Alors que la politique nationale de sécurité routière reste largement focalisée sur le déploiement de radars automatiques, la Ligue de Défense des Conducteurs adopte un angle d’attaque radicalement différent : signaler les défauts d’infrastructure et les zones dangereuses du réseau, en mobilisant directement les usagers de la route. L’association — qui revendique un million de sympathisants — vient de lancer, ce 7 mai 2026, une version entièrement modernisée de son application Activ’Route, qui revendique déjà plus de 25 000 utilisateurs actifs et plusieurs milliers de signalements traités.
L’initiative repose sur un principe simple : permettre à chaque conducteur, motard, cycliste ou piéton de signaler en quelques clics un nid-de-poule, un ralentisseur dangereux, un marquage effacé ou toute autre anomalie de la voirie, et faire remonter automatiquement l’information au gestionnaire de voirie compétent. Une démarche citoyenne et collaborative, qui se présente en alternative concrète à une politique publique jugée trop crispée sur la répression de la vitesse.
Le constat de départ : des radars, mais une mortalité qui stagne
L’argumentaire de la Ligue s’appuie sur des données convergentes. Entre 2020 et 2026, le parc national de radars-vitesse aura augmenté de 46 %, pour atteindre 4 880 appareils en activité d’ici la fin de l’année. À ce nombre s’ajouteront, dans les dix prochaines années, jusqu’à 5 000 radars supplémentaires que les collectivités locales sont désormais autorisées à installer de leur propre initiative. Pourtant, la mortalité routière stagne depuis une dizaine d’années — un paradoxe qui interroge l’efficacité réelle de la stratégie tout-radars.
Une étude récente menée conjointement par le Cerema et l’Université Gustave Eiffel, sur le réseau départemental où se concentrent près de 60 % des décès routiers, estime par ailleurs que l’effet des radars sur la mortalité se limite, ces dernières années, à 1 à 2 % de décès en moins par an. À titre de comparaison, des investissements ciblés dans la qualité des infrastructures routières contribueraient à une baisse de 5 à 7 % — soit trois à cinq fois plus.
Et pour cause : dans 30 % des accidents mortels, les infrastructures routières apparaissent comme l’un des facteurs en cause. Chaussée dégradée, signalisation défaillante, virage mal calibré, ralentisseur non conforme, stagnation d’eau, marquage effacé… Autant de facteurs dont la correction permettrait, sans pénaliser les automobilistes, d’obtenir des gains substantiels en matière de sécurité.
Comment fonctionne Activ’Route
Le principe est volontairement minimaliste, pour ne pas décourager les utilisateurs. L’usager qui repère un défaut de chaussée susceptible de créer un accident télécharge gratuitement l’application (disponible sur iOS et Android) ou se rend sur le site internet activroute.org. Il remplit ensuite un formulaire simple, avec géolocalisation automatique et description du problème. L’équipe d’Activ’Route prend ensuite le relais : elle identifie, parmi une base de 60 000 contacts référencés, le gestionnaire de voirie compétent — qu’il s’agisse de la commune, du département, de la métropole ou de la direction interdépartementale des routes —, transmet l’alerte, et assure le suivi et les relances jusqu’à résolution du problème.
Le bilan opérationnel est probant. Pour la seule année 2025, 3 000 dossiers ont été traités par l’association. La nouvelle version 2026 de l’application ambitionne d’aller plus loin, en s’appuyant sur plusieurs nouveautés présentées par la Ligue.
Les nouveautés de la version 2026
L’application a fait l’objet d’une refonte complète, tant sur le plan ergonomique que fonctionnel. Le design a été modernisé pour faciliter la navigation. Un chat intégré permet désormais aux utilisateurs d’échanger directement avec l’équipe d’Activ’Route et de suivre l’avancement de leurs signalements. Des notifications informent l’usager — désigné sous le sympathique sobriquet d’« Activ’Routeur » — chaque fois qu’une nouvelle étape est franchie dans le traitement de son dossier.
Le formulaire de signalement a été unifié : un seul module permet désormais de signaler tous types d’anomalies (nid-de-poule, ralentisseur illégal, marquage effacé, stagnation d’eau, etc.), là où il fallait auparavant naviguer entre plusieurs questionnaires. Une rubrique « Statistiques » donne accès aux derniers signalements créés et résolus à proximité de l’utilisateur. Et une rubrique d’actualités est désormais consacrée à l’état des infrastructures routières.
Côté site web, l’innovation la plus visible est la mise en ligne d’une carte interactive nationale recensant l’ensemble des signalements créés depuis le lancement de la plateforme. Une visualisation qui offre, pour la première fois, un reflet précis et actualisé de l’état du réseau routier français, vu par les usagers eux-mêmes.
Une logique gagnant-gagnant entre usagers et collectivités
L’argument de la Ligue tient en une phrase : ce sont les usagers de la route qui sont les premiers concernés par les défauts d’infrastructure, et donc les mieux placés pour les détecter. « Notre formulaire unique, disponible sur une appli téléchargeable gratuitement, remplace avantageusement les dizaines de plateformes et questionnaires développés par les départements, communes et autres métropoles », explique Nathalie Troussard, secrétaire générale de la Ligue. « Les défauts de la route sont facilement repérés par les premiers concernés, qui représentent une communauté quasi infinie de bonnes volontés, mettant volontiers la main à la pâte pour aider à améliorer et sécuriser le réseau. De leur côté, les collectivités sont mieux averties et davantage aptes à intervenir, y compris rapidement si nécessaire. »
L’association a également rédigé un guide d’utilisation à destination des gestionnaires de voirie — élus locaux, services techniques, directions départementales —, leur expliquant comment tirer parti d’Activ’Route dans leur cadre professionnel. Plusieurs collectivités ont déjà témoigné de leur satisfaction face à un outil qui leur permet d’identifier rapidement les points noirs de leur réseau, et de prioriser leurs interventions.
Une initiative associative, financée par ses donateurs
Activ’Route est intégralement financée par les donateurs de la Ligue de Défense des Conducteurs, association Loi 1901 indépendante des pouvoirs publics. Une autonomie financière qui lui permet de défendre une ligne politique distincte de celle des autorités centrales, en plaidant pour une approche multifactorielle de la sécurité routière, où l’investissement dans les infrastructures occupe une place au moins aussi importante que la répression de la vitesse.
L’application est ouverte à tous les usagers de la route, automobilistes, motards, cyclistes et piétons compris. Sur le terrain, l’enjeu dépasse la seule technique : il s’agit de redonner aux conducteurs et aux usagers en général le sentiment qu’ils peuvent agir concrètement sur leur environnement immédiat, plutôt que de subir passivement une politique publique qui les sanctionne sans s’attaquer aux causes profondes des accidents. Une démarche citoyenne dont la philosophie même tranche avec la verticalité habituelle des politiques de sécurité routière.
L’application Activ’Route est téléchargeable gratuitement sur iOS et Android, ainsi que sur le site activroute.org.
Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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Une réponse à “Sécurité routière : la Ligue de Défense des Conducteurs lance la nouvelle version d’Activ’Route, son appli de signalement des zones dangereuses”
Ah bon ? l’objectif des radars n’est pas de remplir les caisses de l’état ?