Faire du fric, s’engraisser est la religion des dirigeants du CMB-Arkea. Mais il faut croire que le confinement a des conséquences inattendues : Jean-Pierre Denis, le président, « renonce » à la part variable de sa rémunération pour 2020. Encore un effort et Denis terminera président du Secours catholique.

La belle vie…

On aura tout vu au Crédit mutuel de Bretagne-Arkea. Nous avons déjà eu l’occasion de souligner à plusieurs reprises que ses dirigeants se goinfraient question rémunération. Et comme nous avons affaire à une coopérative, le président et les membres du conseil d’administration ne rendent, dans les faits, de comptes à personne. Ni aux sociétaires (les propriétaires de la banque), ni aux présidents des caisses locales (de braves gens dépassés par les évènements). Ils peuvent donc s’augmenter comme ils l’entendent, en petit comité. Si bien qu’il est préférable d’être président du CMB (banque mutualiste) que de la BNP (banque capitaliste). En effet, pour cette dernière, la transparence est la règle et les rémunérations des dirigeants sont présentées en assemblée générale. Un actionnaire de la BNP, s’il le veut, peut poser des questions et obtenir des informations. Un sociétaire du CMB-Arkea, lui, est pris pour un imbécile s’il interroge la « hiérarchie » lors d’une assemblée générale. Et avec la combine des assemblées générales dites « portes ouvertes », on se heure au « secret défense ». Il faut être un « expert » pour examiner le « document de référence » publié chaque année et découvrir le « gras » que se fait le président Jean-Pierre Denis. C’est la belle vie…

Mais, quelquefois, la presse lève un coin du voile. Ainsi nous avons appris qu’entre 2009 et 2016, « sa rémunération est multipliée par quatre, pou atteindre 1,6 million en 2016. Un record pour un groupe bancaire régional, qui dépasse largement les 720 000 euros perçus par Nicolas Théry, le patron du groupe Crédit mutuel [Alliance fédérale] ou le 1,2 million d’euros attribués à François Pérol, à la tête de BPCE (Banque populaire Caisse d’épargne) » (Le Monde, mardi 20 février 2018).

D’après Le Télégramme (mercredi 16 mai 2018), le président Denis avait empoché 1 573 356 euros en 2017 (dont 530 000 euros en part fixe). En 2019, « le salaire variable de Jean-Pierre Denis, le président, s’élevait à 1,06 million d’euros, soit le double du fixe (530 000 euros). Le directeur général Ronan Le Moal, qui a quitté le groupe en février dernier, avait quant à lui touché 850 000 euros de variable (pour 425 000 euros de fixe), la directrice générale déléguée Anne Le Goff  399 000 euros (pour 270 000 euros de fixe) » (Les Échos, 22-23 mai 2020).

Effet covid-19 ?

Le CMB-Arkea serait-il subitement entré dans une phase révolutionnaire ? La crise sanitaire aurait-elle rendu fou ses dirigeants ? Toujours est-il que le rapport annuel 2019, récemment publié, indique que le président, le directeur général et le directeur général délégué « ont fait le choix de renoncer par avance à percevoir la rémunération variable qui aurait pu être attribuée au titre de 2020 » (Les Échos, 22 -23 mai 2020).

Vu les remous qui agitent en ce moment le CMB-Arkea, ce serait l‘occasion pour les « enquêteurs » de la presse régionale mainstream – qui ne cherchent pas à enquêter – de faire le point sur tous les avantages financiers (indemnités et autres) dont bénéficient les membres du conseil d’administration du CMB (fédération) et d’Arkea (groupe). Ainsi que les salaires des 171 cadres dirigeants le la maison – par exemple les directeurs départementaux, personnages prétentieux et méprisants pour le petit peuple (les sociétaires) ; il paraît qu’ils sont payés via une société anonyme qui n’a rien de mutualiste… Les lecteurs des deux quotidiens bretons qui sont également sociétaires du CMB apprécieraient cette enquête ; ils attendent.

Comme les journalistes de la presse régionale mainstream sont des gens consciencieux et très professionnels – ils sortent d’une école de journalisme –, ils pourraient interroger les présidents des caisses locales pour savoir s’ils ont leur mot à dire dans la fixation de ces rémunérations ou bien s’ils servent simplement de chambre d’enregistrement.

Puisque les sociétaires ont le droit de savoir, ils aimeraient connaître le montant de l’indemnité de départ touchée par Ronan Le Moal – l’ancien directeur général – qui a démissionné en février ; le désaccord entre Denis et Le Moal était total, en particulier à propos du projet d’« indépendance ». Beaucoup de zéros sur le chèque évidemment : le silence de l’intéressé a un prix. L’empêcher de passer à la concurrence en a un autre. L’addition est forcément élevée.

Bernard Morvan

Crédit photo : DR
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