Eglise catholique. Que pensent les diocèses conciliaires des communautés traditionnelles ?

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Récemment, les résultats d’une enquête interne de la Conférence des Évêques de France ont circulé sur le net. Son objectif : mesurer l’influence du rite traditionnel pour la célébration de la messe, en France. (Lettre 780 publiée le 18 janvier 2021 par Paix Liturgique)

Le 7 mars 2020, cette enquête avait été demandée par le Pape François à l’ensemble des Conférences Épiscopales du monde entier, via la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Les enquêtes ont été menées sous forme de questionnaire afin d’étudier la pérennité, voire la résurgence d’un rite malmené depuis 50 ans.

Pour rappel, le dernier Concile de l’Eglise Catholique (1962-1965) a provoqué une modification profonde de la liturgie. Depuis 50 ans, c’est l’hémorragie. Dans  l’Archipel français  Jérôme Fourquet décrit la débâcle, appuyée sur des données statistiques: « En mars 1961, 38% des baptisés se rendent à la messe au moins le dimanche. En 2012, seuls 7% des baptisés. Ramené à la population française, nous sommes passés de 35% à 6% des français à la messe dominicale en 50 ans. En 1950 on comptait le même nombre de prêtres, religieux et religieuses (177 000) qu’au déclenchement de la Révolution (170 000). En 2015, cette catégorie ne représente plus que 51 500 religieux, soit divisé par 3 en 65 ans ! »

Les clercs progressistes se défendent, estimant que cette faillite aurait été pire si des réformes liturgiques et pastorales n’avaient pas été menées pour adapter l’Église au goût du jour. Quant à eux, les tenants de la Tradition estiment que la réforme de Vatican II a aggravé la décrue de la pratique religieuse en France. Cette remise en question est, on le comprend, difficile pour une génération de clercs diocésains qui a tout donné pour modifier en profondeur les rites et les pratiques catholiques.

La Révolution Française avait divisé les prêtres en jureurs et réfractaires. La révolution dans l’Eglise a divisé le clergé entre progressistes et défenseurs de la Tradition. Dans le but d’apaiser les discordes, en juillet 2007, le pape Benoît XVI publie une lettre apostolique, Summorum Pontificum levant les restrictions sur les célébrations liturgiques antérieures à Vatican II. L’article 5 précise notamment « Dans les paroisses où il existe un groupe stable de fidèles attachés à la tradition liturgique antérieure, le curé accueillera volontiers leur demande de célébrer la Messe selon le rite traditionnel. ». C’est le désaveu pour les progressistes qui du passé voulaient faire table rase. Ce texte du pape reconnaît que la réforme liturgique n’a jamais abrogé le missel et le rite précédent, qu’il reste utilisable « en principe » dans l’Église latine. Désormais, tout prêtre de rite latin peut utiliser ce missel traditionnel sans avoir besoin d’une permission du Siège apostolique ou de l’Evêque.

C’est donc suite à ce rappel du pape Benoît XVI que, 13 ans après, le pape François a récemment souhaité être informé de l’influence des communautés traditionnelles. L’enquête n’avait pas vocation à être diffusée, c’est ce qui rend ses résultats d’autant plus instructifs, permettant de comprendre plus intimement la position des réformateurs vis-à-vis des congrégations de prêtres « réfractaires » des temps modernes. Comme le déplore l’enquête elle-même, les évêques et prêtres diocésains tissent des liens trop ténus avec les chrétiens attachés à la Tradition (ce qu’ils appellent la « FERR » : Forme Extraordinaire du Rite Romain). En raison de ces liens trop étroits,  les résultats de cette enquête sont à prendre avec des pincettes.

Sur les 87 diocèses ayant répondu à l’enquête, 83 se sentent concernés par les effets du Motu Proprio promulgué par Benoît XVI. La principale motivation des évêques qui tolèrent la présence de communautés telle que la FSSP ou l’ICRSP est d’empêcher les catholiques traditionnels de rejoindre la Fraternité Sacerdotale St Pie X (FSSPX, qui célèbre sans dépendre d’autorisation épiscopale). Exemple concret de Gerrymandering religieux en Bretagne : depuis août 2016 l’apostolat de la FSSP se développait favorablement à St Pol de Léon. Mais cette concurrence traditionnelle a fini par faire ombrage aux clercs diocésains progressistes du lieu. Ceux-ci ont donc fait pression sur l’évêque de Quimper afin que cette communauté traditionnelle quitte le vieil évêché Léonard pour migrer à Sainte-Sève… à 8 km d’un lieu de messe de la FSSPX (Chapelle Notre Dame du Mur).

Ce qui ressort de cette synthèse, c’est un manque de compréhension et parfois même de charité. « Prédications médiocres, Formalisme rituel, réflexion sur la foi figée, intransigeant, marqué sociologiquement, lisent trop leur missel, ». Après avoir chassé les catholiques traditionnels des diocèses, ces clercs se permettent de leur reprocher leur isolement ! « En marge du diocèse, individualisme, esprit de chapelle, milieu fermé, isolé, repli sur soi, communauté à part, entre soi, faible dimension missionnaire». Si ces chrétiens traditionnels sont si renfermés, comment expliquer le succès du pèlerinage de Chrétienté/Tradition, fréquenté par des pèlerins de plus en plus jeunes et d’horizons de plus en plus larges ? (en 2019, la Tradition réunissait 19 000 pèlerins entre Paris et Chartres : 14000 participants par pèlerinage de Chrétienté + 5000 participants réunis par Pèlerinage de Tradition). La synthèse se termine d’ailleurs sur cette question : « Pourquoi un tel engouement notamment chez les jeunes pour la forme extraordinaire ; forme scrupuleuse ? » Quel aveu…

Selon leurs propres mots, la messe réformée a une dimension plus communautaire mais serait plus cléricaliste car centrée sur le prêtre. Elle mentionne plus souvent l’Esprit Saint, mais diminue l’insistance sur la présence réelle de Dieu, le sacrifice.

Mais les diocésains ayant répondu à cette enquête reconnaissent néanmoins que la messe traditionnelle est plus solennelle et offre un meilleur sens du sacré, qu’elle permet de pénétrer plus profondément le mystère (valorisant la foi eucharistique en la présence réelle, dimension sacrificielle plus explicite). Elle laisse également plus de place au silence, favorise l’intériorité et le recueillement. La permanence de ce rite depuis 50 ans permet également de préserver les chants, les cantiques, le grégorien reçu en héritage depuis plusieurs siècles. Le retour de ce rite influence parfois les messes réformées, ramenant le latin, les ornements anciens, les signes de croix, redonnant une rigueur et un soin accru dans la célébration… Mais ces retours que l’on aurait pu qualifier « d’enrichissement » sont méprisés et « sources de tension ».

« Des évêques s’interrogent sur la communion des fidèles traditionnels avec l’Eglise catholique » La pratique d’un rite antique est-il un motif d’excommunication ? L’histoire de l’Eglise a-t-elle démontré qu’il n’est pas catholique d’exercer son esprit critique vis à vis de telle action particulière du Pape ou tel enseignement précis d’un Concile ? Le Pape n’est pas le Christ, mais son Vicaire. L’Histoire de l’Eglise est moins monolithique que ne l’imagine ces prélats excommunicateurs. L’adhésion des chrétiens n’est pas seulement au magistère actuel mais aussi à 2000 ans d’enrichissement.

La question 8 nous enseigne que les séminaires sont bien verrouillés par les réformateurs progressistes. Mais les séminaristes leur échappent parfois le temps des vacances et apprivoisent discrètement le rite traditionnel, malgré leurs lacunes en latin. « Les évêques exercent une vigilance sur la manière dont les séminaristes vivent leur attachement à la liturgie », « un évêque suggère de ne pas incardiner un prêtre qui refuse de célébrer la messe nouvelle ».

En conclusion, l’apaisement souhaité par Benoît XVI semble avoir fait effet, mais les progressistes gardent de la rancœur contre ces îlots traditionnels, qu’ils voient comme des reproches vivants de 50 ans de réformes. « Le Motu proprio n’a fait que conforter une petite minorité dans leurs travers et la culture de leurs particularismes ». La synthèse rejette dos à dos les clercs progressistes et les communautés traditionnelles : « Des méfiances réciproques stérilisantes demeurent » et déplorent que le Motu proprio ait permis à ces communautés de se développer, mettant les réformateurs dans une situation de concurrence qu’ils déplorent.

 J’invite quant à moi les lecteurs de Breizh-Info à se faire leur propre opinion en faisant l’expérience de ce rite catholique. Ils découvriront je l’espère que les sectaires rabougris sont en réalité des chrétiens attachés à un Trésor, celui de la liturgie de leurs grands-parents, celui de la messe telle que l’a connue la Duchesse Anne !

Christian Le Gall

Crédit photo : DR
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3 Commentaires

  1. Alors, la Duchesse Anne de Bretagne est morte en 1514, et la messe dite « traditionnelle » date de 1575 … faudrait un peu faire attention à vos dates, d’autant qu’à son époque, on n’utilisait pas le Missel Romain mais les missels neo-gallicans !

  2. Le missel de saint pie v est le missel romain traditionnel en vigueur alors à Rome à Saint-Pierre. Il ne date donc pas de 1570, il est d’ailleurs semblable au 1er missel imprimé un siècle plus tôt. Il mérite donc bien le qualificatif de « traditionnel », car n’est pas comme le nouveau missel une création ou fabrication par des « experts ». Quant aux missels en vigueur à Nantes au XVe, j’avoue ignorer à quel point il est différent du missel romain.

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