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Samedi 17 octobre, entre 550 000 et 800 000 Français ont manifesté contre la vie chère. Le soir, l’hôtel de ville de Limoges, classé monument historique, était détruit par un incendie volontaire. À Marseille, les grandes artères commerçantes du centre ont été dévalisées à 80 %, selon l’association de leurs commerçants. À Bordeaux, la résidence de la préfète a été saccagée. Le ministère de l’Intérieur recense près de 2 400 interpellations et plus de 500 policiers, gendarmes et pompiers blessés.
La Bretagne n’a pas été épargnée. À Brest, le préfet a compté jusqu’à 1 500 casseurs, et il a fallu en déloger plus de 350 devant la mairie, passée selon le maire Stéphane Roudaut « à deux doigts » d’être incendiée comme celle de Limoges. À Rennes, aux portes de Cesson-Sévigné, la maire décrit des commerçants menacés, volés, leur outil de travail détruit.
Il faut d’abord séparer deux choses. Ceux qui ont défilé pour leur pouvoir d’achat n’ont rien à voir avec ceux qui ont cassé. Les confondre reviendrait à faire le jeu des seconds.
Qui a cassé ? Le gouvernement le dit lui-même. Plusieurs milliers d’individus d’ultragauche, organisés, décidés à s’en prendre aux bâtiments publics et aux forces de l’ordre. Derrière eux, des bandes venues des quartiers où l’intégration a échoué, des jeunes hommes de 18 à 30 ans, majeurs à 90 %, en grande partie issus de l’immigration. Les premiers cassent par idéologie. Les seconds pillent parce qu’ils savent qu’ils ne risquent presque rien.
Depuis samedi pourtant, une petite musique revient comme trop souvent. Il faudrait comprendre, parler d’inégalités, d’injustice sociale, de manque de moyens.
La maire socialiste de Rennes, Nathalie Appéré, a pourtant eu le mérite de la clarté sur France 3 : « rien n’explique et rien n’excuse ces violences qui sont intolérables ». Elle a raison, mais encore faut-il aller au bout du raisonnement. Si rien ne les explique, le manque de moyens ne les explique pas davantage. Parlons-en, chiffres à l’appui.
La France est le pays de l’OCDE qui consacre le plus à la dépense sociale publique, entre 31 et 32 % de sa richesse nationale chaque année, contre 20 % en moyenne dans les pays développés. Plus que la Suède, plus que le Danemark, plus que l’Allemagne. Ce modèle a un prix. En 2025, 43,6 % du PIB a été prélevé en impôts et cotisations, l’un des taux les plus lourds d’Europe, et la dépense publique a atteint 57,3 % du PIB. La dépense sociale pèse à elle seule près des trois quarts de ce que l’on prélève. Chaque salarié, chaque artisan, chaque agriculteur, chaque entrepreneur la finance.
Et cet argent est bien redistribué. Selon l’Insee, avant transferts publics, les 10 % les plus aisés disposent d’un revenu 26 fois supérieur à celui des 10 % les plus modestes. Après transferts, l’écart tombe à 3,5. Logement social, RSA, APL, prime d’activité, complémentaire santé solidaire, école gratuite, politique de la ville, plans banlieue à répétition : depuis plus de quarante ans, chaque crise a reçu son chèque et son dispositif.
Pour quel résultat ? Les violences physiques enregistrées progressent de 8 % par an en moyenne depuis 2016, selon le service statistique du ministère de l’Intérieur. Si la dépense achetait la paix sociale, la France serait le pays le plus apaisé de la planète.
Le problème n’est donc pas le manque de moyens. Ils n’ont jamais été aussi élevés, et aucun pays n’en met autant sur la table. Ceux qui invoquent la misère doivent expliquer pourquoi le pays qui redistribue le plus est aussi celui qui brûle le plus souvent.
J’appelle socialisme ce modèle de l’État tout-puissant et du chèque, que la gauche a construit à partir de 1981 et que la droite a géré sans jamais oser le remettre en cause sur le plan économique. Il a eu quarante ans pour prouver que la dépense réglait tout. Il a échoué.
Ce qui a manqué, c’est l’autorité. On a remplacé la sanction par l’excuse. On a expliqué à des générations entières que la société leur devait tout et qu’elles ne lui devaient rien. On a laissé reculer le respect du policier, du professeur, du maire. On a cessé de transmettre l’attachement à la France et à ses valeurs. Le pillard de samedi sait qu’il a peu de chances d’être identifié, moins encore d’être condamné, et presque aucune de rembourser ce qu’il a détruit.
La facture, elle, retombe sur ceux qui paient déjà. Le domaine public n’est pas assuré, rappelle Stéphane Roudaut, et chaque abribus, chaque pavé sera réparé avec l’argent des Brestois, de l’argent qui n’ira ni à l’éducation ni aux solidarités. À Rennes, Nathalie Appéré chiffre les dégâts sur l’espace public à plusieurs centaines de milliers d’euros. Ceux qui cassent au nom de la justice sociale détruisent d’abord les moyens de la solidarité.
Trois décisions changeraient la donne. Faire payer intégralement les dégâts à leurs auteurs, et aux parents quand il s’agit de mineurs. Dissoudre les groupes d’ultragauche identifiés comme organisateurs. Exécuter réellement les peines prononcées.
La République n’est pas un guichet de droits et d’allocations. Elle repose aussi sur des devoirs. Il est temps de revenir aux fondamentaux qui tiennent une nation debout. Le travail, parce qu’il rend libre et digne bien plus que l’assistance. L’effort, parce que rien ne se mérite sans peine. L’autorité, celle du policier, du professeur, du maire, du père et de la mère. La responsabilité, parce que chacun répond de ses actes, quels que soient son quartier et son histoire. L’amour de la France, de son histoire et de sa culture.
Ces valeurs ne sont pas dépassées. Ce sont elles qui ont bâti la richesse que d’autres ont pillée samedi soir.
Morgan Jerabek,
Conseiller municipal de Cesson-Sévigné
Délégué à ViaSilva, l’Innovation et la prospective numérique