Irlande. Une brève histoire des IRA

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En Irlande, tout au long du 20ème siècle et en ce début de 21ème siècle, de nombreuses organisations ont utilisé le nom de l’IRA (Irish Republican Army) et s’en sont revendiquées.

Petits rappels historiques, avec la traduction et le résumé d’un article de paru sur le site de la télévision irlandaise (RTE)

L’ancienne IRA

Contrairement à la croyance populaire, il n’y avait techniquement aucune organisation opérant sous le nom de « Irish Republican Army » ou « IRA » pendant la guerre d’indépendance. L' »Armée de la République irlandaise » était plutôt officiellement connue sous le nom de « Óglaigh na hÉireann » (Volontaires irlandais). Il est vrai que le terme « IRA » était utilisé comme abréviation par les médias, les politiciens du Sinn Féin et de nombreux Volontaires. Néanmoins, le fait demeure : « Óglaigh na hÉireann/Irish Volunteers » était le titre exact de l’organisation qui luttait contre les forces de la Couronne, jusqu’à ce qu’une trêve soit conclue en juillet 1921.

Cependant, cette « IRA » n’a pas survécu aux tensions provoquées par le traité anglo-irlandais. Dans les premiers mois de 1922, l’organisation s’est scindée en trois factions : l’IRA pro-traité (qui est devenue l’Armée/Forces de défense du nouvel État irlandais), et brièvement deux IRA anti-traité distinctes (qui se sont unies en juin 1922 pour s’opposer violemment à l’État). Plus tard, une quatrième faction, l’IRA neutre, est également apparue, bien qu’elle se soit rapidement dissoute. La guerre civile qui découla du traité se solda par une victoire militaire de l’armée irlandaise en mai 1923.

Pour mieux connaitre l’histoire de l’Irlande et de cette période en français, on se reportera à notre bibliographie, ici mais on vous conseille également en anglais, sur cette guerre civile précisément, le livre Green Against Green : the irish civil war (à découvrir ici)

L’IRA contre le traité anglo-irlandais

Bien que vaincue, la faction de l’IRA contre le traité anglo-irlandais n’a pas désarmé, loin de là. Au départ, l’organisation a fait siens les arguments du Sinn Féin indiquant que l’Irlande était constituée par les anciens membres du deuxième Dáil qui avaient voté contre le traité en janvier 1922 et avaient refusé d’entrer dans le troisième Dáil (de l’État irlandais désormais indépendant). De ce point de vue, Éamon de Valera restait le « président » d’une « République » fictive de 32 comtés de toute l’Irlande. L’État irlandais, et l’entité d’Irlande du Nord, devaient être ignorés ou combattus, selon le cas.

En 1925, cependant, différents éléments de cette IRA se sont dissociés du Sinn Féin. Alors que son objectif premier était de renforcer sa force militaire, l’IRA anti-traité n’ignorait pas complètement la politique. Elle a soutenu le nouveau parti Fianna Fáil de De Valera au début des années 1930 mais aussi deux autres partis politiques (qui n’ont pas réussi à percer) : Cumann Poblachta na hÉireann en 1936 et Coras na Poblachta en 1940. Un rapprochement avec d’anciens alliés a également eu lieu en 1938, lorsque sept membres récalcitrants du Second Dáil (qui se considéraient toujours comme le véritable gouvernement de l’Irlande depuis 1922) ont cédé leur « autorité » au Conseil de l’armée de l’IRA, parti anti-traité.

L’IRA et l’Allemagne nazie

Au milieu des années 1930, l’alliance précaire entre le Fianna Fáil et l’IRA s’est estompée. Puis le groupe paramilitaire, suivant le précepte « les ennemis de mes ennemis sont mes amis », a tenté d’établir une alliance avec l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale pour obtenir des armes, et l’indépendance totale de l’Irlande. Le gouvernement irlandais de l’époque a alors mené une guerre sans merci à l’organisation, la détruisant presque entièrement.

Au milieu des années 1950, cependant, l’IRA s’est reformée, en pénétrant massivement au départ le Sinn Féin, moribond à l’époque, et a lancé une violente campagne pour détruire l’État d’Irlande du Nord. L’échec de cette campagne a changé la direction du mouvement. Les dirigeants adoptèrent une approche marxiste – période décoloniale oblige – et prônèrent par ailleurs la reconnaissance des parlements de Dublin, Belfast et Londres, ce qui constituait un changement de cap majeur, puisque dans la foulée, en décembre 1969, une partie des dirigeants de l’IRA autorisent dès lors les députés du Sinn Féin à siéger au parlement.

Une décision qui provoque une scission, y compris au sein du Sinn Féin (voir une interview que nous avait donnée un membre du Republican Sinn Féin sur la question). Du côté de ceux qui ont reconnu les parlements Irlandais et nord irlandais, on retrouve l’IRA Officielle, aile politique du Sinn Féin, et organisation qui luttera de 1969 à 1972 avant de déclarer un cessez le feu. (elle n’indiquera cependant déposer les armes qu’en 2010).

L’IRA provisoire (Provisonals)

Elle est constituée de ceux qui ont refusé la reconnaissance des parlements irlandais et nord irlandais, mais aussi britanniques. L’IRA provisoire a été « adoubée » par de nombreux militants républicains de l’époque – dont Tom Maguire, militant nationaliste de la première heure – et a rapidement été considérée (avec le Sinn Féin en tant que vitrine politique)

Pendant près de 25 ans, l’IRA provisoire a mené une campagne violente  pour forcer le retrait des Britanniques d’Irlande du Nord.

Mais en 1986, la direction de l’IRA provisoire, sans doute par pragmatisme (notamment eu égard des épisodes de grèves de la faim mortelles au début des années 80) a choisi d’autoriser les candidats du Sinn Féin provisoire à accepter des sièges au Parlement irlandais, ce qui a été suivi plus tard par la reconnaissance du Parlement nord irlandais.

Le processus de paix dans les années 1990 a conduit l’IRA provisoire à démanteler une grande partie de sa structure paramilitaire, et l’organisation a officiellement mis fin à sa campagne armée en juillet 2005. Les services de sécurité irlandais et britanniques estiment toutefois que l’IRA provisoire existe toujours.

L’IRA continuity, la real IRA et la New IRA

La reconnaissance du Parlement par l’IRA provisoire en 1986 a incité certains à quitter l’organisation et à former un nouveau groupe, appelé plus tard « Continuity IRA », reconnu là encore comme légitime par des anciens du mouvement, dont toujours Tom Maguire, alors âgé de 90 ans, refusant ce qu’il estimait être des compromissions vis à vis de l’occupant anglais.

L’IRA continuity, moins importante numériquement que les groupes précédents, et divisée elle aussi à la suite de scissions internes (une spécialité celte ?), continue toujours d’exister. Elle ne reconnaît pas la légitimité du Parlement irlandais, considère son propre Conseil militaire comme le véritable gouvernement de l’Irlande et s’engage à forcer le retrait britannique d’Irlande du Nord.

Cependant, ce ne sera pas le dernier schisme au sein de l’IRA. En 1997, alors que l’IRA provisoire s’apprêtait à accepter un accord de paix n’incluant par la réunification de l’Irlande, une scission intervint en son sein, et des membres décidèrent de former la Real IRA. En termes idéologiques, l’approche de la Real IRA vis-à-vis de l’État irlandais est de nature un peu plus pragmatique que celle de la Continuity IRA. Néanmoins. Elle  soutient toutefois également qu’une campagne armée est nécessaire pour forcer un retrait britannique d’Irlande du Nord. Après un certain nombre de scissions internes, des éléments de la Real IRA ont fusionné avec d’autres groupes militants, et certains médias ont commencé à l’appeler la « Nouvelle IRA » (NEW IRA).

Aujourd’hui, chacune de ces organisations conteste le droit des autres à utiliser le nom « IRA ». En cela, elles partagent au moins un point de vue avec les autorités irlandaises. En vertu de la législation antiterroriste irlandaise, tout groupe qui se fait appeler « IRA » est une organisation illégale, et l’appartenance à un tel organisme peut entraîner une peine d’emprisonnement.

Depuis la fin de la guerre civile en 1923, pas moins de cinq groupes distincts se sont donc réclamés de l’IRA ».

Aujourd’hui toutefois, pour la grande majorité des citoyens irlandais, quelles que soient leurs convictions politiques, le nom « Óglaigh na hÉireann » ou forces de défense de l’État irlandais, symbolise avant tout…l’armée régulière irlandaise.

Pour approfondir la question, on vous conseille les livres suivants : Coogan, Tim Pat, IRA. Histoire et actualité de l’Armée républicaine irlandaise (Histoire et Actualité) mais aussi IRA : les républicains irlandais par Agnès Maillot. Et si vous maitrisez l’anglais, lecture impérative de Armed Struggle: The History of the IRA, par Richard English.

Crédit photo : breizh-info.com
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