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Miguelanxo Prado, dessinateur espagnol, est de retour. Après les scandales bancaires, il s’attaque à la pédophilie dans les sphères du pouvoir.
Le tome 1 se déroule en 2014. Dans une grande ville balnéaire de Galice, l’inspectrice de police Olga Tabares et son adjoint Carlos Sotillo Tabares se rendent dans l’appartement d’un homme retrouvé mort dans son salon. Il était commercial dans une banque. L’autopsie révèle un empoisonnement. Tandis que les deux policiers enquêtent, la radio annonce la mort du directeur d’une autre banque, renversé par une voiture. Puis la directrice d’une agence bancaire s’écroule morte dans un bar. A ces trois victimes, s’ajoutent un 4ème mort par empoisonnement… puis un 5ème… A peine un cadavre est-il identifié qu’une nouvelle personne est empoisonnée au cyanure. Investis de l’enquête, Tabares et Sotillo découvrent un lien troublant entre les victimes. Toutes évoluaient dans le secteur bancaire : un jeune commercial, une responsable d’agence, un directeur général, une contrôleuse financière, une directrice territoriale… Tueur en série ou groupe terroriste ? Les consignes de la hiérarchie sont claires : pas un mot aux médias ! Mais les enquêteurs Tabares et Sotillo viennent à soupçonner des personnes âgées, ruinées après avoir acquis sur les conseils de leur banquier des produits financiers défaillants : les « actions préférentielles »…
Le tome 2 se déroule en octobre 2017. La jeune lycéenne Irina, 15 ans, très jolie, se pose de curieuses questions sur d’éventuelles amnésies passagères. Se pourrait-il qu’elle ait été hypnotisée ou droguée ? Elle est retrouvée morte, allongée sur son lit, dans sa chambre fermée de l’intérieur, visiblement suite à une prise massive de médicaments. Ses parents indiquent aux inspecteurs qu’ils ne se doutaient de rien. La police conclut rapidement à un suicide. Le juge est prêt à clore l’affaire.
Mais l’inspectrice Tabares et son adjoint Sotillo restent dubitatifs. Ils mettent la main sur la tablette d’Irina. En débloquant son mot de passe, ils accèdent à un dossier caché : elle apparaît nue sur des photos ! Dès lors, l’affaire prend une toute autre tournure : Irina serait la victime dans une affaire de pédocriminalité… L’interrogatoire des professeurs leur apprend alors qu’Irina somnolait en cours, comme si elle avait été droguée. Ils apprennent encore qu’elle a été adoptée à l’âge de 2 ans et qu’elle est originaire d’Ukraine. Ils poussent le juge à mettre les parents d’Irina en garde-à-vue. N’ont-ils pas un train de vie nettement au-dessus de leurs moyens ?
Miguelanxo Prado fait partie des dessinateurs espagnols les plus doués. Il a obtenu, au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, deux fois l’Alph’Art du meilleur album étranger, pour Manuel Montano en 1991 et Trait de craie en 1994. Après Le triskel volé, conte celtique fantastique, il nous propose un polar social et engagé.
La base est classique : deux policiers enquêtent, avec de multiples rebondissements, sur des morts suspectes. Mais la dénonciation d’un scandale bancaire dans le tome 1 et de la pédocriminalité dans le tome 2 prend vite le dessus.
Dans le tome 1, Prado s’est inspiré d’un fait divers entendu à la radio : le suicide d’un couple de personnes âgées incapables de rembourser leurs prêts. En Espagne en effet, la crise immobilière a suscité la ruine de centaines de milliers de petits épargnants, aboutissant à de nombreux suicides de personnes âgées. Dans le scenario, connaissant l’impunité des puissants milieux financiers, les victimes des banques considèrent que la vengeance contre un système économique immoral devient légitime, mais si elle reste illégale. On comprend que ces Proies faciles, ce sont davantage ces petits vieux ruinés que les cyniques banquiers qu’ils assassinent. Prado montre l’humanité de ces personnages, loin de tout discours militant. Il explique que « le leader de la bande est même un fervent défendeur du système. Mais il estime que la situation devient incontrôlable, il faut faire quelque chose. Il ne s’agit pas d’idéologie, de droite ou de gauche, mais de la survie de notre modèle de société, du respect du contrat social. De décence et d’éthique » (Casemate n°99, janv. 2017, p. 58). Prado pose ainsi une question fondamentale : l’être humain doit-il se venger lorsque la société ne le défend plus ?
Dans le tome 2, Prado s’est inspiré de la lecture du journal : une mère espagnole qui, en 2021, tournait des vidéos érotiques de ses enfants de 5 à 11 ans pour les vendre… Il dénonce la maltraitance enfantine et les scandales de pédophilie dans la sphère du pouvoir, parfois étouffés par de nombreux hommes d’influence. Prado pose ainsi une question centrale : jusqu’où l’être humain est-il capable d’aller pour de l’argent ?
Au fil des albums, on apprécie la complicité naissante entre l’inspectrice Tabares et son adjoint Sotillo, tiraillés entre leur travail et leurs opinions personnelles. Prado voulait précisément faire un nouvel album pour développer leur relation.
Le dessin de Prado, très expressif, est caractéristique. Il réalise d’abord un crayonné, repasse les traits à la plume, puis ajoute les couleurs à la peinture acrylique. Il créée de magnifiques trognes. Après être passé par une école d’architecture, Prado aime dessiner les immeubles, les rues et les intérieurs d’appartements. Il s’inspire de La Corogne, sa ville. Ses couleurs sombres créent une atmosphère froide. Avec la sortie du tome 2, le tome 1 vient d’être réédité dans une version colorisée.
Proies faciles, t. 1 Hyènes, 100 pages, 20 euros. t. 2, Vautours, 84 pages, 20 euros. Editions rue de Sèvres.
Kristol Séhec.
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Une réponse à “Proies faciles, superbe bande dessinée policière.”
Envoyez-moi un album, même en espagnol (Aucun problème : Vivant à Tanger, j’ai parlé l’espagnol avant le francais), pour pouvoir mieux apprecier et donner un avis personnel …