En 1817, la Haute Cour de l’Amirauté de Londres rend un arrêt qui met la Royal Navy dans l’embarras. Un navire de guerre britannique avait arraisonné au large de l’Afrique un bâtiment français, Le Louis, soupçonné de transporter des esclaves. Le tribunal ordonne de le restituer à ses propriétaires. En temps de paix, juge-t-il, aucune nation ne peut fouiller les navires d’une autre sans traité, et la traite, interdite par Londres sur son propre sol, n’est pas un crime en droit international. La France ne l’ayant pas abolie, ses négriers peuvent naviguer en toute légalité.
Deux siècles plus tard, le pays qui a passé un siècle à faire de la traite un crime international est sommé de payer des réparations.
Un siècle de croisière contre les négriers
La Grande-Bretagne abolit la traite en 1807, puis l’esclavage dans ses colonies en 1833. Elle ne s’arrête pas à ses propres territoires. Pendant près d’un siècle, la Royal Navy patrouille des milliers de kilomètres de côtes pour traquer les navires négriers, aux frais du Trésor britannique.
Puisque le droit international ne permettait pas d’agir, Londres a entrepris de le changer :
- Au congrès de Vienne, en 1815, elle obtient de 7 autres puissances une déclaration de principe contre la traite.
- Faute d’accord général, elle multiplie ensuite les traités bilatéraux, avec 27 pays en 1844.
- Avec le Portugal, l’Espagne, les Pays-Bas puis le Brésil, elle crée des tribunaux mixtes installés à Freetown, Rio de Janeiro, La Havane ou Paramaribo. Entre 1819 et 1871, ils auraient permis de libérer environ 80 000 personnes. Certains historiens y voient les premières juridictions internationales destinées à protéger des êtres humains en tant que tels.
- Là où la diplomatie échoue, Londres agit seule : le Palmerston Act de 1839 autorise la saisie des navires portugais, et l’Aberdeen Act de 1845 assimile la traite brésilienne à de la piraterie.
Il faudra attendre la conférence de Berlin en 1885, puis l’Acte général de Bruxelles en 1890, pour que la traite soit interdite à l’échelle internationale. Ce qui était un commerce légal est devenu un crime, en grande partie parce que la Grande-Bretagne a consacré un siècle et une fortune à l’imposer.
La facture des Caraïbes
Les pays des Caraïbes en tirent pourtant une tout autre conclusion. Réunis dans la CARICOM, ils réclament des réparations, sous l’impulsion de la Première ministre de la Barbade, Mia Mottley. En 2023, un rapport coordonné par Patrick Robinson, ancien juge de la Cour internationale de justice, a évalué à plus de 24 000 milliards de dollars la dette du seul Royaume-Uni envers 14 pays. En mars dernier, l’ONU a adopté une résolution portée par le Ghana qui qualifie la traite transatlantique de crime le plus grave contre l’humanité et appelle à des réparations. Le Royaume-Uni s’est abstenu.
Aux Bahamas, la commission nationale des réparations veut profiter de la prochaine visite de Charles III pour lui demander des excuses au nom de la Couronne, tout en plaidant pour que le pays devienne une république. Sa présidente invoque le sous-développement de l’archipel. Le PIB par habitant y dépasse pourtant 39 000 dollars, l’un des plus élevés des pays à majorité noire. L’archipel doit en grande partie cette prospérité à son statut de paradis fiscal, construit à partir de 1949, quand il était encore une colonie britannique. Le roi a pourtant déjà multiplié les gestes : en 2021, à la Barbade, il avait déclaré que l’atrocité de l’esclavage entachait à jamais l’histoire britannique, et il a ouvert les archives royales aux chercheurs.
Lipton Matthews relève aussi que les militants des réparations ne demandent rien aux héritiers des royaumes africains qui ont capturé et vendu des esclaves aux négriers européens pendant des siècles. La facture est adressée au pays qui a mis fin à la traite, pas à ceux qui l’alimentaient.
Ce que Londres verse déjà
Il rappelle aussi que la Grande-Bretagne aide déjà largement la région. Selon lui, environ 53 millions de livres du fonds britannique pour les infrastructures caribéennes ont financé l’irrigation et le drainage pour les agriculteurs jamaïcains. Après le passage de l’ouragan Melissa en octobre 2025, Londres a débloqué plus de 8 millions de livres d’aide d’urgence en quelques jours. Des projets d’infrastructures ont également été financés à Antigua, au Guyana, au Belize et à Sainte-Lucie.
Le « verrou » de Reform UK
Outre-Manche, une partie de la classe politique ne veut plus céder. En avril dernier, le parti de Nigel Farage, Reform UK, en tête des sondages, a proposé un « verrou des réparations ». Il s’agirait de suspendre la délivrance de tout nouveau visa, de travail, d’études, familial ou touristique, aux ressortissants des pays qui réclament officiellement des réparations. Son porte-parole Zia Yusuf a résumé la position du parti : la Grande-Bretagne n’est « pas un distributeur automatique pour les griefs ethniques du passé ».
Lipton Matthews va plus loin. Il suggère de fermer aussi aux pays qui poursuivraient Londres en justice les bourses universitaires Chevening, que le gouvernement britannique offre aux étudiants étrangers. Le gouvernement travailliste, de son côté, a déjà exclu tout versement : la ministre des Finances Rachel Reeves a affirmé que le pays n’avait pas les moyens de payer les sommes réclamées.
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine