Irlande du Nord . Jamie Bryson : « Les groupes paramilitaires loyalistes ne disparaîtront pas »

En Irlande du Nord, le débat sur l’avenir des organisations paramilitaires loyalistes reste entier plus de trente ans après les premiers cessez-le-feu de 1994. Dans un entretien accordé au Belfast Telegraph, l’activiste loyaliste Jamie Bryson estime que des groupes tels que l’UVF (Ulster Volunteer Force) et l’UDA (Ulster Defence Association) « ne vont nulle part » et ne seront pas dissous. Selon lui, la question n’est pas celle de la disparition pure et simple de ces structures, mais celle de leur transformation.

Jamie Bryson précise ne pas parler au nom d’aucune organisation, mais livrer sa propre analyse. Il affirme cependant être en contact régulier avec les directions de l’UVF et de l’UDA sur les questions de transition. Depuis l’accord de paix de 1998, plusieurs scénarios ont été évoqués : dissolution complète, mise en sommeil ou transformation progressive en structures strictement légales. Aucune solution consensuelle n’a émergé à ce jour, tandis que certains groupes restent associés à des activités criminelles telles que l’extorsion, le trafic de drogue ou des violences graves.

Pour Bryson, le terme même de « dissolution » est mal posé. Il juge les concepts de « disbandment » ou de « going away » trop vagues et politiquement chargés. À ses yeux, les structures loyalistes ne disparaîtront pas, mais pourraient évoluer vers un usage exclusivement légal de leur influence et de leur cohésion interne, dans un cadre communautaire et politique. Il estime qu’une partie du blocage réside dans la difficulté à reconnaître publiquement cette réalité sans provoquer de réactions excessives.

Ce débat a récemment été relancé par la nomination, en septembre dernier, par les gouvernements britannique et irlandais, de Fleur Ravensbergen comme experte indépendante chargée d’examiner la faisabilité d’un dialogue avec les groupes paramilitaires en vue d’une éventuelle dissolution. Cette initiative a suscité des réserves. La ministre de la Justice de Stormont, Naomi Long, a mis en garde contre le risque de conférer une forme de légitimité à des organisations illégales encore liées à l’intimidation et à la criminalité organisée.

Jamie Bryson distingue clairement, pour sa part, dissolution et transformation. Il affirme que les directions loyalistes souhaitent préserver ce qu’elles considèrent comme leur héritage historique tout en orientant leurs structures vers des activités exclusivement légales et communautaires. Selon lui, la différence pratique entre une organisation dissoute et une organisation transformée pourrait être faible si les activités deviennent entièrement conformes au droit.

L’argument avancé est que supprimer une structure formelle ne ferait pas nécessairement disparaître les réseaux sociaux et communautaires qui l’entourent. Bryson soutient qu’une transformation encadrée serait préférable à une dissolution symbolique susceptible de laisser subsister des circuits informels plus difficiles à contrôler.

La question de la crédibilité de cette transition reste toutefois sensible. L’affaire Winston « Winkie » Irvine, figure loyaliste condamnée pour détention d’armes et de munitions, a ravivé les critiques. Initialement condamné à 30 mois de prison, sa peine a été doublée en appel. La cour a estimé que son implication dans des initiatives communautaires ne constituait pas une circonstance exceptionnelle justifiant une indulgence particulière.

Jamie Bryson estime que les organisations loyalistes ne devraient pas être traitées différemment de l’IRA, que les évaluations sécuritaires décrivent comme existant toujours en tant que structure, mais engagée dans une activité politique. Il avance que, sur le plan strictement juridique, les organisations loyalistes ne correspondraient plus, selon lui, à la définition du terrorisme depuis de nombreuses années, même si des actes criminels graves ont été commis après l’accord du Vendredi saint.

Il reconnaît toutefois que toute transformation crédible suppose une rupture nette avec la criminalité, en particulier le trafic de drogue. Selon lui, les activités illégales doivent relever exclusivement du domaine policier et ne bénéficier d’aucune couverture organisationnelle.

Plus de vingt-cinq ans après la fin officielle du conflit armé, la question du devenir des structures paramilitaires demeure l’un des angles morts du processus de paix nord-irlandais. Entre exigence de dissolution, volonté de transformation et crainte d’une légitimation implicite, le débat reste ouvert, révélant les fragilités persistantes d’une société encore marquée par son passé conflictuel.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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