Face au covid-19, les Noirs quatre fois plus vulnérables que les Blancs en Angleterre

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Les immigrés sont-ils plus atteints par le covid-19 que les Français de souche ? Des rumeurs courent ici et là, et les soignants de Seine-Saint-Denis voient ce qu’ils voient, mais la question restera sans réponse : la France refuse les statistiques ethniques.

Il n’en va pas de même partout. Au Royaume-Uni, l’Office for National Statistics, équivalent britannique de l’Insee, a publié récemment les résultats d’une énorme étude sur les certificats de décès par covid-19 en Angleterre et au Pays de Galles entre le 2 mars et le 17 avril 2020.

Ses conclusions, portant sur près de 13 000 décès sont d’une netteté inattendue : « le risque de décès lié au coronavirus est sensiblement plus élevé dans certains groupes ethniques » que chez les Blancs. En particulier, à âge égal, il est plus de quatre fois plus élevé chez les Noirs (4,2 fois pour les hommes, 4,3 pour les femmes).

Depuis 2017, le gouvernement britannique redresse les statistiques ethniques en fonction de facteurs socio-démographiques tels que le logement, l’éducation ou le revenu. Ce retraitement tend à expliquer les différences entre groupes par des facteurs autres qu’ethniques. Même après ce redressement, l’écart entre Noirs et Blancs reste de 1,9, c’est-à-dire que les Noirs risquent presque deux fois plus que les Blancs de mourir du covid-19.

Les femmes chinoises, une exception ?

L’écart est moins élevé avec les autres groupes ethniques : Bangladais et Pakistanais, Indiens, Autres (Arabes, Asiatiques du Sud-est, etc.), Chinois, Mixtes (Antillais, métis, etc.). Mais au sein d’un même groupe, le risque ne paraît pas toujours identique selon le sexe. Chez les Indiens, par exemple, l’écart avec les Blancs serait plus élevé chez les femmes que chez les hommes. Chez les Chinois, au contraire, le risque serait 20 % plus élevé pour les hommes, mais 30 % moins élevé chez les femmes ! C’est un cas unique, et d’ailleurs pas forcément significatif : parmi les 18 000 défunts étudiés, on ne compte que 18 femmes chinoises.

Au vu de ces résultats, l’Office for National Statistics concède que les facteurs socio-démographiques « n’expliquent pas toute la différence, ce qui donne à penser que d’autres causes restent à déterminer ». On reconnaît là l’art tout britannique de l’understatement : en réalité, ces résultats mettent en doute les redressements socio-démographiques effectués par les statisticiens. Il faut quand même reconnaître à l’ONS le mérite d’avoir publié ces résultats susceptibles de soulever des questions politiquement incorrectes (on se rappelle que le gouvernement britannique avait renoncé à publier une enquête sur les origines ethniques des prédateurs sexuels).

E.F.

Photo : [cc0] (domaine public) via Piqsels
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