Coronavirus en Iran. La dangereuse désinformation [L’Agora]

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L’Iran souffre actuellement de l’une des dix pires ravages au monde de la pandémie du Coronavirus. Or, les estimations officielles du nombre de victimes sont loin d’être fiables. L’ampleur de l’impact sur les Iraniens pourrait ne pas être connue avant longtemps, à moins qu’une surveillance internationale sans entrave ne vienne à bout de la désinformation du régime théocratique.

Ne vous y trompez pas, les faibles estimations officielles de l’Iran ne sont pas seulement le résultat de tests incomplets ou de la lenteur à rassembler des données à l’échelle nationale. Le régime a délibérément menti sur la situation afin de protéger sa propre réputation et de promouvoir ses propres objectifs.

Cette tendance a commencé par une dissimulation pure et simple des premiers cas connus d’infection au Coronavirus. Le mois dernier, le mouvement d’opposition des Moudjahidine du Peuple d’Iran (OMPI) a obtenu des documents de l’Organisation nationale d’urgence iranienne qui montraient que des employés de l’ambassade de Chine avaient été admis à l’hôpital avec une suspicion d’infection au Coronavirus dès fin janvier. Or, les autorités n’ont pas reconnu officiellement l’existence d’une épidémie nationale de Covid-19 avant le 19 février.

Même si à cette date au moins deux patients étaient déjà décédés, Téhéran s’est donné beaucoup de mal pour minimiser le risque pour le public. Le Guide Suprême du régime, Ali Khamenei, est même allé jusqu’à rejeter les risques pour la santé publique, de propagande et guerre psychologique des « ennemis » occidentaux. Avec d’autres hauts responsables du régime, il a vivement encouragé les Iraniens de tous âges et de toutes conditions de santé à participer aux élections législatives du 21 février.

En outre, il avait déjà facilité la propagation rapide du virus dix jours plus tôt, lorsqu’il a exigé que la population participe aux célébrations du 41e anniversaire de la Révolution. Des habitants désœuvrés des zones rurales ont été payés pour se rendre à Téhéran pour l’événement, ce qui leur a permis de rapporter le virus mortel dans leurs communautés avant que la plupart des gens ne soient au courant de son existence.

Cette série d’événements a contribué non seulement à jeter le doute sur le récit officiel, mais elle met également en évidence les raisons qui l’ont poussé à garder secrète l’étendue réelle de cette épidémie. En reconnaissant que la situation est hors de contrôle, le régime admettrait effectivement sa propre culpabilité, provoquant ainsi une plus grande défiance sociale à l’encontre des dirigeants.   

Le nombre réel de décès

La situation a toutefois été difficile à dissimuler de manière crédible. Alors que le régime rapporte qu’environ 100 000 personnes sont tombées malades à cause du Covid-19 et qu’environ 6 000 en sont mortes, ces chiffres n’ont jamais été pris au sérieux dans le monde, car largement sous-estimés. De plus, on conteste ces chiffres au sein même du pouvoir. Début avril, un membre du groupe de travail du ministère de la Santé affecté à l’épidémie a laissé entendre qu’environ un demi-million d’Iraniens avaient déjà contracté la maladie.

Et la semaine dernière, le Centre de recherche parlementaire du Majlis a publié un rapport qui reconnaissait une sous-estimation antérieure et concluait que le nombre réel de décès liés aux Coronavirus pourrait être deux fois plus élevé que celui annoncé.

C’est en partie sur la base de témoignages et de son réseau en Iran que l’OMPI a rassemblé ses propres estimations sur le nombre total d’infection par le Coronavirus et le nombre de décès en Iran.

Le mouvement suit l’impact de l’épidémie depuis février et a pu conclure que le chiffre d’un demi-million indiqué par le groupe de travail sur le Coronavirus a probablement été dépassé au début du mois de mars et que le nombre de morts est actuellement de cinq à dix fois plus élevé que l’estimation du régime. Une estimation confirmé par les responsables de l’Organisation Mondiale de la Santé. Au 9 mai, l’OMPI a annoncé que le nombre de décès dus au coronavirus avait dépassé les 40.000 en Iran.

Avec ses réseaux dans le pays et au sein du corps médical en Iran, les évaluations de la Résistance iranienne sur l’épidémie de Coronavirus constituent actuellement un meilleur point d’appui pour la communauté internationale que les chiffres qui sortent des officiels à Téhéran. Mais il n’en demeure pas moins que pour bien mesurer l’ampleur de l’épidémie, il faut que l’OMS et d’autres experts impartiaux aient un accès direct au pays.

Alex Taraj, président de l’Association des Franco-Iraniens du Rhône

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