Abbé Jérôme Sévillia (Institut d’Argentré) : « Savoir que tant d’enfants de France n’ont pas la joie de compter et de lire normalement est un malheur national » [Interview]

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L’Institut d’Argentré est un nouveau pensionnat catholique pour jeunes filles, situé à Sées en Normandie, l’institut d’Argentré Sainte-Anne. Nous avions relayé un appel à mobilisation car cette école est dans sa troisième année d’existence et sa croissance est très importante puisqu’ils sont passés de 14 à 60 élèves en aussi peu de temps ce qui demande des efforts financiers très importants.

« Notre école reçoit des jeunes filles de la 6e à la terminale. Notre lycée comprend les deux filières d’enseignement, générale et technologique. Notre vie religieuse s’enracine dans la liturgie traditionnelle du rite romain. » nous indique l’Abbé Sévillia qui s’occupe de l’école, et avec qui nous nous sommes entretenus.

Breizh-info.com : Qu’est-ce qui vous a amené à ouvrir cette école ?

Abbé Jérôme Sévillia : Une attente, un besoin. Simplement une nécessité vitale d’offrir à des jeunes filles un univers protecteur, non mixte, pour qu’elles puissent se développer et grandir en toute quiétude, tout en assumant leur féminité si malmenée aujourd’hui. 

C’est un véritable enjeu. Cette ouverture répond à une forte demande de la part des familles. La progression des effectifs en est la meilleure preuve.

Il est très important, dans la société déboussolée qui est la nôtre, de proposer des établissements stables et sérieux qui ont à cœur de faire grandir leurs élèves par la bienveillance et l’exigence. D’autres écoles de qualité existent mais elles ne sont pas assez nombreuses. 

Pour l’avenir de nos enfants et il y a désormais urgence, il s’agit de ne pas rater le coche de l’éducation.

Breizh-info.com : Le projet de loi sur le séparatisme vous inquiète-t-il ?

Abbé Jérôme Sévillia : Non, car nous ne nous sentons pas concernés. 

Nous sommes tout, sauf des séparatistes. C’est simplement l’inverse de l’esprit catholique.

Nous avons au contraire pour ambition que nos enfants participent à l’avenir de la société en y prenant de grandes responsabilités. Animés par leur foi, enracinés dans l’amour de leur pays, solidement éduqués, ils se mettront au service de ceux qui les entourent. Loin d’être des séparatistes, nous voulons plutôt des facteurs d’intégration et d’ordre. 

Si une chose doit nous inquiéter, c’est que nos enfants soient livrés à eux-mêmes dans des écoles qui ont renoncé à leur donner un cadre moral et académique exigeant mais stabilisant.

Breizh-info.com : Comment entendez-vous riposter aux attaques revendiquées par l’Etat qui voudrait s’immiscer jusque dans l’instruction de tous les enfants de France ?

Abbé Jérôme Sévillia :  En rappelant que les premiers éducateurs sont les parents. C’est un droit naturel fondamental. En mettant leurs enfants dans nos écoles, les parents ne font que déléguer ce droit. 

L’école est une institution complémentaire de la famille et doit rester dans ses limites car les enfants n’appartiennent pas à l’Etat. 

C’est une tentation récurrente de l’État moderne que d’élargir son pouvoir en matière d’éducation, en imposant une structure unique pour l’instruction des enfants, mais c’est une faute.

Maintenant, nous ne sommes qu’une école dont le rôle est d’éclairer et d’éclairer les intelligences et de construire les personnalités, c’est peut-être notre meilleure riposte.

Breizh-info.com : En quoi l’instruction catholique est-elle fondamentale pour vous, couplée avec les enseignements généraux ?

Abbé Jérôme Sévillia : C’est toute la question de la foi et de la raison. L’une ne va pas sans l’autre. 

Le but de l’éducation catholique est de développer avec « harmonie les dons physiques, moraux et intellectuels » des élèves.

Or ce ne peut être que si l’on donne une vision cohérente de l’homme et de la vie.

Ainsi, une éducation est authentique, seulement si elle est intégrale. C’est-à-dire si elle embrasse toute la nature humaine dans sa vie naturelle et surnaturelle.

Avec Benoît XVI, nous affirmons que « la science ne peut ignorer la dimension religieuse et éthique de la vie et la religion ne peut rejeter la légitime contribution de la science pour la compréhension du monde ». C’est pourquoi les deux sont liées et inséparables. 

C’est ainsi que l’attention que nous portons aux enseignements généraux est d’autant plus grande que nous avons une conception élevée de la fin de toute instruction, en faisant nôtre cette affirmation du Pape Pie XI : la religion est le fondement et le couronnement de tout l’enseignement, à tous les degrés. (Divini Illius Magistri)

Breizh-info.com : Que vous inspire le recul progressif du niveau scolaire en France ?

Abbé Jérôme Sévillia : Une grande peine d’abord. 

Savoir que tant d’enfants de France n’ont pas la joie de compter et de lire normalement est un malheur national. C’est une génération victime d’une société qui ne veut plus, ne peut plus, donner de repères stables, si structurant pour nos enfants et qui la sacrifie sur l’autel de l’idéologie de l’enfant roi.

Et ces enfants deviennent esclaves de leurs passions, quand l’école est censée les en libérer. Ils deviennent par exemple de parfaits consommateurs d’informatique et d’internet.

Pour autant, une fois le constat fait, soit nous nous lamentons, soit nous nous retroussons les manches pour arrêter ce recul.

Breizh-info.com : Comment y remédier ?

Abbé Jérôme Sévillia : En créant des écoles par exemple. Cela demande beaucoup d’efforts, financiers, humains, mais aussi beaucoup de sérieux car on ne se moque pas de nos enfants. 

Mais c’est une aventure exaltante que d’œuvrer pour l’avenir de la France. 

Il ne faut pas se satisfaire de grands discours mais construire et agir tout simplement autour de nous.

Ne renonçons pas, nos enfants valent la peine que l’on se donne de la peine pour eux.

Breizh-info.com : Le mot de la fin pour nos lecteurs

Abbé Jérôme Sévillia : L’éducation des enfants et un des enjeux majeurs du XXI è siècle. L’école doit continuer à devenir un cadre rassurant et structurant pour des enfants.

L’institut d’Argentré Sainte-Anne se donne pour mission de répondre du mieux possible à tout cela, en étant au service des jeunes filles. C’est pourquoi nos besoins sont grands et qu’il faut nous aider. Nous avons besoin de vous.

Propos recueillis par YV

Pour soutenir l’Argentré Saint-Anne c’est ici

Photo d’illustration : wikipedia (cc)
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