Pesticides. Et si l’eau potable ne l’était pas vraiment pour 20 % des Français ?

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Une eau du robinet non conforme en raison de la présence de pesticides pour 20 % des Français en 2021 : des données particulièrement alarmantes pourraient-elles donner lieu à un nouveau scandale sanitaire ?

Pesticides dans l’eau du robinet : 20 % des Français concernés ?

La question de la présence de pesticides dans l’eau du robinet revient régulièrement dans l’actualité en France, et la Bretagne est très loin d’échapper au phénomène puisque, pas plus tard qu’au mois de mai 2022, l’association Eau et Rivières de Bretagne tentait d’alerter une nouvelle fois les pouvoirs publics sur le sujet en lançant une pétition en ligne.

Plus récemment, c’est le quotidien Le Monde qui a jeté un nouveau pavé dans la mare en révélant des données inquiétantes le 21 septembre et collectées auprès des agences régionales de santé (ARS) concernant la qualité des eaux potables distribuées en France.

Il s’avère en effet qu’en 2021, ce serait environ 12 millions d’habitants de l’Hexagone qui se seraient vus distribuer régulièrement ou épisodiquement une eau du robinet n’étant pas en conformité avec les normes de qualité en vigueur. En proportion, cela représenterait environ 20 % des Français, soit une hausse considérable par rapport à l’année 2020 où le ministère de la Santé évaluait cette proportion à 5,9 %.

Disparités de la pollution entre les régions

Une fois ce constat dressé, il faut également souligner que l’exposition aux pesticides via l’eau du robinet diffère selon les régions. Aussi, en matière de pollution, la première place revient aux Hauts-de-France, où pas moins de 65 % de la population auraient connu des niveaux de pesticides supérieurs aux normes dans son eau potable au cours de l’année 2021.

En Bretagne administrative (B4), cette proportion est évaluée à 43 %, et à 25 % dans les Pays de la Loire. Elle atteint 16,3 % en Île-de-France.

Spécificité bretonne, c’est l’ESA-métolachlore, un herbicide souvent utilisé pour le désherbage de maïs, qui est l’un des « plus fréquemment retrouvés dans l’eau » du robinet distribuée dans la région. Un cas unique en France selon l’article du journal, puisque l’on ne trouverait dans aucune autre région une eau présentée comme potable avec de tels niveaux de contamination par l’ESA-métolachlore.

Toujours en Bretagne, les chiffres de l’Observatoire de l’environnement en Bretagne (OEB) rapportaient que, dans 98,7 % des cours d’eau suivis en 2020 en Bretagne, les analyses relevaient la présence d’au moins un pesticide. Des cours d’eau où, justement, l’un des résidus les plus observés lors des relevés était celui de l’ESA-metolachlore (ou S-metolachlore).

Eau du robinet et pesticides : scandale sanitaire à l’horizon ?

Tandis que la DGS (direction générale de la santé) devrait officiellement présenter ces données dans les prochaines semaines, sommes-nous à l’aube d’un nouveau scandale sanitaire ?

Cité par Le Monde, l’ex-directeur général de l’ARS Nouvelle-Aquitaine Michel Laforcade, en retraite depuis 2020, commente la situation : « Il y a beaucoup d’autocensure dans l’administration, une sorte d’incapacité à regarder la réalité. Un jour, on devra rendre des comptes. Ce ne sera peut-être pas de la même envergure que l’affaire du sang contaminé, mais cela pourrait devenir le prochain scandale de santé publique. »

Quant à l’explication de la hausse fulgurante de la proportion de population concernée par une eau potable non conforme (de 5,9 % en 2020 à 20 % en 2021), les méthodologies de recherche des pesticides auraient évolué entre-temps. Ainsi, certains métabolites de pesticides qui n’étaient pas recherchés jusqu’alors l’ont été à partir de 2021 par les ARS.

À ce titre, l’ARS Bretagne précise auprès d’Ouest-France qu’en 2021, les autorités sanitaires ont ajouté trois nouveaux paramètres de mesure de l’eau concernant des métabolites potentiellement cancérigènes au-delà d’un certain seuil. « Plus de 86 molécules ont été ajoutées pour un total de 252 », souligne l’agence.

Par ailleurs, aucune certitude n’existe à l’heure actuelle concernant les risques pour la santé qu’impliquent ces dépassements des normes en matière de pesticides dans l’eau du robinet. La navigation en eaux troubles sur le plan sanitaire n’est donc pas prête de toucher à sa fin…

Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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