Assiégés, la série qui exalte l’esprit de résistance (bande dessinée)

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La nouvelle série Assiégés révèle la résistance acharnée de villageois au cours des sièges les plus célèbres du Moyen-Âge. Les deux premiers albums, consacrés à Orléans et Beauvais, retracent l’héroïsme des deux célèbres pucelles, Jeanne d’Arc et Jeanne « Hachette ».

Octobre 1428. Tandis que le roi d’Angleterre Henri VI n’est encore qu’un enfant, c’est le Duc de Bedford qui règne sur la moitié nord du territoire français avec le soutien du Duc de Bourgogne. Bedford décide d’entreprendre le siège d’Orléans, ville stratégique avec son pont sur la Loire, et confie cette mission au comte de Salisbury en lui confiant une armée d’environ 6000 hommes. Pour les Orléanais, un long siège de plus de six mois débute. Jehan de Montesclere, un artilleur français vétéran de la bataille de Verneuil, rencontre Etienne de Vignoles, surnommé La Hire, qui l’emmène dans l’enceinte fortifiée d’Orléans. Dès le début du siège, Salisbury prend un boulet de canon en pleine tête. Mais Jehan et Maître Meuglard s’opposent sur les canons à fondre pour obtenir un avantage de légèreté et de précision contre les anglais. L’artilleur va construire une arme d’un nouveau genre : la couleuvrine, plus précise et rapide à recharger. Ce canon fin et allongé, posé sur un support de bois pour en maitriser le recul, touche l’ennemi avec une précision étonnante. Il va redonner l’espoir aux assiégés, jusqu’au jour où Jeanne d’Arc fait une entrée triomphale dans Orléans.

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Juin 1472. Les troupes du Duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, en conflit avec Charles XI, ont mis à feu et à sang le bourg de Nesle. Elles font route vers Beauvais. Leur arrivée est annoncée par des ouvriers qui travaillent sur le toit de la magnifique cathédrale. Charles le Téméraire ordonne une attaque surprise. La résistance s’organise. Les habitants de Beauvais vont faire front face aux Bourguignons. Même les femmes se battent. Parmi celles-ci, Jeanne Laisné, montée sur les murailles, va repousser un assaut.

Dans chaque album, sur plus de 120 pages émaillées de batailles, le duo de scénaristes nous plonge au cœur d’un siège qui a marqué l’Histoire.

France Richemond, titulaire d’une maîtrise d’histoire médiévale, d’un DEA d’histoire moderne à La Sorbonne ainsi que deux cycles d’histoire de l’art à l’École du Louvre, est devenue conférencière des Musées Nationaux en 1998. Nicolas Jarry, scénariste et ami, lui propose de travailler sur son roman : Sphinx. Peu après avoir commencé ce roman, Jarry lui propose de participer au scénario d’une bande dessinée historique : La Rose et la Croix. Puis France Richemond s’allie de nouveau à ce scénariste pour créer Le trône d’argile. Au troisième tome, après avoir appris le métier de scénariste, elle construit seule le récit. Elle continue depuis dans la veine historique en bâtissant les scenarios de Jeanne la Mâle reine, Théodora la reine courtisane, Civilisation tome 2 et la nouvelle série Assiégés.

Laurent Vissière, professeur d’histoire médiévale à l’Université d’Angers, a pour son dossier d’Habilitation à diriger des recherches (HDR, qui donne le droit d’encadrer des thèses), présenté ses recherches sur la vie quotidienne dans les villes assiégées. Il a étudié de très près 160 sièges de villes françaises au XVe siècle. Ce passionné a longtemps présidé le jury Bande dessinée du prix Historia. Il explique que « dans notre scénario, France et moi, nous ne racontons pas un siège, nous développons une vraie histoire, nous faisons vivre le siège d’Orléans. Le principal héros, c’est la ville en tant que telle, avec ses habitants, leur vie quotidienne, alors qu’ils sont confrontés à un confinement » (Historia.fr, 22 mai 2026).

Richemond et Vissière s’appuient sur des sources historiques pour mettre en scène des détails du siège tout en construisant une intrigue autour de personnages forts à l’intérieur de la ville. Les personnages fictifs sont bien conçus, leurs intrigues s’intégrant parfaitement à la trame historique. Ils nous décrivent le siège comme si nous y étions !

Dans le premier album, consacré au siège d’Orléans, nous suivons le capitaine La Hire, maître Jehan, artilleur… pour mieux vivre le quotidien de ce siège, du côté des assiégés. Ce récit, très bien écrit, est bâti à partir de documents historiques, telle l’étonnante cavalcade de cochons envoyés pour ravitailler la ville. Orléans va tenir jusqu’à l’arrivée d’une certaine bergère, Jeanne, dont la mission divine est de bouter les anglais hors de France. France Richemond avait déjà abordé ce sujet dans les derniers tomes de sa série Le Trône d’Argile. Mais dans cet album, Jeanne d’Arc n’intervient que dans les dernières pages.

Le deuxième volume de cette série est consacré au siège de Beauvais, en 1472. Cinquante ans ont passé depuis le siège d’Orléans. Les scénaristes décrivent méticuleusement les différentes étapes de cette bataille et soulignent le rôle des femmes. La jeune Jeanne Laisné, dite Jeanne Fourquet au XVIe siècle, puis Jeanne Hachette à compter du XVIIe siècle, y joue un rôle primordial. Elle réussira à capturer un étendard bourguignon et entrera dans l’Histoire comme Jeanne « Hachette ». On apprécie la mise en valeur de la foi chrétienne des habitants de Beauvais qui demandent constamment secours à sainte Angadrême. Pendant le siège de Beauvais, des jeunes filles de la ville portèrent même, sur les remparts, sa châsse.

 

Les dessinateurs de ces albums respectent un cahier des charges : un trait réaliste et précis, dans la veine de la bande dessinée historique classique.

Pour Orléans, le dessinateur est Filippo Cenni, né à Sienne (Italie) en 1975. Diplômé d’archéologie médiévale, il décide après quelques années de recherche de revenir à sa passion : le dessin. Il dessine ainsi les biographies de deux personnages historiques italiens, le bandit Ghino di Tacco (2008) et le condottiere Gattamelata da Narni (2010). Restant dans la bande dessinée historique, il dessine chez Glénat des albums consacrés à Luther, Saint Louis et la bataille d’Actium. Dans cet album sur le siège d’Orléans, Filippo Cenni illustre le récit avec un style réaliste pour les décors et expressif pour les visages. Sa reconstitution historique fourmille de détails (bâtiments, habillements…) cohérents. Le pari était risqué. En effet, il n’existe aucune représentation fiable d’Orléans au XVᵉ siècle. Les auteurs ont donc travaillé avec des archéologues pour dessiner les fortifications et les bâtiments disparus. La superbe mise en couleurs de Panaiotis Kruklidis et Simone Boni, sensiblement terne, apporte une ambiance guerrière.

Pour Beauvais, le dessin réaliste est de Denis Mérezette, dit Chetville, né en 1960 en Algérie. Après des études aux Beaux-Arts de Rouen, il publie plusieurs pages dans des magazines BD (Vécu, Tintin…), puis dessine Algérie française ! et les séries Sam Lawry (tome 3) et Sienna. Son trait donne vie aux personnages, nobles en armures, bourgeois ou artisans, d’une manière très convaincante. Sa colorisation lumineuse à l’aquarelle est particulièrement élégante.

Assiégés – Orléans, 128 pages. 29,95 euros. Editions Delcourt.

Kristol Séhec.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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