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Pascal Salin est professeur honoraire d’économie de l’Université Paris-Dauphine. Il est président de l’ALEPS (association pour la liberté économique et le progrès social). Il a été président de la Société du Mont Pèlerin (association internationale des intellectuels libéraux). Il est l’auteur de plusieurs livres (dernier paru : Le vrai libéralisme – Droite et gauche unies dans l’erreur, éditions Odile Jacob, 2019).
Dans le cadre de la plateforme « Réformer pour libérer », il émet un certain nombre de propositions en matière d’économie, à destination notamment de ceux qui nous dirigent.
Breizh-info.com : En quoi la France est-elle en crise économique ? Comment la pandémie et sa gestion ont-elles aggravé la situation ?
Pascal Salin : Dire qu’un pays est en crise économique, c’est dire évidemment que l’ensemble de sa production est inférieur à ce que l’on peut considérer comme normal. Or, dans le cas de la France, il faut d’abord admettre que l’on se trouve dans une crise de longue durée. En effet, au cours des deux dernières décennies, la croissance du revenu moyen par tête a été inférieure à 1 %, alors qu’elle avait été égale à 3 % pendant les années 1970 et à 2 % pendant les années 1980. Cette croissance est par ailleurs inférieure à celle de la plupart des pays, par exemple les pays européens. Ceci indique bien que la croissance française à long terme pourrait être supérieure à ce qu’elle est depuis longtemps.
La crise économique actuelle est pour sa part une crise de court terme qui s’ajoute à la crise de long terme. Comme on le sait bien, cette crise actuelle est due au fait que les risques sanitaires et l’obligation légale de rester confiné a évidemment empêché un grand nombre de personnes de travailler, qu’il s’agisse de salariés, d’entrepreneurs ou de travailleurs indépendants. En outre, les interdictions de circuler pour un grand nombre de modes de transport ont limité les échanges, alors que les échanges jouent un rôle fondamental dans la création de ressources (et, bien sûr, dans les satisfactions individuelles).
Breizh-info.com : Vous n’êtes pas convaincu par les différentes aides apportées par l’État, notamment aux entreprises, pourquoi ?
Pascal Salin : On est facilement tenté de penser qu’une aide étatique est souhaitable parce qu’elle permet d’obtenir des ressources supplémentaires gratuites. Mais il ne faut pas oublier que l’État n’est pas un producteur de richesses, il est seulement un intermédiaire : il aide certaines entreprises et certaines personnes, mais il nuit à autrui en prélevant les sommes nécessaires au financement de ses aides. La crise économique crée des distorsions dans les structures productives (dont certaines peuvent certes être allégées par l’intervention de l’État), mais l’État crée de nouvelles distorsions par ses prélèvements.
En l’absence de l’interventionnisme étatique les entreprises en difficulté provisoire se financeraient probablement par l’emprunt. Si l’État les aide, elles n’ont pas besoin d’emprunter, mais c’est éventuellement l’État qui, au lieu d’augmenter immédiatement ses prélèvements fiscaux, peut décider d’emprunter pour financer l’augmentation du déficit public due à son intervention, ce qui réduit l’épargne disponible pour les entreprises. L’État n’est alors qu’un intermédiaire financier, mais dont les décisions sont discrétionnaires.
Breizh-info.com : Vous préconisez une politique de l’offre, et non pas de la demande. Pourriez-vous nous expliquer en quoi cela consiste, notamment pour un public pas forcément rompu à toutes les manœuvres économiques ?
Pascal Salin : On a l’habitude de penser qu’une crise économique peut être surmontée grâce à ce qu’on appelle une politique de demande globale, c’est-à-dire en particulier une politique d’augmentation de ses dépenses par l’État (ce qui implique une augmentation du déficit public). On peut démontrer que le concept de demande globale est dépourvu de sens (mais il serait trop long de faire cette démonstration dans le présent texte) et il est d’ailleurs erroné de penser qu’il faut augmenter la demande pour stimuler la production. Il convient de faire en sorte que tous les individus soient le plus possible incités à développer leurs activités productives. C’est cela que l’on peut appeler la politique de l’offre. Mais sans doute faudrait-il plutôt l’appeler la « dépolitisation de l’offre ». En effet, la crise économique de long terme est due au fait que les incitations productives (incitations à travailler, à entreprendre, à investir, à épargner, etc.) sont détruites par une fiscalité excessive et un excès de règlementations. Il faudrait donc diminuer la fiscalité et les règlementations si l’on veut obtenir une bonne reprise des activités productives à la fin de la présente crise.
Breizh-info.com : Les risques d’inflation sont-ils majeurs pour les mois, années à venir ? Qu’est-ce qui peut nous attendre demain en continuant dans cette direction ?
Pascal Salin : Il y a effectivement un risque d’inflation du fait des décisions de la banque centrale européenne (BCE) d’accroître sa production de monnaie (sous le prétexte, erroné, d’augmenter la demande globale pour surmonter la crise actuelle). Cependant cette augmentation de la quantité de monnaie ne se traduit pas uniquement par une augmentation de l’indice des prix, celui-ci mesurant uniquement les variations des prix des biens de consommation. La création monétaire augmente aussi (et parfois même davantage) les prix des actifs financiers, des biens immobiliers et des biens d’investissement. On peut d’ailleurs considérer comme absurde que la BCE ait pour objectif d’atteindre un taux d’inflation proche de 2 %, alors que l’inflation diminue la valeur de la monnaie et n’a aucune justification. Mais on confond malheureusement et à tort inflation et croissance économique (parce qu’on confond, également à tort, déflation et dépression).
Breizh-info.com : Quelles mesures d’urgence préconisez-vous ?
Pascal Salin : Compte tenu de ce que nous avons vu ci-dessus, il convient de permettre le libre fonctionnement des marchés pour s’ajuster au mieux aux difficultés existantes. Pour cela et pour accroître les incitations productives, il faudrait diminuer ou supprimer les impôts les plus destructeurs. Tel est le cas, en particulier, de la progressivité de l’impôt sur le revenu qui pénalise les individus les plus innovateurs et les plus productifs, ce qui nuit à tout le monde ; mais il faudrait aussi supprimer les excès de taxation du capital car il n’y a pas de croissance sans accumulation de capital. Par ailleurs, il faudrait supprimer beaucoup de règlementations qui portent atteinte aux incitations productives, par exemple la « loi des 35 heures ». Mais d’autres réformes seraient aussi souhaitables.
Propos recueillis par YV
Photo : DR
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