Dissolution. Les députés n’ont pas envie de retourner devant leurs électeurs

Tout a commencé avec un article paru dans Le Journal du dimanche (6 novembre 2022) intitulé « Macron prépare l’opération dissolution ». Selon l’hebdomadaire, le président de la République préparerait minutieusement une « opération dissolution », installant dans les esprits « l’inéluctabilité d’un nouveau scrutin législatif ». On pouvait voir là un nouveau message. En effet, « il y a quelques semaines, en petit comité, le chef de l’Etat lâchait ainsi : « Si une motion de censure est adoptée, tout le monde repart en campagne. » Manière de dire à toutes les forces politiques, et particulièrement aux Républicains, qu’il n’hésiterait pas à convoquer des législatives anticipées si le gouvernement était renversé. «  (Le Figaro, mardi 8 novembre 2022)

« Si le chef de l’Etat agite la menace d’une dissolution, il n’y a pas intérêt dans l’immédiat (il ne serait pas assuré de retrouver une majorité plus nette). Et la plupart des forces politiques, RN excepté, n’y auraient pas intérêt non  plus, tant elles restent fragiles. » (Le Monde, mercredi 9 novembre 2022). Qu’en pense Marine Le Pen ? « Je n’appelle pas à une dissolution. Je considère qu’Emmanuel Macron n’a aucun intérêt à l’opérer. En l’état, elle consisterait à congédier les électeurs en leur disant : « vous avez voté, ça ne me plaît pas, donc on remet les compteurs à zéro et on revote ». Si le Président utilise cet argument comme une menace, elle ne nous fait absolument pas peur. Nous n’avons aucune crainte à repartir en campagne ! Nous pourrions en ressortir beaucoup plus puissants qu’aujourd’hui, voire en capacité d’avoir un Premier ministre. » (Le Journal du dimanche, 13 novembre 2022). Jérôme Jaffré, directeur du Cecop (Centre d’études et de connaissances sur l’opinion publique), souligne qu’à plusieurs reprises, Emmanuel Macron s’en est pris aux « partisans du désordre ». Mais, pour lui,  utiliser  cet argument dans des législatives qui suivraient une dissolution, « ça n’a de valeur que si le pays le ressent ainsi ; le risque d’un moment mal ajusté serait de finir avec une Assemblée encore plus ingouvernable que celle-ci, avec 50 députés macronistes en moins et 50 députés RN en plus. Au fond, actuellement, la menace de dissolution n’est qu’une manière de dire : « Retenez-moi ou je fais un malheur » (Le Figaro, mercredi 9 novembre 2022).

Mélenchon n’est pas en grande forme 

Comme l’explique un proche de Macron, « pour un tel choix, il faut un événement fondateur, une justification. Or les sondages ne sont pas bons pour nous, la cote de popularité du Président n’est pas terrible. Il ne faut pas dissoudre pour se retrouver avec une majorité encore plus relative » (Le Canard enchaîné, 9 novembre 2022). Or il n’y a pas de blocage politique ou institutionnel, les textes passent… Mais à la question « Emmanuel Macron est-il un bon président de la République ? », 62 % des personnes interrogées répondent par la négative (Baromètre Odoxa-Mascaret, Presse Océan, mardi 25 octobre 2022). Le baromètre Kantar-Epoka ne donne pas un meilleur résultat : 59 % des Français ne font pas confiance au président de la République (Le Figaro Magazine, 4 novembre 2022). Pour autant, la situation n’est guère plus brillante pour Jean-Luc Mélenchon : 66 % des personnes interrogées ont une opinion négative de l’insoumis en chef (45 % très négative et 21 % assez négative) ; elles sont seulement 21 % à avoir une opinion positive de ce dernier (Sondage Viavoice, Libération, samedi 15-dimanche 16 octobre 2022).

Si bien que si dimanche prochain se déroulait le premier tour de l’élection présidentielle – on refait le match -, on pourrait voir Marine Le Pen monter à 30 % (+ 6,5 points par rapport au premier tour du 10 avril 2022), Emmanuel Macron arriver à 29 % (+ 1,2 point) et Jean-Luc Mélenchon reculer à 17 % (- 4,5 points), d’après l’Ifop (Le Journal du dimanche, 30 octobre 2022). Ces données, si elles se maintenaient,  auraient inévitablement des conséquences en cas de dissolution de l’Assemblée nationale : fâcheuses pour les candidats Nupes-LFI, heureuses pour ceux du RN. Dans le cas de la Bretagne, il faut tenir compte de l’article L. 162 du code électoral : « Nul ne peut être candidat au deuxième tour s’il ne s’est présenté au premier tour et s’il n’a obtenu un nombre de suffrages au moins égal à 12,5 p. 100 du nombre des électeurs inscrits. Dans le cas où un seul candidat remplit ces conditions, le candidat ayant obtenu après celui-ci le plus grand nombre de suffrages au premier tour peut se maintenir au second ». C’est-à-dire qu’actuellement, aucun candidat du Rassemblement national ne peut participer au second tour dans nos 37 circonscriptions ; ce qui favorise les candidats « insoumis » qualifiés pour le second dimanche. Car, aujourd’hui, l’électeur type du RN est souvent contestataire, populiste et farouchement anti-Macron ; il vote donc volontiers pour le candidat LFI au second tour et favorise ainsi l’élection de ce dernier. On a pu le vérifier au second tour (19 juin) pour Mathilde Hignet (Redon), Frédéric Mathieu (Rennes-Bruz), Murielle Lepvraud (Guingamp), Matthias Tavel (Saint-Nazaire), Ségolène Amiot (Nantes-Saint-Herblain). Seul Andy Kerbrat (Nantes centre) peut prétendre n’avoir pas besoin des électeurs du Rassemblement national pour l’emporter ; il a mis 4 741 voix (24 550/19809) dans la vue à la député sortante Valérie Oppelt (Ensemble-Renaissance), alors qu’au premier tour le candidat RN (Nicolas Gasnier) s’était contenté d’un petit score (2 52O voix – 4,99 %).  

On a pu faire la même constatation pour deux élus Nupes-PS : Mélanie Thomin à Carhaix et Claudia Rouaux à Rennes-Montfort-sur-Meu. Mais le socialiste Mickaël Bouloux (Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande) pouvait se passer des services des électeurs du RN puisque devançant Florian Bachelier, député sortant (Ensemble-Renaissance), de 7 772 suffrages (28 261/20 489), alors que la candidate RN (Marianne Looten) n’avait obtenu que 3 999 voix (6,87 %) au premier tour. Chez les élus écolos (EELV), Jean-Claude Raux (Châteaubriant) avait besoin des voix des électeurs RN, tandis que Julie Laernoes (Nantes-Rezé) pouvait s’en passer, car surpassant la député sortante macroniste (Aude Amadou) de 7 219 voix (26 114/18 895), tandis que la candidate du RN (Gaëlle Pineau) se contentait de 4 838 suffrages (10,21 %) au premier tour.

C’est-à-dire qu’en Bretagne, en cas de dissolution de l’Assemblée nationale, si on assistait à une forte progression du RN permettant à ses candidats de se maintenir au second tour – ce qui suppose atteindre 12,5 % des inscrits -, il y aurait de la « casse » chez les députés de la Nupes. En effet, au second tour, on assisterait à un match à trois et non plus à un duel. Et les électeurs du RN voteraient pour leur candidat du premier tour…

Bernard Morvan

Crédit photo : DR

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2 réponses

  1. étant donné que Macron n’a aucune parole, il n’y a pas à craindre une dissolution de l’A.N.
    d’ailleurs, ne l’avait-il pas déjà promis si une motion de censure était déposée contre le 49.3 ?
    avec Macron nous ne sommes plus en démocratie mais en dictature car il gouverne avec ce 49.3 et se passe des Députés et des Sénateurs qui peuvent voter contre une proposition de loi, elle est aussitôt remise au vote en comité restreint par les Députés pro-Macron.

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