Partager un enfant avec un inconnu ? Bienvenu dans le monde de la co-parentalité….

Copaping, Coparentalys, Family4everyone, ToosParents, Familybydesign, CoParents, Childable… les sites de recherche de co-parentalité, se proposant de mettre en contact des inconnus dans le but de faire et de partager un enfant, se multiplient. À l’heure d’une véritable OPA pour dissuader à la procréation – voir la propagation d’articles et émissions ayant pour objet le “regret maternel”, la privation de soi que générerait le bambin, la fierté d’être vieille-fille ou encore la “charge mentale” des mères – on en viendrait à les voir d’un bon œil : face à la stérilité volontaire ambiante, un petit groupe d’humains désire encore avoir une progéniture.

Dans ce monde où beaucoup d’entre nous ont des difficultés à trouver un partenaire idéal, pourquoi ne pas avoir un enfant seul(e) ou par coparentalité ? (…) nous vivons de plus en plus dans une société monoparentale. La coparentalité n’est ni un effet de mode ni un choix marginal, mais plutôt une évolution naturelle de la société”, nous explique le site Childable. Au vu du taux croissant de mariages finissant mal, pourquoi donc ne pas partager un être humain avec un total inconnu, choisi sur catalogue ?

Ces plateformes fonctionnent sur le modèle des sites de rencontre, sauf qu’au lieu de chercher une aventure nocturne, il s’agira de dénicher le bon donateur de sperme ou d’ovule, le géniteur idéal. Et d’y être lié pour la vie. C’est pourquoi, pour une co-parentalité réussie, on y insiste pour que l’accord parental soit établi par contrat et protégé par la loi, stipulant les lignes directrices éducatives communes, le montant de la contribution financière des signataires, la volonté ou non d’éduquer l’enfant religieusement, le lieu de résidence, la division du temps de présence etc. 

Bref, la disgrâce est programmée à l’avance : on feint de croire que les enfants de couples désunis ne souffrent d’aucun troubles, qu’il est normal et sans conséquence d’être ballottés d’une maison à l’autre. Seul est pris en compte l’aspect purement émotionnel que comporte la beauté d’avoir un enfant.

Qu’un bébé puisse être commandé ou sous-traité à travers un contact virtuel sur smartphone est un pas supplémentaire vers la marchandisation de la filiation, à commencer par le nouveau-né qui sera objet d’une tractation. Avant même d’avoir vu le jour, il est déjà pensé comme une chose que l’on peut commanditer et planifier grâce à une app. Une autre app permettra ensuite aux géniteurs de gérer le quotidien…. C’est reposer bien des espérances dans les capacités résolutives de la technologie !

Outre le fait de considérer la descendance comme un droit, ces sites sont tristement révélateurs du mal-être des Occidentaux, de leurs difficultés à rencontrer un conjoint et de maintenir des relations durables. Mais peut-il en être autrement ? Toute la “culture” moderne est individualiste : basée sur l’hédonisme et la satisfaction personnelle, elle pousse à l’assouvissement des désirs qu’elle crée sans cesse, encourage les égoïsmes et les caprices. Finis les responsabilités et le sens du devoir, à bas la famille, place à Narcisse ! Le don de soi et l’abnégation, nécessaires à la construction d’un couple solide, sont minés d’avance. L’obsolescence programmée, le jetable et le consumérisme sont inévitablement transposés aux rapports humains. Ainsi, quand la passion des premières années s’affadit, on change de partenaire. On collectionne les conquêtes pensant assouvir un besoin de nouveauté. Nourris de happy ending et autres fables hollywoodiennes, on n’est plus capables de trouver chaussure à son pied.

Alors, que faire ? Pour échapper au nihilisme régnant, il convient plus que jamais de résister, d’opérer une sécession intérieure, de construire nos bastions et faire vivre nos communautés, de transmettre une éthique et de véritables valeurs à nos enfants. Pour qu’ils passent, imperturbables, au milieu de ce monde en ruine tel le chevalier d’Albrecht Dürer, forts d’une éducation qui leur permette de voir au-delà des images et des tentations, aussi scintillantes que trompeuses, du monde moderne. 

Audrey D’Aguanno 

Illustrations : DR
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