Expulsé de France vers les Comores pour un prêche jugé incompatible avec les valeurs de la République, un Imam témoigne [Interview]

Au mois de juillet 2021 l’année l’imam de la mosquée Attakwa de Saint-Chamond dans la Loire, Ahamada Mmadi. avait été convoqué à la préfecture de ce département après un prêche jugé discriminatoire et attentatoire à l’égalité homme-femme dans le cadre notamment de la loi dite « sur le séparatisme ». Il avait en réalité, lors d’une prière, simplement cité un passage du Coran, le livre sacré des musulmans. En voici des extraits ci-dessous :

« Ô femmes musulmanes […] préserve son sexe de ce qui est haram interdit et obéit à son mari […] tâchez de veiller aux droits d’Allah et à ceux de vos époux, c’est-à-dire vos maris, restez dans vos foyers et ne vous exhibez pas de la manière des femmes d’avant l’islam […] et ne soyez pas trop complaisantes dans votre langage afin que celui dont le cœur est malade, c’est-à-dire l’hypocrite, ne vous convoite pas et tenez […] un langage décent » (extrait du prêche). »

Le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin s’était déclaré scandalisé par ces propos et avait ordonné la destitution de l’Imam. Ahamada Mmadi s’était défendu en disant qu’il n’avait fait que citer un verset du Coran. L’affaire ne s’est pas arrêtée là puisque la procédure a suivi son cours jusqu’à une reconduite à la frontière et une expulsion à destination des Comores, avec sa femme et ses trois enfants.

Quelques mois après cette expulsion,  et au lendemain d’un vocal sur Twitter qu’il a réalisé (écoutez ci-dessous) avec Idriss Sihamedi (fondateur de Baraka city) nous avons interrogé Ahamada Mmadi, pour comprendre.

Breizh-info.com : Pouvez vous vous présenter à nos lecteurs ?

Ahamada Mmadi : Je m’appelle Mr Ahamada Mmadi. J’ai 35 ans. Diplômé d’une licence en sciences de l’éducation à l’Université de St Étienne. Père de famille, une fille âgée de trois ans et trois mois, un garçon de deux ans et un mois et le le plus petit a huit mois aujourd’hui. Je suis arrivé en France le 27 octobre 2013 en tant qu’étudiant à l’Université de St Étienne. Donc avec un visa de longue séjour. J’ai travaillé avec la ville de St Étienne en tant qu’un intervenant, aide aux devoirs dans plusieurs écoles primaires de la ville.

Breizh-info.com : Comment devient-on Imam ? Comment avez vous été nommé Imam de la mosquée Attakwa, à St Chamond ? Quel poids y a la communauté musulmane ?

Ahamada Mmadi : Lorsque j’ai commencé ma première année de Masters en 2015, j’ai pris connaissance de la formation des imams de France au Maroc, organisée par UMF à l’époque du président François Hollande. J’ai postulé parce que j’avais l’habitude d’exercer cette fonction d’imam bénévolement à la mosquée de la cotonne à st Étienne. Une fois ma candidature retenue, je suis parti au Maroc pour passer un examen qui a duré une semaine. On est retourné en France et j’ai continué mes études universitaires. Deux mois après, j’ai reçu un mail me disant que je devais me préparer pour la formation. Après nous sommes partis pour la formation. J’ai validé mon premier diplôme d’imam et la mosquée Bellevue de st Étienne m’a appelé dès le Maroc, me proposant d’être l’imam de leur mosquée, avec un salaire et un apparemment de fonction.

On a fait un contrat de travail fin 2016, j’ai déposé ce contrat à la préfecture de la Loire pour changement de statut, or la loi stipule que si un étranger trouve un travail et qu’un français ne peut pas l’exercer, on doit lui donner sa carte de séjour. Me concernant, la préfecture m’a donné une carte avec mention visiteur.

Une fois que j’ai quitté la mosquée de Bellevue, le président de la mosquée de St Chamond a eu des échos me concernant, il est venu me chercher pour que je sois l’imam de leur mosquée. On a fait un contrat de travail, j’ai donc toujours cotisé dans les caisses de l’État français et la préfecture a toujours renouvelé ma carte de séjour jusqu’à ce 20 octobre 2021 où j’ai reçu un courrier avec accusé de réception me disant que ma carte de séjour ne serait pas renouvelée y compris si j’avais un CDI (NDLR : Le 20 octobre 2021, par arrêté préfectoral, la demande de renouvellement du titre de séjour de M. Ahamada a été rejetée et une obligation de quitter le territoire français (OQTF) a été prononcée envers M. Ahamada ainsi que son épouse, présente irrégulièrement en France. À la suite d’un recours, déposé par M. et Mme Ahamada, le tribunal administratif de Lyon a confirmé le 18 mars 2022 leur obligation de quitter le territoire français (OQTF)). 

La communauté musulmane en France n’a aucun poids ni pouvoir, c’est ce que j’ai compris durant six ans au poste d’imam officiellement en France.

Breizh-info.com : Pouvez vous nous parler de la décision du tribunal rendue en mai 2022 et de votre expulsion qui s’en est suivie ? Est-ce réellement par rapport à un prêche, ou simplement parce que vous n’aviez plus le droit de rester en France pour d’autres raisons ? Vous n’avez pourtant fait que citer le Coran non ?

Ahamada Mmadi : Bien sûr, c’est par rapport aux versets coraniques que j’ai cités qui n’ont pas plu à ceux qui ont le pouvoir. J’ai été victime de manoeuvres politiques dans une période électorale. Car la France a l’habitude de taper sur les musulmans une fois qu’il y a des élections.

Bien sûr que j’avais droit de rester en France, car j’avais un CDI, donc un salaire, un appartement à mon nom. J’ai payé mes impôts comme tout le monde. On me reprochait tout simplement d’avoir récité ces versets qui ne sont pas conformes, selon eux aux lois et aux valeurs de la République.

Breizh-info.com : Ne trouvez-vous pas normal qu’un pays, en l’occurrence, ici la France, puisse décider de qui reste, et de qui part, de son territoire ? Votre pays, les Comores, ne procède-t-il pas d’ailleurs de la même manière ?

Ahamada Mmadi : Je dirai que malheureusement, la France décide qui reste et qui doit quitter son territoire.

Breizh-info.com : Quelle est votre situation aujourd’hui ? Allez vous continuer à être Imam aux Comores ?

Ahamada Mmadi : Aujourd’hui aux Comores, je suis comme un nouveau né, je commence à m’adapter à la vie comorienne, et avec le temps on survivra inch’allah. Seul Allah qui a la garantie de tout chose. Je me repose chez Lui et Allah me suffit.

Propos recueillis par YV

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2022, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

10 réponses

  1. « La France décide qui reste et qui doit quitter son territoire », dit ce monsieur. Preuve qu’il ne connaît pas bien la France, car son cas est quand même une exception. Des tas de gens qui devraient quitter le territoire français y restent.
    Mais n’est-il pas stupéfiant que cette exception-ci soit motivée officiellement non par un prêche de haine mais par l’invitation faite aux femmes à tenir « un langage décent » ? Et c’est une préfète qui déclare cette injonction contraire aux valeurs de la République ! (A la demande du ministre de l’Intérieur, prend-elle quand même soin de préciser.) On croirait presque un gag, mais non, la préfecture de la Loire a vraiment publié ce communiqué…

  2. Mais francais et europeens de meme, arretez de suite ce suicide complet ! Nos trop nombreux totalement naifs ne savent certainement pas , que si l on appliquait nos vraies lois , c est par dizaines de milliers que toute cette lie de l humanite devraient etre expulses sans aucune contestation possible ! Les veaux de l Europe entiere vont se reveiller alors qu il sera trop tard, la collaboration a encore de beaux jours devant elle !

  3. Moralité : puisque ce qui est à l’origine de tout ce tintamarre est le coran (dont un extrait a été cité),ce qu’il faut faut reconduire hors des frontières de la France c’est le coran et tous ses adeptes.

  4. On expulse un imam quand il faudrait en expulser deux cents. Darmanin reste un faible ministre et rien ne se résoudra dans les années à venir avec un Eric Piolle à Grenoble ou un Doucet à Lyon. Les français sont-ils à ce point aveugles? Combien de coups de couteau dans les rues faudra-t-il pour qu’une sage réaction se révèle. Vu mon âge, je commence à désespérer.

  5. Finalement, dès lors que leur bon sens et leur attachement à certaines valeurs prennent le dessus, les étrangers qui se comportent normalement en France sont logés à la même enseigne que les Français de souche qui vivent en respectant au mieux les lois et leurs voisins. Nous marchons décidément sur la tête.
    Il devient urgentissime de dégager tous ces dégénérés qui non seulement détruisent notre pays mais pourrissent chaque jour un peu plus la vie des honnêtes citoyens.

  6. Pour moi qui ai lu entièrement le Coran, j’y ai trouvé 118 pages comportant des parties de Sourates non conformes à nos lois. Je m’étonne que ce livre soit encore autorisé en France dans notre pays laïc. Et notre Justice nationale a eu raison dans le cas de cet iman qui cite le Coran.

  7. Hasan II qui avait fait ses études de droit français à l’université de Bordeaux, savait toutes les contradictions qui opposent le droit français et le coran et avait déclaré qu’un vrai musulman ne pouvait pas s’adapter aux lois françaises. C’est le bon sens, mais un Français ne peut pas le dire, il sera déclaré raciste et condamné par les tribunaux. Alors ce que chacun pense peut être différent de ce qu’il dit et des amitiés entre personnes de religions contraires

  8. « Ahamada Mmadi : Je dirai que malheureusement, la France décide qui reste et qui doit quitter son territoire. »
    en théorie ! il est l’exception qui confirme la règle! il a accepté d’être renvoyé mais il n’y a que 6% des obligations de quitter le territoire qui sont effectuées, les 94% restant ici; on est vraiment maitres chez nous!

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