À l’occasion de la Journée mondiale des solitudes, le 23 janvier, la Fondation de France a publié la 15ᵉ édition de son étude annuelle consacrée à l’isolement et à la solitude en France. Le constat demeure préoccupant : près d’un tiers des Français se trouvent aujourd’hui en situation d’isolement relationnel ou à la limite de celui-ci, et près d’un quart déclarent se sentir seuls. Dans le Grand Ouest, et en particulier en Bretagne, ces chiffres prennent une résonance particulière, entre désertification rurale et fragilisation du lien social urbain.
L’étude rappelle d’abord une distinction essentielle, souvent mal comprise. L’isolement correspond à une réalité objective : la rareté ou l’absence de relations dans les différentes sphères de la vie sociale — famille, amitiés, travail, voisinage ou engagement associatif. La solitude, elle, relève d’un ressenti subjectif. On peut se sentir seul tout en étant entouré, ou au contraire ne pas éprouver de solitude malgré une vie relationnelle réduite. Fait notable, ce sont les jeunes qui expriment le plus fortement le sentiment de solitude, alors que les personnes les plus isolées sont souvent plus âgées ou plus précaires.
Une situation plus dégradée en Bretagne et dans l’Ouest
Dans le Grand Ouest, 13 % des personnes sont aujourd’hui isolées, un taux supérieur à la moyenne nationale, estimée à 11 %. En Bretagne, 21 % des habitants déclarent se sentir seuls, tandis que ce chiffre atteint 25 % dans les Pays de la Loire. À l’échelle nationale, 24 % des Français disent ressentir la solitude de manière régulière ou quotidienne.
L’étude met en évidence une fracture territoriale nette. En milieu rural, l’isolement relationnel progresse et touche désormais 14 % des habitants, contre 11 % trois ans plus tôt. À l’inverse, dans les grandes villes et les agglomérations de plus de 100 000 habitants, c’est le sentiment de solitude qui domine : 28 % des citadins se disent seuls, contre 21 % en zone rurale. Une France à deux vitesses se dessine, entre campagnes isolées et villes peuplées mais socialement fragmentées.
Précarité économique et solitude : un lien direct
L’étude Solitudes 2025 confirme également le lien étroit entre fragilité économique, vulnérabilité physique et isolement social. Les personnes aux revenus modestes sont trois fois plus souvent isolées que celles disposant de hauts revenus. Le phénomène est encore plus marqué chez les personnes sans emploi : 20 % des chômeurs sont isolés, et 45 % déclarent se sentir seuls, contre 25 % chez les actifs occupés.
La santé constitue un autre facteur aggravant. Près de 30 % des personnes dont l’état de santé est fragilisé sont en situation d’isolement relationnel, illustrant l’enchaînement souvent cumulatif entre maladie, retrait social et solitude.
Famille, amis, voisinage : des réseaux inégalement mobilisés
En 2025, les amis et les voisins demeurent les réseaux de sociabilité les plus fréquemment mobilisés, devant la famille. Toutefois, l’étude met en lumière des disparités géographiques marquées. Les habitants du nord de la France entretiennent plus souvent des contacts réguliers avec leur famille que ceux du sud, reflet de trajectoires résidentielles différentes et d’un ancrage territorial parfois plus fragile dans certaines régions.
Pour les personnes isolées ou seules, les associations jouent un rôle central. Elles constituent souvent les derniers espaces de sociabilité régulière et sécurisante. Lorsque l’accompagnement débouche sur un engagement bénévole, le sentiment de solitude recule nettement, le passage du statut d’aidé à celui d’acteur renforçant l’estime de soi et le sentiment d’utilité sociale.
Petits commerces et initiatives locales : des relais sous-estimés
L’étude souligne également le rôle, souvent négligé, des petits commerces de proximité. En ville, près d’un quart des habitants des grandes agglomérations déclarent avoir échangé sur des sujets personnels avec un commerçant de quartier au cours des douze derniers mois. En milieu rural, les habitants privilégient davantage les espaces naturels — forêts, littoral, montagnes — comme échappatoires à l’isolement.
En Bretagne, plusieurs initiatives soutenues par la Fondation de France illustrent ces dynamiques de terrain. À Nantes et en Loire-Atlantique, l’association Manou Partages développe des démarches d’« aller-vers » pour identifier et accompagner les personnes isolées, notamment en milieu rural. En centre Bretagne, l’association Alimentation Bien Commun anime un réseau de jardins collectifs, supports de lien social et de mixité intergénérationnelle, mobilisant habitants, écoles, EHPAD et structures d’insertion.
À travers cette nouvelle édition de l’étude Solitudes, la Fondation de France dresse le portrait d’un pays où le lien social s’effrite, sous l’effet conjugué des mutations territoriales, de la précarité économique et de la fragilisation des solidarités de proximité. Dans des régions comme la Bretagne et le Grand Ouest, où l’ancrage local demeure fort mais de plus en plus menacé, la question de la solitude apparaît désormais comme un enjeu majeur de cohésion sociale et territoriale.
Photos : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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