Cathédrale de Nantes : l’avis d’un tailleur de pierre

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Le soleil d’un bel après-midi éclaire brutalement la façade noircie de la cathédrale de Nantes. Quelques âmes en peine la contemplent d’un air consterné – on le devine sous leur masque. Alain D., ancien de la DRAC locale, chapeau de toile baissé sur les yeux, revient une fois de plus vers le monument blessé. À la terrasse du Giggs, les pintes s’entrechoquent comme si de rien n’était. Jules [prénom modifié], vingt ans d’expérience de la taille de pierre, commente les dégâts laissés par l’incendie du 18 juillet.

Breizh-info – Comment réagit un professionnel devant ce spectacle ?

Jules – Ça fait mal au cœur, bien sûr. En particulier pour les compagnons qui avaient participé aux travaux de restauration de ces dernières années. Mais la taille de pierre est un métier concret, l’aspect technique va vite reprendre le dessus. On se demande : que faire à présent ? Il va falloir bâcher, étayer, probablement échafauder, bref, l’action va passer au premier plan.

B.I. – Les dommages au bâtiment vous paraissent-ils graves ?

Jules – Difficile à dire sans examiner l’intérieur de la cathédrale. En tout cas, la façade a vraiment souffert. On s’en rend compte sans même lever les yeux : il suffit de voir la quantité de gravats qui jonchent le parvis. Ce sont des morceaux de pierre tombés surtout du fenestrage. Les quadrilobes et les huit meneaux, c’est-à-dire les éléments verticaux, paraissent très abîmés. Il faut voir comment la maçonnerie a tenu. Si elle a été endommagée, il faudra déposer tout le fenestrage. On essaiera sans doute de récupérer les pierres réemployables. S’il faut tout retailler, on aboutira à un budget très conséquent.

B.I. – Dispose-t-on des compétences nécessaires à un tel chantier ?

Jules – Bien sûr. Il sera possible, par exemple, de faire appel aux entreprises Chevalier et Lefèvre, de Sainte-Luce-sur-Loire, qui ont déjà participé au ravalement de la cathédrale. Les travaux ne sont jamais finis sur un bâtiment comme celui-ci, il bénéficie d’un réel suivi architectural, avec des campagnes étalées sur plusieurs années. Allez d’ailleurs voir côté chevet de la cathédrale : les deux entreprises y ont toujours un chantier en cours.

B.I. – Pourra-t-on refaire à l’identique les pierres qui devront être remplacées ?

Jules – Les relevés existent forcément quelque part. Ils ont probablement été effectués lors du ravalement. On pourrait même lancer un appel aux compagnons tailleurs de pierre, pour qui établir des relevés est à la fois une obligation et une passion. Ça fait partie des travaux qu’on demande aux apprentis. Moi-même, j’ai fait autrefois plusieurs relevés de pierres dans la cathédrale. En interrogeant les pros, on devrait trouver tout ce qu’il faut pour la retaille.

B.I. – La cathédrale gardera-t-elle des traces de cet incendie ?

Jules – Il existe différentes techniques de nettoyage efficaces, validées pour les monuments historiques, y compris avec des moyens de haute technologie comme le laser ou des mousses absorbantes. On pourra sans doute refaire le badigeon à la chaux, qui reste un moyen classique. Il ne restera pas de traces visibles. Mais il arrive que des traces cachées demeurent pendant longtemps. Lors des ravalements de bâtiments anciens, on tombe parfois sur des pierres encore noircies par des incendies survenus des siècles plus tôt. Certaines gardent même une odeur de brûlé !

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