qui sont au-dessus d’eux, mais très élitistes avec ceux qui sont en-dessous, en comptant sur la bienveillante protection de l’Etat…
Breizh-info.com : Quelles propositions préconisez vous et pourquoi ?
Jean-Philippe Feldman : Dans mon étude sur « Protection des libertés et institutions », je propose trois séries de mesures. D’abord, mettre fin à l' »exception française » que constitue notre régime politique. Nous sommes les seuls au monde à connaître un régime parlementaire à présidence forte, une « monarchie républicaine » qui allie centralisation et ineficacité. Ensuite, je propose d’encadrer les pouvoirs exceptionnels et les pouvoirs de crise. Actuellement, les gouvernants ont les mains libres pour déclarer l’état d’urgence et pour distiller les mesures exceptionnelles sans que les contre-pouvoirs puissent jouer leur rôle. Or, la minorité au Parlement et les juridictions ont un rôle essentiel de surveillance à opérer.
Enfin, je propose de supprimer les mesures exceptionnelles dès que l’état d’urgence sanitaire aura pris fin. Certes, cela est prévu par les textes, mais l’expérience prouve que les gouvernant s’empressent, une fois la crise passée, de graver certaines mesures d’exception dans le marbre pour les temps « normaux ». Les divers épisodes de lutte contre le terrorisme notamment en attestent.
Propos recueillis par YV
Photo : DR
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