Histoire de l’Irlande. Les conséquences de la Grande famine sur l’ordre d’Orange en Ulster

Un nouveau livre intitulé « The rise and the fall of Orange Order during the Famine : From Reformation to Dolly’s Brae », signé de l’historien Irlandais, Daragh Curran vient de sortir en Irlande, et apporte un nouvel éclairage sur la période de la grande famine en Irlande, ou plutôt sur les conséquences de la Grande famine sur l’ordre d’Orange en Ulster et plus globalement, sur les Protestants d’Irlande.

L’ouvrage évoque l’impact de la famine sur les classes populaires protestantes, qui ont continué, malgré l’impact de la famine, à défiler, à manifester, à revendiquer l’Ulster. Le livre explique comment, en l’espace de quelques années seulement, l’ascension de l’Ordre d’Orange en Irlande a par ailleurs été soudainement interrompue en raison de troubles politiques et de luttes intestines entre Protestants.

Selon M Curran, alors que l’histoire de la famine se concentre en grande partie sur ses conséquences sur la communauté catholique, l’effet de celle-ci sur les protestants d’Ulster est resté largement inexploré.

« La famine qui a commencé en Ulster de manière plus générale a été vraiment minimisée, mais alors qu’elle a eu de lourdes conséquences y compris sur les protestants – les tisserands, les métayers. La famine est largement perçue comme un problème catholique irlandais » indique Daragh Curran au Belfast Telegraph.

Bien que de nombreux protestants aient été victimes de la maladie et de la famine, les défilés, les processions et les célébrations ont continué – malgré le fait que de nombreux Orangistes étaient trop faibles physiquement pour y participer. Daragh Curran, qui est également l’auteur d’un deuxième livre sur la société protestante en Ulster de 1825 à 1845, explique qu’une fracture a eu lieu au sein de l’Ordre orange à ce moment-là, car sa direction a tenté de minimiser les effets de la Grande famine tout en encourageant les classes populaires à ne pas sortir dans les rues pour manifester et défendre leur appartenance religieuse et identitaire.

« Les dirigeants de l’Ordre d’Orange pensaient que la famine était conséquence de la colère de Dieu sur le peuple et les protestants étant le peuple élu, ils ne pouvaient pas être visés par Dieu. Elle ne toucherait que les catholiques parce qu’ils adorent le mauvais aspect du christianisme ainsi que le Pape. Ils étaient considérés comme mauvais dans leurs croyances et complètement ignorants et négligents, sans l’éthique de travail protestante. L’histoire a été écrite par les classes dirigeantes qui n’ont jamais pris en compte que ce grand malheur affectait aussi le peuple orangiste »

Lorsque le mouvement Jeune Irlande de 1848 a tenté de soulever le pays pour obtenir l’indépendance du reste de la Grande-Bretagne, le mouvement a tenté de courtiser les Orangistes dans l’optique de dépasser les clivages confessionnels au nom de l’Irlande. Inconcevable pour beaucoup de Protestants d’Ulster qui voulaient rester au sein de l’Union et conserver leur identité britannique.

Cette proposition irlandaise a même eu pour effet d’unifier les Protestants divisés à l’époque (notamment socialement) afin de constituer une force qui s’opposerait aux Jeunes Irlandais si le besoin s’en faisait ressentir. S’en est suivie une escalade de la violence et des tensions jusque l’affrontement de Dolly’s Brae en 1849, au cours duquel on estime que 30 catholiques ont été tués. Un affrontement qui a entrainé la colère du gouvernement brittannique, en mauvaise posture, et qui a mis fin à l’ascension de l’Ordre orange.

Créé en 1795, l’Ordre orange, organisation maçonnique protestante, s’était donné pour but de favoriser les objectifs du protestantisme. Au cours de ses quarante premières années d’existence, l’ordre est devenu une organisation populaire d’ampleur. Cependant, dans un contexte de changements sociaux, politiques et économiques majeurs, des tensions sont rapidement nées.

L’ordre fut impliqué en 1836 dans un complot mené par Ernest August, duc de Cumberland, très engagé contre l’émancipation des catholiques et grand maître de l’ordre en 1807, qui visait à évincer Victoria de la succession. La Chambre des communes demanda alors au roi George IV la dissolution de l’ordre. L’interdiction fut effective jusqu’en 1845, puis fut réitérée en 1849, après la bataille de Dolly’s Brae (comté de Down), entre orangistes et ribbonistes (catholiques pauvres). Les marches et les meetings orangistes furent interdits en Irlande durant plusieurs dizaines d’années, par le Party Processions Act, l’interdiction fut levée à la suite d’une campagne de désobéissance menée par William Johnston, de Ballykilbeg.

Au cours des quatre années suivantes, l’Ordre a finalement retrouvé son statut populaire antérieur. Le livre de M. Curran traite aussi bien de l’échec de la rébellion de Jeune Irlande de 1848 mais aussi du sanglant affrontement avec les catholiques à Dolly’s Brae en 1849, et retrace le chemin inégal et difficile emprunté par les Orangistes à travers cette période charnière de l’histoire irlandaise.

Crédit photo : breizh-info.com
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Une réponse

  1. A propos de l’Ordre d’Orange, pouvez donner le nom de l’éditeur et ses coordonnées, jsuis passionné par l’histoire des protestants en Irlande.

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- Sécession la première parution de Yann Vallerie, rédacteur en chef de Breizh-info -

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