Plus d’un million de visiteurs se pressent chaque année sur le promontoire rocheux de Schwangau, au pied des Alpes bavaroises, pour visiter le château le plus célèbre d’Allemagne. Derrière sa silhouette blanche de conte de fées se cache le destin tragique de son bâtisseur, Louis II de Bavière, le « roi fou ». Arte lui consacre un documentaire d’Oliver Halmburger, « La folie de Louis II : Neuschwanstein, le château enchanté », disponible en replay jusqu’au 18 décembre.
Un temple pour Wagner
L’idée naît en 1868. Dans une lettre à Richard Wagner, le jeune roi annonce son intention de reconstruire les ruines des vieux châteaux qui dominent les gorges de la Pöllat, dans le style des anciennes forteresses des chevaliers germaniques. Ce sera, écrit-il, « un digne temple pour l’ami divin ». Enfant, il passait ses étés juste en contrebas, au château de Hohenschwangau, restauré par son père et décoré de la légende du chevalier au cygne.
Louis II s’inspire de 2 visites. Le château de Pierrefonds, dans l’Oise, restauré dans le style néogothique par Viollet-le-Duc, et la Wartbourg, en Thuringe, théâtre légendaire du tournoi des chanteurs qui inspira « Tannhäuser » à Wagner. Il fait dynamiter la montagne pour abaisser le site de 8 mètres. La première pierre est posée le 5 septembre 1869, sous la direction des architectes Eduard Riedel et Christian Jank.
Le chantier est titanesque. Rien qu’entre 1879 et 1880, il engloutit 465 tonnes de marbre de Salzbourg, 400 000 briques et 600 tonnes de ciment. Le roi suit chaque détail, au risque de ralentir les travaux, et les architectes remanient sans cesse leurs plans. Derrière le décor médiéval, la modernité est partout : eau courante chaude et froide, broches à rôtir automatiques dans les cuisines.
Lohengrin, Tristan et le Graal
À l’intérieur, chaque pièce est un hommage aux opéras de Wagner et aux légendes médiévales. Le hall d’entrée évoque Siegfried, la chambre du roi l’histoire de Tristan et Iseult, le grand salon est entièrement consacré à Lohengrin, le chevalier au cygne auquel Louis II s’identifiait au point de se déguiser en lui. La salle du trône, inspirée de Sainte-Sophie de Constantinople, représente la salle du Graal de Parsifal. Sur ses murs figurent 6 rois saints du Moyen Âge, dont Saint Louis, patron du roi, qui a aussi sa chapelle attenante à la chambre. Le trône d’or et d’ivoire, lui, n’a jamais été réalisé.
Selon le documentaire, le château n’a jamais été conçu comme une démonstration de puissance. Louis II y cherchait un refuge loin d’une monarchie constitutionnelle qui l’avait privé de tout pouvoir réel, une forteresse de la solitude où vivre ses rêves.
Un rêve inachevé
Le roi ne s’y installe qu’en 1884. 2 ans plus tard, déclaré fou et interné, il meurt dans des circonstances jamais éclaircies dans le lac de Starnberg, le 13 juin 1886. Sur les quelque 200 pièces prévues, une quinzaine seulement ont été achevées. Le château ouvre au public quelques semaines après sa mort.
Son histoire ne s’arrête pas là. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les nazis y entreposent près de 22 000 objets d’art pillés, en grande partie en France, avant que l’armée américaine ne les retrouve en avril 1945. Walt Disney s’en inspire pour le château de la Belle au bois dormant du premier Disneyland, en 1955, et Luchino Visconti y tourne « Ludwig ou le crépuscule des dieux » en 1973.
Neuschwanstein est inscrit depuis 2025 au patrimoine mondial de l’Unesco, avec les autres châteaux de Louis II : Linderhof, Schachen et Herrenchiemsee.
« La folie de Louis II : Neuschwanstein, le château enchanté », documentaire d’Oliver Halmburger (Allemagne, 2023, 1 h 29), disponible sur arte.tv jusqu’au 18 décembre 2026.
Photo d’illustration : DR
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