En Bretagne, les Templiers n’ont jamais totalement disparu. Bien après la suppression de leur ordre au début du XIVe siècle, leur mémoire a survécu dans les récits populaires. On parlait encore, au XIXe siècle, de ces « moines rouges » errant dans la nuit, figures inquiétantes mêlant religion, peur et mystère.
Mais derrière ces images largement fantasmées, l’histoire réelle est bien plus solide. C’est ce que montre une étude approfondie de l’historien Philippe Josserand, publiée dans les Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, qui s’attache à distinguer les faits des légendes.
Une implantation ancienne et structurée
Contrairement à une idée répandue, les Templiers ne furent pas marginaux en Bretagne. Leur présence remonte aux années 1120, peu après la fondation de l’ordre en Terre sainte.
Selon Philippe Josserand, les premières donations interviennent très tôt, notamment autour de Nantes. Le duc Conan III joue un rôle décisif en accordant terres et privilèges à l’ordre, rapidement relayé par une partie de la noblesse bretonne.
Loin d’être isolés, les Templiers s’insèrent dans la société locale. Nobles, clercs, mais aussi simples particuliers contribuent à leur développement. Cette dynamique explique leur enracinement durable dans le duché.
L’étude de Philippe Josserand montre que les Templiers ne se contentent pas de quelques implantations symboliques. Ils organisent un véritable réseau économique.
Plusieurs commanderies structurent leur présence, notamment à Nantes, Clisson ou encore La Guerche. Ces centres gèrent des terres, perçoivent des revenus et assurent le financement des activités de l’ordre en Orient.
Sur le terrain, les Templiers privilégient des zones utiles : axes de circulation, terres agricoles, abords des villes ou points de passage. Leur logique est claire : produire des ressources.
On est loin de l’image de chevaliers mystiques. En Bretagne, les Templiers sont avant tout des gestionnaires et des exploitants.
Un ordre soutenu par toute une société
Le succès du Temple en Bretagne repose aussi sur un large soutien social. Comme le souligne Philippe Josserand, donner aux Templiers est perçu comme un acte religieux, utile au salut de l’âme.
La Bretagne médiévale, fortement marquée par l’élan des croisades, se montre particulièrement réceptive à cet idéal. Des seigneurs bretons participent d’ailleurs aux expéditions en Terre sainte, renforçant encore les liens avec l’ordre.
Rien, localement, ne laissait présager la fin des Templiers. Leur disparition est avant tout politique.
En 1307, le roi de France Philippe le Bel ordonne leur arrestation. En Bretagne aussi, les membres de l’ordre sont arrêtés et leurs biens saisis.
Philippe Josserand rappelle que les accusations portées contre eux relèvent largement d’une construction politique. Les témoignages conservés montrent que les Templiers bretons contestent fermement les faits.
En 1312, l’ordre est dissous. Ses biens sont transférés aux Hospitaliers, mettant un terme à près de deux siècles de présence en Bretagne.
Entre rigueur historique et dérives imaginaires
L’un des apports majeurs de l’étude de Philippe Josserand est de rappeler combien l’histoire des Templiers a été déformée.
Manque d’archives, traditions populaires, récupérations touristiques : tout concourt à entretenir une image floue. Certaines sources, comme des chartes médiévales, se révèlent même être des faux élaborés après coup.
Face à cela, l’historien insiste sur la nécessité d’un travail rigoureux, fondé sur les documents disponibles, mais aussi sur l’archéologie et l’analyse du terrain.
Au-delà des mythes, les Templiers ont laissé une empreinte concrète en Bretagne. Leur réseau d’établissements, leur rôle économique et leur insertion dans la société médiévale témoignent d’une présence bien réelle.
L’étude de Philippe Josserand permet ainsi de remettre de l’ordre dans un sujet souvent brouillé par les fantasmes : les Templiers bretons n’étaient ni des figures occultes ni des héros romantiques, mais des acteurs à part entière de l’histoire du duché.
Photo : DR
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Une réponse à “Templiers en Bretagne : entre légendes persistantes et réalité historique méconnue”
Marrant (?) d’exhumer un article planqué dans une revue confidentielle. Philippe Josserand, médiéviste enseignant à Nantes, grand spécialiste des ordres militaro-religieux du Moyen Age (cf. Prier et combattre, Fayard, 2009), a publié une version grand public de ce travail dans un « guide » paru chez Gisserot : Les Templiers en Bretagne, en vente dans toutes les bonnes librairies.