Législatives : pourquoi les candidats nationalistes bretons n’y arrivent pas ?

1%, 0,78%, 1,3%, est-il besoin de donner l’ensemble des scores des candidats UDB ou Parti Breton (PB) lors de cette élection ? Les deux partis sub-cités ont beau rivaliser de triomphalisme ce matin, on ne peut que sourire devant l’aspect groupusculaire des scores nationalistes bretons.

Des « partis 2% »

Malgré « sa progression de 17% », le PB est pratiquement partout sous les 2% voire sous les 1%. Il n’y a pas de grande surprise à cela, le mouvement centriste n’avait pas fait imprimer de bulletins de vote dans les bureaux faute d’argent. La performance aura donc été pour le PB d’aligner des candidats dans toute la Bretagne et même à l’étranger puisque le parti avait deux candidats dans les circonscriptions des français de l’étranger (Amérique-du-Nord et Europe centrale & Balkans) !

Mais alors que le PB fait 15 000 voix dans 34 circonscriptions sans bulletin de vote, l’UDB fait 23 320 voix sur 21 circonscriptions avec bulletins de vote, ce qui relativise les prétentions hégémoniques de l’UDB sur le mouvement breton. Et pourtant, il faut souligner que le parti de Lydie Massard fait le double de voix par rapport à 2017 ce qui autorise une certaine satisfaction. Ceci étant dit, 58 ans après sa création, l’UDB en est toujours au même point : 2% ! Autrefois, on parlait du « parti 3% », aujourd’hui le parti a même du mal à atteindre ce score. La seule performance de l’UDB à cette élection venant de Maxime Touzé, élu à la mairie de Douarnenez, qui frôle les 5%. Celui-ci aura d’ailleurs fait une véritable campagne avec un comité de soutien dépassant les 150 membres, des élus et des figures locales s’affichant à ses côtés, etc… Bref, une campagne « normale » pour un candidat crédible. Belle avancée pour un mouvement breton où le fait de se présenter à une élection avec une cravate et un programme crédible aura déjà été longtemps un signe suspect d’accointance avec le « camp français », voire d’appartenance certaine à la CIA.

Hélas, l’UDB fait un score groupusculaire sur l’ensemble de la Bretagne car l’UDB fait TOUJOURS un score groupusculaire sur l’ensemble de la Bretagne. Les seuls candidats que l’UDB parvient à faire élire sont toujours des candidats « soutenus par l’UDB » et jamais présentés directement par le parti.

Obsession gauchiste de l’UDB

Car, comme nous l’avions annoncé l’UDB n’a aucune marge de manoeuvre à gauche. Gaël Briand, notre lecteur le plus fidèle, a par exemple essayer en vain de rassembler sur son nom les « opposants de gauche » à la NUPES sur la circonscription de Lorient. Mais la NUPES est en pleine dynamique, cette posture d’opposant numéro 1 paraît donc bien prétentieuse pour l’UDB. Et si d’éventuels opposants à la dynamique NUPES voulaient se regrouper, ils le feraient assurément autour d’un dissident PS ou NPA et non pas autour de l’UDB ! Cette obsession de la gauche des UDBistes fait partie de l’ADN du parti : être dans les bons coups quand il y a une dynamique à suivre (se raccrocher à la locomotive PS puis EELV) mais chercher à être l’opposant N°1 lorsque l’union de la Gauche laisse l’UDB sur le bord de la route. Dans les deux cas, cela se solde souvent par un échec. Ou quelques insignifiants strapotins.

Ce qui plombe la mouvance bretonne c’est, en réalité, cette absence de programme clivant par rapport aux formations françaises. La seule mesure originale défendue par les partis bretons depuis la seconde guerre mondiale étant le statut de résident. A part cela, les formations nationalistes tournent toujours autour des mêmes thèmes : autonomie, langues de Bretagne, réunification. Mesures nécessaires certes mais qui ne peuvent constituer un fond de commerce électoral alors que les grands enjeux et les grands débats qui agitent la société sont ailleurs.

Et puis il y a quelque chose d’iconoclaste de voir l’UDB présenter des affiches bilingues français-breton partout en Bretagne. A Quimper ou dans le Léon, cela peut se comprendre car c’est la langue traditionnelle mais à Rennes ou dans le fin fond de la Loire-Atlantique, le parti ne peut pas apparaître plus hors-sol. Une affiche bilingue français-gallo aurait éventuellement été plus crédible.

Police de la pensée bobo

Au-delà de cet aspect linguistique, l’UDB ou le PB se refusent toujours à aborder la question de l’immigration, même sous l’angle du logement. Question qui, pourtant, constitue une véritable frontière entre les Bretons de souche et les autres. Selon nos informations, certains candidats UDB ne sont pourtant pas dupes et tiennent, en privé, des discours qui auraient tout à fait leur place dans les colonnes de Breizh Info, mais il est impensable pour eux de tenir les mêmes discours en public et, plus encore, au sein du parti. Les plus virulents gardiens de la doxa gauchiste sur le sujet étant, étrangement, les personnes le moins susceptibles de croiser des immigrés dans leur vie quotidienne comme l’élu nantais Pierre-Emmanuel Marais. Doux vertige d’une certaine bourgeoisie bobo qui n’est jamais assez à gauche dans ses déclarations mais jamais assez à droite dans son style de vie…

Du côté du Parti Breton, la timidité voire la schizophrénie est, sur ce sujet, poussé à son paroxysme : aucune mention du problème migratoire en public et pourtant en privé, les langues vont bon train. Mais la peur d’être rejeté par le mouvement breton dans son ensemble, d’être taxé de « fascistes » dans les manifestations habituelles de l’Emsav et de ne plus pouvoir y mettre les pieds, empêche au PB d’aborder frontalement le sujet. Le déplacement du centre de gravité du parti de Vannes à Rennes n’aura, de surcroît, rien arrangé sur cette question.

Ces élections auront été des élections paradoxales pour les partis bretons : il n’y aura jamais eu autant de candidats estampillés « nationalistes » (le mot n’est pas utilisé en Bretagne où a plutôt prospéré le mot « autonomiste ») et les scores en nombres de voix cumulés n’auront jamais été aussi importants. Mais les scores en matière de pourcentages restent déprimants. Le mouvement breton n’y arrive toujours pas…

Paul Molac superstar

Reste Paul Molac ! Sur la carte de France des résultats, le candidat « régionaliste » (c’est ainsi qu’il se définit) fait apparaître une tache jaune, couleur utilisée par les journaux parisiens pour caractériser les nationalistes locaux. Paul Molac sera réélu avec un score confortable car Paul Molac est ultra-présent dans sa circonscription. Pas un comice agricole, pas une kermesse sans l’arrivée de Paul Molac ou de sa suppléante Régine Le Viavant. A l’assemblée, même si la seule loi qui porte son nom est la fameuse loi sur l’enseignement des langues régionales, le ploërmelais aura été également présent sur les questions agricoles, hospitalières et rurales, question dont il rend régulièrement compte dans sa communication. Lors des rassemblements pour le maintien de l’hôpital de Ploërmel, Paul Molac est inévitablement présent au côtés des plus virulents syndicalistes.

Car même son positionnement initial pro-Macron n’aura pas entamé son crédit dans la population à qui il s’adresse en français mais également en breton ou en gallo. Du chef d’entreprise rigide au syndicaliste gouailleur ou au simple citoyen, Paul Molac connait tout le monde et peut s’adresser à tout le monde et ce avec le même accent de crédibilité. Qu’importe les étiquettes ou son avis sur tel ou tel sujet français, Paul Molac pourrait se présenter sous les couleurs d’un parti pro-Nord-Coréen ou à droite de Zemmour qu’il serait réélu entre Mauron et Muzillac. Ancrage territorial et défense du milieu rural et de la culture bretonne sont son créneau et cela lui réussit visiblement.

Quand la Bretagne s’éveillera…

Mais alors, comment un parti nationaliste breton pourrait-il percer en Bretagne ?

1/ En ayant un discours qui parle à la population et ce en assumant les questions qui fâchent notamment autour de l’immigration. L’UDB et le mouvement breton en général croient encore que la Bretagne « reste une terre de résistance au RN », alors que celui-ci progresse de façon spectaculaire d’élections en élections. Les scores de dimanche confirment encore cette croissance ininterrompue, certains secteurs du Morbihan intérieur, du nord de l’Ille-et-Vilaine et de l’est des Côtes d’Armor devenant désormais des « terres RN ».

2/ Qui assume ses différences par rapport aux partis français. La question du logement doit être une première étape et non pas une finalité

3/ En présentant des candidats crédibles. Sans vouloir être désobligeant, certains candidats présentés n’avaient pas le niveau et n’étaient pas en mesure de présenter un contre-discours cohérent face aux singes savants des partis français.

4/ En assumant d’incarner le vote protestataire. Mais pour cela il faut avoir des idées et des postures protestataires. Le créneau « robinet d’eau tiède » étant déjà largement pris par quantité de formations politiques françaises.

5/ En présentant des candidats ancrés localement. Là encore, certains candidats bretons étaient aussi parachutés dans leur secteur que le plus caricatural des candidats français. Ce qui fait le succès d’un Paul Molac ou d’un Christian Troadec à la mairie de Carhaix, est aussi leur crédibilité en tant que candidats issus du terroir.

BG

Crédit photo : DR

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14 réponses

  1. Vous oubliez la défense de l’identité (ou peut-être la classez-vous dans votre « 1 » ?). Ce sujet est tout aussi tabou que celui de l’immigration, et même plus : il en est la source et il est plus dangereux pour la pensée unique car positif (l’amour des siens et non la haine des autres). Du thème de l’identité découlent aussi ceux de la langue, de la réunification, etc., et devraient découler des principes d’urbanisme, de politique culturelle, d’aménagement du territoire, de priorité nationale, de localisme, etc.

    Le thème de l’identité parle-t-il aux électeurs ? Si ce n’est pas le cas, c’est parce que la pensée unique s’arc-boute solidement contre lui. Car ce thème parle hautement aux consommateurs (on paie cher pour porter sur la poitrine le logo d’une marque à laquelle on s’identifie) et aux amateurs de sport (le fameux « amour du maillot »). Les partis bretons devraient s’intéresser davantage à ce sentiment de base de l’humanité.

    1. En Bretagne certains comme les supermarchés l’ont compris depuis longtemps, la marque « Bretagne » fait vendre, car ce sentiment dont vous parlez est bien réel et d’ailleurs très fort chez les bretons, mais en politique forcément… les jacobins écrasent cette réalité et continuent la propagande « universaliste », ce qui est d’autant plus facile dans un pays oú les médias aussi sont excessivement centralisés et l’information largement contrôlée.

    1. La foi catholique fait partie de l’identité bretonne dès son commencement, mais l’Eglise en Bretagne est française et proche de l’apostasie et a perdu toute influence. Il faut des prières et des saints.

  2. A Guérande, il n’y a pas eu de profession de foi ni de bulletin de vote dans le courrier mais il y avait bien des bulletins de vote dans les bureaux.

  3. Erik Warraok
    Pourquoi les corses y arrivent ils ? Peut-être qu’en réfléchissant à cette question nous aurions des bases de réponses à notre question de départ. La solidarité bretonne existe t elle ?
    Le FLB après 70 a été une bande de guignols. Le FLNC et Aleria restent dans toutes les memoires même hors de Corse. Denez Prigent ne trouve rien de mieux que d’introduire un rapeur dans son dernier clip… Depuis des décennies on nous parle d’ouverture et de métissage. Résultat un gloubi boulga indigeste qui ne fait vibrer personne.
    A suivre…

  4. « Une affiche bilingue français-gallo aurait éventuellement été plus crédible »
    Pas d’accord. Les parlers gallos sont morts en pratqie et représentent simplement un intérêt d’ordre familial et affectif et non pas politique.
    Seul le breton standard a une chance de survire, et seulement s’il répond à sa vocation : remplaçer le français partout en Bretagne. La différence Basse/haute Bretagne n’est plus pertinente.

  5. Il n’y avait pas de profession de foi dans le courrier, mais le Parti Breton avait bien des bulletins à son nom dans ma circonscription de Brest Rural. Il a fait un peu plus de 2 % dans ma commune. L’UDB n’avait pas de candidat.

    Pourquoi ces partis autonomistes n’y arrivent-ils pas ? Tout simplement parce que ces partis n’ont pas de leaders connus et reconnus capables d’entrainer les bretons vers le régionalisme, vers l’autonomisme, voire vers le séparatisme. Paul Molac et accessoirement Christian Troadec sont des exceptions. Le Drian ou Le Fur ne sont pas des leaders mettant ces thèses au premier plan.

    Le Nantais Morvan Lebesque avait écrit, à la fin des années 60 « à chacun, l’âge venu, la découverte ou l’ignorance (d’être breton) ». Cette citation hélas, ne s’applique pas qu’aux Nantais, car beaucoup de bretons autour de moi dans le bas Léon, pourtant tout à l’ouest de la Bretagne, sont encore dans l’ignorance. C’est, d’ailleurs, ce qui distingue la plupart des Bretons des Corses qui, eux, ne sont plus dans l’ignorance !

  6. Je vais certainement choquer mais je suis persuadée que, au plus profond de lui, le breton reste inhibé par un sentiment encré depuis plus d’un siècle, celui d’être considéré comme grossier campagnard, un plouc, un relégué dans son monde de légendes et de folklore… De ce fait, il met toute son énergie à vouloir ressembler à ce qui lui semble être la norme médiatique. Surtout, ne pas se faire remarquer, rentrer dans le moule et refouler son éventuelle frustration. C’est là qu’il pense manifester sa fierté…

  7. Pourquoi les candidats bretons n’y arrivent pas ? Parce que le combat régionaliste est encore relégué au culturel ou au folklore. Et qu’au moment de glisser le bulletin dans l’urne, les vieux réflexes conditionnés prennent le dessus. L’enjeu véritable de toutes élections est de se déterminer d’abord par rapport à la fracture Droite – Gauche. Ensuite seulement, les considérations régionalistes. Cette blessure originelle est invisible et inconsciente. Elle imprègne tous les aspects de la société et divise secrètement en empêchant la fédération des militants bretons. Un militant breton d’extrême gauche, par exemple, ne fera jamais alliance avec un militant breton d’extrême droite.

  8. Combien même la Bretagne deviendrait indépendante, le clivage droite – gauche, continuerait à empoisonner la vie des Bretons pendant des lustres ! Bon courage.

  9. Exactement. Ce que vous décrivez correspond (en résumé) aux conséquences psychopathologiques transgénérationnelles (carence narcissique) de la politique ethnocidaire perpétrée par la France (objet de mon mémoire). Nous sommes toujours en état de sidération post-traumatique et nous n’en avons même pas conscience… Bien à vous.

  10. Anne-Marie, Exactement. Ce que vous décrivez correspond (en résumé) aux conséquences psychopathologiques transgénérationnelles (carence narcissique) de la politique ethnocidaire perpétrée par la France (objet de mon mémoire). Nous sommes toujours en état de sidération post-traumatique et nous n’en avons même pas conscience… Bien à vous.

  11. Le Parti Breton avait dans ces élections des objectifs réalistes. Les élections législatives sont très difficiles du fait du scrutin pas de proportionnel et il faut également une implantation. Ces élections auront permis avec une mise minimum de parler dans les médias de nos thèmes. Nous avons même été invité à FR3 Bretagne avec l’UDB le soir de l’élection à Rennes. Pour les petits partis cette élection permet d’avoir du financement public c’est chose faite avec notre alliance nationale avec 180 circonscriptions à plus de 1%. Maintenant nous allons bâtir pour les prochaines échéances une stratégie. Cela va commence lors du prochain conseil national.

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- Sécession la première parution de Yann Vallerie, rédacteur en chef de Breizh-info -

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