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En donnant la victoire à une chanson ukrainienne mêlant rock, rap et folklore, la dernière Eurovision a donné un aperçu de la scène musicale de ce pays. On y joue la continuité plutôt que la table rase et on continue à y connaitre par coeur des chants transcendant les époques et les générations. Et si c’était là une arme secrète de l’Ukraine, un des ressorts expliquant la résilience de son armée de conscrits ?
Pour en juger, voici 4 de ces chants, les plus populaires, ayant cumulé plusieurs centaines de milliers de vues sur le You Tube ukrainien, avec leur contexte historique et la traduction exacte de leurs paroles. Attention, ces dernières n’ont pas été mises au standard Otan : on y trouve encore l’amour de la patrie charnelle et même plusieurs stéréotypes de genre !
Hey Sokoly ! (Hé les faucons !)
Cette ballade traditionnelle est attestée dès la première moitié du XIXème siècle. Se référant aux cosaques, elle fait le lien avec le plus ancien folklore ukrainien : celui qui chantait les exploits de ces guerriers libres de la steppe, gardiens de la zone tampon avec l’empire turc, et dont la mentalité est à rapprocher de celle de nos pirates. Le ton désabusé et individualiste de la chanson correspond assez bien à ce qui reste des « doumas », les chants cosaques traditionnels.
Les paroles sont parfois attribuées à Tymko Padura (1801-1871), un poète romantique qui a participé au soulèvement polono-ukrainien de 1831 contre le tsar Nicolas Ier. Joueur de bandura, la guitare ukrainienne traditionnelle, Padura se serait inspiré des vieux airs et aurait célébré un des totems de l’Ukraine, le faucon (le trident des armoiries pourrait être la stylisation d’un faucon en piqué).
A noter que ce chant est plus populaire en Pologne, où il berce l’espoir d’une Ukraine indépendante, qui ferait écran avec la Russie.
Hey, desʹ tam, de chorni vody,
Siv na konya kozak molodyy.
Plache moloda divchyna,
Yide kozak z Ukrayiny.
Hey! Hey! Hey, sokoly !
Omynayte hory, lisy, doly.
Dzvin, dzvin, dzvin, dzvinochku,
Stepovyy zhayvoronochku
Medu, vyna nalyvayte
Yak zahynu pokhovayte
Na dalekiy Ukrayini
Kolo myloyi divchyny
Hé, là où les eaux sont noires, un jeune cosaque est sur son cheval
Une jeune fille est en pleurs et le cosaque s’en va d’Ukraine.
Hé, hé, hé les faucons, évitez montagnes, forêts, vallées.
Sonne, sonne, sonne petite cloche, petite alouette des steppes.
(…)
Chérie, verse moi du vin et si devais mourir, enterrez-moi
Dans notre Ukraine si lointaine, à côté de ma jeune fille bien aimée.
Chtche ne vmerla Oukraïna (L’Ukraine n’est pas encore morte)
Ce chant n’appartient pas à proprement parler au répertoire folklorique. Ses paroles viennent d’un poème écrit en 1862 par Pavlo Tchoubynsky et ont été mises en musique par le pope gréco-catholique Mykhailo Verbytsky, dans le style des chœurs de la liturgie orthodoxe.
La création est présentée l’année suivante au théâtre de Lviv, alors sous domination autrichienne. Tandis que le reste de l’Ukraine subit une russification méthodique, la minorité ukrainienne de Galicie exprime plus librement sa culture sous la monarchie plurinationale des Habsbourg.
En 1918, ce chant devient l’hymne officiel de l’éphémère République populaire d’Ukraine, avant d’être interdit par le pouvoir soviétique. En 1992, il redevient l’hymne de l’Ukraine post-soviétique
Oy u luzi chervona kalyna (oh dans la prairie, la viorne rouge)
C’est de loin le chant le plus populaire en Ukraine, transmis dès la prime enfance, un mélange d’A la Claire Fontaine (pour le début) et de Marseillaise (pour la fin). Construit comme un air folklorique, il date de la Première Guerre Mondiale. Son auteur, le galicien Stepan Charnetsky, s’est inspiré des croyances populaires slaves : la viorne rouge est un arbuste dont l’aspect prédit le bonheur ou le malheur.
Charnetsky l’a écrit pour le régiment des fusiliers de Sitch. Cette formation de tradition cosaque est restée contre vents et marées fidèle à la République populaire indépendantiste, alors que l’Ukraine était déchirée de 1917 à 1921 par des troupes de tendances diverses : Allemands, Polonais, tsaristes, anarchistes, bolchéviks…
De nombreuses versions existent sur la Toile, des plus naïves aux plus orchestrées. La version suivante commence avec la bandura traditionnelle, puis va crescendo sur des rythmes plus rock.
Oy u luzi chervona kalyna pokhylylasya,
Chohosʹ nasha slavna Ukrayina zazhurylasya.
A my tuyu chervonu kalynu pidiymemo,
A my nashu slavnu Ukrayinu, hey, hey, rozveselymo!
(…)
Hey, u poli yaroyi pshenytsi zolotystyy lan,
Rozpochaly strilʹtsi ukrayinsʹki z vorohamy tan!
A my tuyu yaruyu pshenytsyu izberemo,
A my nashu slavnu Ukrayinu, hey, hey, rozveselymo!
Oh, dans la prairie, la viorne rouge est courbée,
Par quelque chose notre glorieuse Ukraine est désespérée.
Mais viorne rouge, nous te relèverons
Et notre glorieuse Ukraine, hey, hey, nous la réconforterons !
(..)
Hé, dans un champ doré par le blé de printemps,
Les fusiliers ukrainiens ont commencé la danse avec les ennemis !
Mais le blé de printemps, nous le récolterons
Et notre glorieuse Ukraine, hé, hé, nous l’acclamerons!
Marsh Novoyi Armiyi (Marche de la Nouvelle Armée)
Surdosée en testostérone, cette marche militaire fait figure, depuis la guerre du Donbass, d’hymne des forces armées ukrainiennes. La version actuelle remasterisée a été dévoilée en 2018 pendant le défilé militaire de la fête nationale, à l’occasion du centième anniversaire de la proclamation de la République populaire d’Ukraine. L’ancien président Poroshenko l’a entonnée en personne et l’a vantée comme le symbole du « lien indissoluble entre les générations successives de combattants pour la liberté de la patrie ».
Son origine est plus lointaine, puisque sa première version (« Marche des nationalistes ukrainiens ») a été écrite en 1929, dans la Galicie passée sous souveraineté polonaise. Elle est adoptée comme hymne officiel par l’OUN, l’organisation des nationalistes ukrainiens, dont la tendance principale était dirigée par Stepan Bandera. Une figure controversée puisqu’il a tenté de s’allier avec Hitler (dans la pratique il a passé la plus grande partie de l’occupation allemande en prison).
Le chant fait écho à l’ultraviolence de la période, marquée par le génocide collectiviste de 1932 (plusieurs millions de morts ukrainiens) et par la Shoah (qui débute en 1941 précisément en Ukraine).
La fin du texte évoque les revendications territoriales ukrainiennes : de la rivière San (à la frontière actuelle avec la Pologne), jusqu’au Caucase (soit toute la Russie du sud, celle des steppes cosaques). Touchons du bois la viorne pour que la guerre s’arrête avant.
Nous sommes nés à la grande heure,
Celle des feux de la guerre et des flammes de l’incendie.
Nous avons été le chagrin de la perte de l’Ukraine,
Nous avons été nourris par la colère, par la rage contre nos ennemis.
Nous partons au combat d’une marche triomphale,
Solides, forts, indestructibles comme le granit,
Car pleurer n’a jamais donné la liberté à personne,
Mais qui se bat remporte le monde.
Une grande vérité, valable pour tous,
Notre fier appel l’apporte à notre peuple :
» Compatriotes, soyez fidèles jusqu’à la mort,
Pour nous, l’Ukraine est au-dessus de tout » !
La gloire des héros tombés nous conduit à la bataille,
Pour nous fait loi cet objectif suprême :
« Une nation ukrainienne indépendante
Libre et forte, de la San jusqu’au Caucase ! »
E.P.
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Une réponse à “Ukraine. Oy Kalyna ! Ces chansons militaro-folkloriques qui soutiennent le moral des combattants ukrainiens.”
biden et l’otan vont se battre contre la russie jusqu’au dernier ukrainien
et nous on devra payer tout plus cher,