À quelques jours d’un nouveau round parlementaire sur la fin de vie, RiTV diffuse un documentaire d’environ quarante minutes qui tranche avec le langage feutré des hémicycles. Le film, réalisé par Armel Joubert des Ouches, donne la parole à des soignants, un prêtre, des proches de personnes handicapées et des familles directement concernées par l’extension du « droit à l’aide à mourir ». L’ensemble dessine une même inquiétude : derrière la promesse d’une mort « choisie », la société pourrait glisser vers une mort administrée — et, à terme, rationalisée.
Le documentaire s’ouvre sur un propos rapporté par la psychologue Marie de Hennezel, attribué à Henri Caillavet, ancien président de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) : « Ce que je redoute, c’est le racisme anti-vieux… Vous aurez une euthanasie économique ». Dit il y a plus de vingt ans, cet avertissement sert de fil rouge : quand la solidarité intergénérationnelle se fragilise, la tentation apparaît de présenter la mort comme une solution “raisonnable” — pour l’individu, mais aussi pour les comptes publics.
De l’« aide à mourir » aux lignes rouges qui bougent
Sur le plan politique, le film s’inscrit dans la séquence ouverte en 2024-2025 autour de la fin de vie. Les débats ont abouti à une nouvelle étape législative, avec des textes distincts (soins palliatifs d’un côté, « aide à mourir » de l’autre) et un passage attendu au Sénat.
Le documentaire insiste sur un point : le verrouillage initial (“réservé aux adultes”, “pas pour la souffrance psychologique seule”, etc.) ne garantit pas l’absence d’élargissements ultérieurs. Il cite notamment l’idée, assumée par certains militants, d’“ouvrir une porte” puis d’étendre progressivement le périmètre — une mécanique que d’autres pays ont connue, à des rythmes divers.
Handicap, dépendance, soins : la peur de devenir un « coût »
La partie la plus forte du film tient sans doute aux témoignages. On y entend l’angoisse de familles qui vivent déjà avec la dépendance au long cours : maladie neuromusculaire, fauteuil, surveillance permanente, traitement à vie. Le mot qui revient n’est pas “liberté”, mais “pression” : pression morale (“ne pas être un fardeau”), pression sociale (“ne pas coûter”), pression administrative (des procédures, des formulaires, des délais), et — en arrière-plan — la crainte d’un basculement culturel où l’on finirait par expliquer aux fragiles que le courage consiste à disparaître.
Le documentaire pose aussi, frontalement, la question des soins palliatifs : leur inégale accessibilité, leur manque de moyens, et le risque que l’“aide à mourir” devienne, dans certains territoires, la réponse la plus disponible parce qu’elle coûterait moins cher qu’un accompagnement long, humain, exigeant.
Belgique, Canada : quand l’exception devient un paysage
RiTV fait un détour par l’étranger, en particulier la Belgique et le Canada, pour interroger les effets de cliquet : une fois la pratique installée, comment empêcher la normalisation ? comment tenir les lignes rouges ? que devient la médecine quand la société transforme le soin en arbitrage entre “qualité de vie” et “solution terminale” ?
Le film ne prétend pas clore le débat, mais il rappelle une évidence : sur un sujet aussi irréversible, l’argument de la “dignité” peut servir à tout — y compris à masquer des logiques de gestion.
Qu’on partage ou non ses conclusions, ce documentaire a une utilité : il remet de la chair dans une discussion trop souvent réduite à des slogans. Il montre des visages, des corps, des familles — et cette question qui dérange : une société qui promet la mort “digne” a-t-elle d’abord tout tenté pour garantir la vie accompagnée ?
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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