Un dispositif présenté comme une simple mesure de « normalisation administrative » est en train de se transformer en vague migratoire aux proportions inédites. En Espagne, le plan de régularisation des sans-papiers voulu par Pedro Sánchez, censé initialement concerner un demi-million de personnes, pourrait finalement en toucher jusqu’à trois millions une fois intégré le mécanisme du regroupement familial. Et ce sont, fait notable, les propres services de police espagnols qui tirent la sonnette d’alarme.
Un raz-de-marée de dossiers, deux fois supérieur aux prévisions
Le décret royal approuvé en avril 2026 par le Conseil des ministres ouvrait la voie à une régularisation extraordinaire pour tout étranger en situation irrégulière justifiant d’au moins cinq mois de présence sur le sol espagnol avant le 1er janvier, sans casier judiciaire et avec des liens familiaux, sociaux ou professionnels avérés. Entre la mi-avril et le 30 juin, date de clôture du dépôt des dossiers, 1 174 978 demandes ont afflué — plus du double du demi-million initialement anticipé par l’exécutif socialiste, et un chiffre conforme à ce que la Police nationale elle-même prévoyait dès le départ. Plus de 600 000 dossiers ont déjà été jugés recevables.
La répartition géographique des demandeurs confirme l’ampleur du basculement démographique à l’œuvre : deux tiers viennent d’Amérique latine, près d’un quart d’Afrique. La Colombie arrive en tête des pays d’origine, suivie du Maroc, du Venezuela et du Pérou. Huit demandeurs sur dix ont moins de 45 ans, et une majorité sont des hommes.
L’effet boule de neige du regroupement familial
C’est cependant l’onde de choc à venir qui inquiète le plus les services de l’État. Selon des responsables de l’immigration cités par la presse espagnole, chaque personne régularisée pourrait, via les demandes de regroupement familial, entraîner l’arrivée d’au moins trois proches supplémentaires. Un calcul qui, appliqué aux 1,2 million de demandeurs déjà enregistrés, ferait grimper le nombre total de bénéficiaires potentiels jusqu’à trois millions de personnes en l’espace d’un an.
Ce sont les mots mêmes des autorités compétentes qui résument la situation : le système va s’effondrer.
La police écartée, et furieuse de l’être
Au-delà des chiffres, c’est la méthode qui provoque la colère au sein des institutions chargées de la sécurité. Selon des révélations reprises par la presse espagnole, le gouvernement Sánchez aurait délibérément dessaisi la Police nationale — pourtant compétente en la matière — du traitement des dossiers, pour le confier au ministère de l’Immigration dirigé par Elma Saiz. Résultat : les policiers se retrouvent réduits à une simple fonction d’enregistrement des cartes déjà validées par les services d’immigration, jugés par ailleurs insuffisamment formés pour instruire correctement les demandes.
Cette réorganisation ferait peser un risque réel sur la fiabilité des vérifications, notamment sur l’authenticité des documents et des antécédents judiciaires. Des responsables policiers évoquent même déjà des cas de fraude au regroupement familial, où des étrangers rémunéreraient des résidents légaux pour se faire passer pour des proches. Le haut commandement de la Police nationale ne mâche pas ses mots sur l’objectif réel du gouvernement : tout inclure, sans distinction.
Un rapport interne évoque par ailleurs plusieurs conséquences redoutées : un effet d’appel pour de nouveaux flux migratoires irréguliers, une saturation prévisible des systèmes de santé, d’éducation et de services sociaux, ainsi qu’une défiance sociale croissante à l’égard de la gestion des frontières.
Un gouvernement isolé, une opposition vent debout
Pedro Sánchez, empêtré dans des affaires judiciaires touchant son entourage et son propre parti, a pourtant fait de cette régularisation l’étendard de son mandat, la présentant comme une réponse à l’hiver démographique espagnol et un moyen de consolider un système de sécurité sociale mis sous tension par le vieillissement de la population. Le patronat espagnol, via la CEOE, a salué l’initiative face aux pénuries de main-d’œuvre dans certains secteurs (l’éternelle convergence des luttes entre l’extrême gauche et le patronat, main dans la main pour l’immigration)
Mais dans l’opposition, le ton est tout autre. Le Parti populaire dénonce une politique insensée, tandis que Vox parle sans détour d’une invasion migratoire. Une inquiétude qui dépasse désormais les frontières espagnoles : à Bruxelles, plusieurs voix redoutent que cette régularisation massive ne pousse d’autres États membres à refermer leurs propres frontières, par crainte d’un afflux secondaire lié à la libre circulation dans l’espace Schengen.
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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