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Faire du fric, se débarrasser de la tutelle de la Confédération, pratiquer l’opacité, prendre les présidents des caisses locales pour des marionnettes, voilà la règle que s’était fixé Jean-Pierre Denis. Mais il a perdu la guerre qu’il avait lancée contre la Confédération nationale du Crédit mutuel. À coup sûr, cette dernière possédait de meilleures cartes dans son jeu (gouvernement, BCE et les treize fédérations du Crédit mutuel Alliance fédérale). L’heure de la reconversion a donc sonné pour Denis. Un emploi va se libérer prochainement : PDG de la branche française de la banque britannique HSBC. Un job qui n’aurait rien de ridicule question salaire mais les croisades y seraient interdites par les actionnaires qui ne rigolent pas.
Un communiqué l’annonce : Jean-Pierre Denis, président du Crédit mutuel de Bretagne et président du groupe Arkéa (CMB + Crédit mutuel du sud-ouest) souhaite aujourd’hui « se consacrer à d’autres projets ». « Il ne demandera pas le renouvellement de son mandat d’administrateur lors de l’assemblée générale, le 11 mai. » (Lundi 15 mars). Traduction : il est viré. Mais par respect des convenances, on ne dit pas d’un haut dirigeant qu’il est viré ; on utilise une formule diplomatique qui sauve les apparences. En clair, l’ancien secrétaire général adjoint de la présidence de la République à l’époque Chirac a perdu la guerre qu’il avait engagée contre l’autorité de tutelle, la Confédération nationale du Crédit mutuel.
Faire du fric était évidemment la grande ambition de Jean-Pierre Denis jusqu’à ce que la Confédération nationale du Crédit mutuel le rappelle à l’ordre. Il additionnait en effet part fixe et part variable, alors qu’en tant que président il n’avait droit qu’à la première. D’où une analyse juridique de la Confédération portant sur « la légalité d’une rémunération variable des dirigeants d’Arkéa ». Se référant à la loi de 1947 sur le statut des coopératives, elle conclut que « le président du conseil d’administration du Crédit mutuel Arkéa ne peut exercer de fonctions de direction effective (…), il ne peut que recevoir des indemnités compensatrices du temps passé, et en aucun cas une rémunération variable ». Or, Jean-Pierre Denis a reçu plus de 6,7 millions de part variable entre 2010 et 2019, en plus de la rémunération fixe. Une « situation de non-conformité » aux yeux de l’organe central du groupe, qui doit être résolue » (Le Monde, mercredi 17 mars 2021). D’autres précisions nous sont fournies par Le Télégramme (vendredi 12 mars 2021) : « Pour Jean-Pierre Denis, la polémique, en 2020, aura été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. La Confédération nationale avait pointé une rémunération variable (1,06 million d’euros en 25019) excessive. Il avait alors renoncé à ses primes, invoquant un effort face à la crise sanitaire. Quelques mois plus tard, il avait annoncé aux cadres d’Arkéa qu’il souhaitait prendre du recul. ».
Des rémunérations qui n’avaient rien de mutualistes
Effectivement, à partir du moment où ses rémunérations – qui n’avaient rien de mutualistes – ont été rendues publiques, Jean-Pierre Denis a vu ses soutiens s’effriter, que ce soit chez les parlementaires ou bien chez les chefs d’entreprise. Fragilisé, il était plus près de la porte de sortie que de l’augmentation. Il va donc quitter Arkéa le 11 mai – avec un gros chèque évidemment. Montant qui restera confidentiel et que les présidents des caisses locales ignoreront. Et comme il ne faut pas compter sur eux pour exiger qu’on leur précise la chose, les sociétaires n’en sauront rien – pourtant se sont les propriétaires de la banque.
Donc se pose aujourd’hui la reconversion de Denis ; il faut trouver un emploi à ce Breton méritant. L’actualité peut venir à son secours. La banque britannique HSBC cherche à se débarrasser de sa branche française (l’ancien Crédit commercial de France). « Le périmètre concerné englobe la banque de détail et quelques 230 agences réparties sur le territoire, ainsi que les fonctions centrales qui vont avec (…) Au total près de 4 000 salariés seraient ainsi concernés par la reprise du réseau, qui compte par ailleurs 800 000 clients, et 7 à 15 milliards d’actifs pondérés des risques » (Les Échos, jeudi 18 mars 2021). Actuellement, des négociations sont engagées avec le fonds américain Cerberus pour la cession. Les Américains auront certainement besoin d’un nouveau PDG ; Denis connaît le métier. Évidemment, il aurait affaire à des actionnaires exigeants et non plus à des pantins qu’il pouvait mener par le bout du nez comme c’était le cas au CMB.
Et puis se recaser dans une banque capitaliste présente un énorme avantage : le montant des salaires qui, même en période de pandémie, demeurent splendides. Quelques chiffres valables pour 2020 : 2,63 millions d’euros pour Frédéric Oudéa, directeur général de la Société générale ; 2,17 millions d’euros pour Laurent Mignon, directeur général de la BPCE ; 3,69 millions d’euros pour Jean-Claude Bonnafé, directeur général de BNP Paribas ; 2,46 millions pour Philippe Brasseur, directeur général du Crédit agricole (Les Échos, 29 mars 2021). Des salaires qui n’ont rien à voir avec ceux que touchait Denis chez Arkéa… Le capitalisme est plus généreux que le mutualisme.
Bernard Morvan
Photo d’illustration : DR
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2 réponses à “Arkéa. Jean-Pierre Denis cherche du boulot… bien payé de préférence”
Quelle honte de voir de pareils salaires !!! Et je suis sur que ces enfoirés de dirigeants se disent progressistes donc de la vraie gauche ou de la fausse droite !! Il serait temps que le rapport entre les hauts et les bas salaires soit ramener à des fourchettes plus raisonnables !!
Merci pour votre analyse
Je connaissais le parcours financier de J P DENIS depuis un article du canard enchainé de 2011 ou 2013 mais personne ne semblait s’en soucier. Le cynisme et l’esbrouffe , voila les clés de réussite des ARNAQUEURS et du CAPITAL.
Malheureusement on ne peut que lui souhaiter , une longue vie et beaucoup de chiffres et de ZEROS sur sa future feuille de paye
J’en profite pour vous mentionner la PUB actuelle du CMB sur les intermittents du spectacle.
Une honte et encore de l’esbrouffe.
Bien à vous