Calais : 4 ans après la jungle, les migrants restent le problème numéro 1

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Quatre ans après le démantèlement de la jungle de Calais, les migrants qui s’agglutinent autour des ports de la Manche pour tenter de rejoindre l’Angleterre restent le problème numéro 1 de Calais, entre délinquance – principalement nocturne – et démantèlements réguliers de camps de migrants. Sans oublier les rixes, bagarres, tentatives de traversées de la Manche et ras-le-bol des riverains.

Des traversées de migrants et des vols de barques et de moteurs dans les ports

Ce 5 août un migrant qui s’est dit âgé de 17 ans a agressé un bénévole, puis un policier, sur un des lieux de distribution de repas ; la veille, une quarantaine de migrants qui ont tenté la traversée sont secourus en mer : d’abord 4 migrants dans un kayak à 5 km de Calais, 3 migrants dans un Zodiac au Dyck, puis 8 migrants dans une barque en panne de moteur au large du cap Gris-Nez, 3 autres accrochés à une bouée dans le chenal de Calais, et enfin 20 autres dans une embarcation qui erre à mi-chemin de la France et de l’Angleterre, à 18 km au nord de Dunkerque.

« Il y en a beaucoup qui tentent de traverser, mais ils sont rapidement signalés depuis les bateaux de pêche ou les pétroliers », relève un pêcheur calaisien, sur le port. « Nous et nos voisins en subissons les conséquences : y a régulièrement des vols de bateaux, de barques, d’annexes, de zodiacs, de moteurs hors-bord, y compris sur tout le littoral de la Manche et même de l’Atlantique, parfois très loin d’ici. Nous on sait que ça finit ici – ou pas loin – pour faire traverser des petits groupes de migrants ».

Le nombre de traversées ne cesse d’augmenter alors qu’un nombre croissant de migrants réussit à passer de l’autre côté : 185 ont traversé en mars pour 381 interceptés, 550 ont réussi en avril pour 506 interceptés… d’après les associations de soutien aux migrants, le taux de réussite des traversées a fortement augmenté pendant le confinement, passant de 60 à 80%, ce qui les a boosté : pour comparer, sur toute l’année 2019 il n’y a eu « que » 203 traversées ou tentatives pour 2294 migrants impliqués.

Ces traversées sont aussi plus difficiles à surveiller – d’autant que la zone des départs s’étend maintenant jusqu’en baie de Somme – et plus rentables pour les passeurs. Un canot, souvent volé, et son moteur, coûte 1700 € au passeur, qui entasse ensuite quatre à six personnes qui ont payé chacune 3 ou 4000 euros.

Corollaire : toujours plus de migrants qui affluent à Calais, et ce bien que les anglais renvoient systématiquement en France tous les migrants qui accostent après avoir traversé la Manche, et ce sans même examiner leurs situations – c’est l’opération Sillath.

Face à cela, la France a mis en place une détection plus constante des embarcations dans le détroit, large de 33 km, qui s’appuie sur le trafic légal (bateaux de passage, pêcheurs), des patrouilles aériennes et de garde-côtes, y compris la nuit ; de son côté la SNCF déploie maintenant quasi-systématiquement des agents armés (Suge) dans les trains Paris-Amiens-Boulogne-Calais et les principales gares de correspondance, comme Amiens et Calais.

Des centaines de migrants régulièrement éloignés de Calais

D’autres, par centaines, restent le plus proches de Calais-centre pour tenter de s’infiltrer dans le port. « Y en a qui arrivent à passer entre les gouttes, alors que l’Eurotunnel est complètement bunkérisé et étanche, mais pour la plupart, Calais c’est un cul-de-sac », explique un tenancier de café dans le centre de Calais. Le 30 juillet dernier, 127 migrants sont évacués du bois Dubrulle vers le Pas-de-Calais, mais une quarantaine s’échappe en cours de route.

Dans ce même camp ils étaient plus de 400 quelques jours avant l’évacuation, mais la plupart des migrants sont allés s’installer ailleurs… le temps de lasser d’autres riverains, excédés par les détritus, l’insécurité, les bruits, les rixes… Le 10 juillet, lors de l’évacuation de deux camps rue des Huttes (ZI des Dunes) et près de la salle Calypso, 519 autres migrants ont été évacués vers des centres situés dans d’autres régions, cinq érythréens interpellés après qu’ils aient jeté des pierres sur les gendarmes et 20 migrants conduits vers des CRA en vue de leur expulsion.

Alors, la Voix du Nord écrivait : « À Calais, hormis le camp situé rue des Garennes, zone des Dunes, constitué de plusieurs centaines de personnes soudanaises, érythréennes, afghanes et iraniennes, trois autres petits campements sont à signaler : près du stade de l’Épopée, à proximité du centre hospitalier de Calais où vivent des Afghans et près du terrain de BMX de la zone Marcel-Doret ».

Si les services de l’Etat ne reconnaissent que 750 migrants à Calais – moins désormais avec les évacuations récentes, l’association bretonne qui collabore avec l’invasion migratoire à Calais Utopia 56 n’hésite pas à clamer qu’ils sont près de 1200 à Calais et ses abords. Association qui invite aussi ses bénévoles féminins à porter des vêtements amples et longs pour « respecter la différence culturelle » des kurdes et autres migrants aidés – en clair, se soumettre à l’obscurantisme pour éviter que les bénévoles ne se fassent agresser voire violer.

Le 21 juillet dernier, l’association Salam qui aide aussi les migrants – on notera l’emploi d’un nom arabe – affirme qu’ils sont un millier sur place et que tous les évacués de juillet sont déjà revenus. Le GISTI estime plus largement que « 2000 personnes de diverses nationalités sont dans les limbes à la frontière entre le Royaume-Uni et la France, et sont restreints pour leurs besoins les plus nécessaires ».

« Ce qui est sûr, c’est qu’ils sont des centaines et qu’ils bougent sans cesse », relève un chauffeur de bus sur Dunkerque. Confirmation à Fort-Mahon plage où une quarantaine de migrants d’Orient débarquent du bus qui vient d’Adinkerque-gare (ligne 20) pour reprendre le C2 vers Grande-Synthe – à Dunkerque, le réseau de bus est gratuit et permet en outre de franchir la frontière franco-belge.

Passeurs : des hôtels de Calais au cœur des réseaux ?

En février 2017, le GIGN intervient dans quatre hôtels de Calais, place d’Armes, rue du Duc de Guise et rue Tudor. Une dizaine de migrants sont arrêtés. « Les perquisitions menées dans les hôtels Bel Azur, Citadel, Tudor et Pacific à Calais, avaient permis aux policiers de découvrir plusieurs migrants albanais et irakiens », écrivait alors France 3, qui ajoutait que « les policiers avaient également mis la main, dans les hôtels ou aux domiciles des suspects, sur plus de 23.000 euros « dont 14.000 euros cachés dans des enveloppes sous l’évier de la cuisine » d’un hôtelier, avait précisé le tribunal ».

Cependant, devant le tribunal, le dossier s’était dégonflé : un des hôteliers a été condamné à un an de prison avec sursis, trois autres relaxés, malgré des réquisitions de 18 à 30 mois de prison ferme à leur encontre. Selon l’enquête, les hôteliers auraient été en lien avec un réseau de passeurs albanais, qui permettait aux albanais de traverser à prix cassés – 5 à 10.000 €, avec un « passage garanti ». Entre-temps, en 2019, l’hôtel Pacific, dont l’alarme incendie était hors-service, a été frappé d’une mesure de fermeture administrative.

A ce jour, les hôtels concernés sont toujours ouvert, et les avis sont éloquents – par exemple pour l’hôtel Pacific sur Google ou Tripadvisor, l’hôtel Tudor, « encore pire qu’horrible » d’après un récent avis, l’hôtel Citadel, annexe de l’hôtel Bel Azur qui offre aux regards sur la Grand Place sa façade très décatie.

Pour ce dernier, un avis de juin dernier est éloquent : « l’homme d’origine étrangère parlant très mal le français à mis près de 10 minutes avant de nous passer une chambre. Il nous dirige vers l’ascenseur mais celui ci tombe en panne une fois dedans bref 10 mn après il nous ouvre les portes. Nous montons au 3e étage à pied cette fois et la carte ne fonctionne pas il monte et frappe à toute les portes pour savoir si une chambre est libre (TRÈS BIZARRE) Il nous en trouve une et la c’est le bouquet final… Eau qui fuit des wc, cuvette cassée, robinet qui ne tient plus, pommeau de douche qui fuit, moquette dégueulasse, tv qui ne capte pas tout comme le WiFi, rideau et matelas crade comme le balcon, porte entrée qui ne ferme pas ».

Le tenancier d’un commerce voisin résume le sentiment général : « on sait tous ce qui se passe dans ces hôtels qui n’en méritent pas le nom ; hélas, les touristes anglais ou de la région à la recherche de petits prix et qui peuvent se satisfaire de conditions spartiates se font régulièrement avoir ; on a l’impression que la police les laisse travailler pour pouvoir surveiller les passeurs qui y vivent. La zone stratégique, c’est Calais-centre à cause de la proximité du port, les passeurs préfèrent ne pas s’en éloigner ».

Cependant la situation influe sur l’offre hôtelière à Calais (et ses abords) : en-dehors des quatre hôtels précités, il n’y a presque pas de choix à des prix modérés sur la ville (50-70€ la nuit), mis à part l’hôtel particulier Richelieu (confortable et vintage, mais bruyant et situé certes dans le centre, mais près du parc pas clôturé et mal fréquenté la nuit ainsi que près de trois des quatre hôtels visités par le GIGN en 2017) et l’hôtel Metropol près de la gare dans le haut de la fourchette. Il y a ensuite plusieurs établissements d’un standing supérieur.

La situation est assez semblable, du reste, dans d’autres ports voisins de la Manche (Boulogne, Dunkerque, Abbeville), pour des raisons similaires, et le peu d’hôtels qui ont ouvert du fait de la crise post-coronavirus et l’absence de touristes n’arrange rien ; si bien qu’il est préférable de loger à Lille (malgré les problèmes d’insécurité nocturne) ou Amiens que sur la côte, voire carrément chez les flamands à Gand ou Bruges, en empruntant de l’autre côté de la frontière les trains de la SNCB ou le Kusttram en gare d’Adinkerque qui longe toute la côte flamande jusqu’à la frontière néerlandaise.

Calais la nuit : coupe-gorge ou « mieux qu’en 2016 » ?

Difficile cependant de se faire une opinion tant les témoignages des calaisiens divergent. Pour Michel, ex-calaisien, « je suis parti dans la Somme [dans le Ponthieu] et tant mieux. Y a moins de boulot, mais Calais c’est un endroit où les filles ne sortent plus, les garçons, même baraqués comme moi, font attention, et c’est bourré de gauchistes, c’est grâce à eux qu’on est envahi et que notre ville est foutue d’ailleurs ».

Pour ce restaurateur du centre-ville, installé depuis près de 15 ans, « c’est beaucoup mieux qu’en 2016. Il y a beaucoup de caméras, je sors avec ma femme le soir, vers minuit une heure, après le service, ça va. Les médias nous ont donné une image de coupe-gorge, alors que Dunkerque ou Lille connaissent beaucoup plus d’insécurité. Certes, on a des camps de migrants et des hôtels miteux à passeurs, mais c’est lié au fait que certains arrivent visiblement encore à passer au port ».

Installé dans le centre-ville de Calais, ce commerçant est moins enthousiaste : « en gros, si tu n’es pas d’ici, reste dans la grande rue éclairée et sur la place d’Armes. Dès qu’on s’éloigne de là, ça devient mal famé. Les petites rues comme celles du Tudor, la nuit faut carrément éviter ; pour les hôtels et les locations, vaut mieux éviter de vivre ailleurs que dans le centre historique, et de passer par les petites rues, la nuit, faut éviter de faire des longues distances à pied, et moins on sort, mieux c’est ».

Le soir et la nuit, il faut vraiment faire attention, une fois sorti des zones les plus centrales : nombre de ruelles sont à peine éclairées, le parc Richelieu n’est pas clôturé et est clairement à éviter – tout comme les rues entre le parc et les douves qui enserrent le centre historique, des petits groupes de migrants principalement issus d’Afrique et du sous-continent indien traînent partout, à l’affut, entre la gare et le centre-ville.

Calais reste marqué par l’invasion migratoire, d’autant que la solidarité de certains s’émousse : « en 2016, il y avait beaucoup de bénévoles, de gens qui étaient prêts à les nourrir, les aider, mais là c’est fini, on en a tous marre, même les gens qui comme moi ont aidé au début », explique une calaisienne d’une soixantaine d’années. « On n’en voit plus le bout, et le pire, maintenant, c’est que la jungle, c’est toute la région. Y en a partout ».

Louis Moulin

Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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