Golfe de Gascogne : une étude scientifique éclaire enfin les causes des captures accidentelles de dauphins

Après plus de trois ans de travaux, le projet scientifique Delmoges (DELphinus MOuvements GEStion) livre ses conclusions sur un sujet devenu hautement sensible : les captures accidentelles de dauphins communs dans le golfe de Gascogne. Piloté par un consortium associant instituts de recherche, universités et représentants de la filière pêche, ce programme visait à comprendre les mécanismes précis à l’origine de ces captures afin d’identifier des pistes réalistes de réduction, conciliant protection de l’espèce et activité économique

Un phénomène en hausse depuis 2016

Les travaux confirment que l’augmentation des échouages observée depuis près de dix ans ne s’explique pas par un seul facteur. Les chercheurs mettent en évidence un changement profond de l’écosystème marin, en grande partie lié au réchauffement climatique. L’élévation de la température de surface de l’eau, estimée à près de 0,8 °C en vingt ans, entraîne une cascade d’effets : baisse de la production de phytoplancton, modification du zooplancton, diminution de la taille des petits poissons pélagiques et déplacement de ces proies vers les zones côtières

Ce phénomène attire les dauphins communs plus près des côtes, notamment en hiver, là où la pression de pêche est la plus forte. Les analyses montrent que les dauphins capturés accidentellement sont, pour la plupart, en bonne condition physique et qu’ils se nourrissaient activement au moment de leur mort, principalement de sardines et d’anchois, et non de poissons pris dans les filets.

Une cartographie fine du risque de capture

L’un des apports majeurs du projet Delmoges réside dans la cartographie précise du risque de capture accidentelle, fondée sur le croisement de données inédites : géolocalisation des navires, effort réel de pêche (longueur et durée d’immersion des filets), distribution des dauphins et de leurs proies.

Cette approche permet d’identifier des zones et périodes à risque élevé, notamment dans certaines zones côtières peu profondes entre la Gironde et la Loire durant l’hiver. Le risque n’est pas uniforme : il varie selon les types d’engins, les stratégies de pêche, la distance à la côte et la productivité biologique locale.

Des solutions complexes, aux impacts contrastés

Le projet souligne la complexité des mesures de gestion envisageables. Les fermetures temporaires de zones de pêche, déjà mises en œuvre depuis 2024, se révèlent efficaces à court terme mais entraînent des coûts économiques et sociaux importants pour la filière. D’autres options sont étudiées : dispositifs acoustiques, adaptations des pratiques de pêche, modulation de l’effort ou mesures incitatives.

Aucune solution ne fait aujourd’hui consensus. Les enquêtes menées auprès des pêcheurs, des acteurs de la filière, des ONG et des gestionnaires montrent des perceptions très contrastées des mesures possibles. Certaines propositions évoquent des fermetures ciblées et temporaires, calées sur les cycles biologiques des espèces exploitées, susceptibles de bénéficier à l’ensemble de l’écosystème, à condition d’un cadre concerté et adapté

Au-delà des résultats techniques, Delmoges (DELphinus MOuvements GEStion) fournit un cadre méthodologique inédit pour appréhender les interactions entre biodiversité et pêche dans un contexte de changement climatique. Les chercheurs insistent sur la nécessité d’un dialogue fondé sur des données objectivées, afin d’éviter les oppositions simplistes entre protection de la faune marine et activité halieutique.

Les conclusions du projet pourraient également servir de référence pour d’autres pêcheries et d’autres espèces protégées, en France comme en Europe. Les rapports finaux et les synthèses du projet sont désormais accessibles au public, avec pour ambition de nourrir des décisions de gestion à la fois efficaces, acceptables et durables

Crédit photo : Grok IA
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Une réponse à “Golfe de Gascogne : une étude scientifique éclaire enfin les causes des captures accidentelles de dauphins”

  1. guillemot dit :

    Ne pas oublier que le plus grand destructeur du système naturel terrestre est l’homme

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