Libérer 120 millions de barils de gazole en 6 mois, ou risquer d’être privées du gazole américain : c’est l’ultimatum adressé par l’administration Trump à la France et à l’Allemagne, selon 3 sources citées par l’agence Reuters. Washington reproche aux 2 pays de ne pas avoir tenu leurs engagements de déstockage pris au printemps, et menace de couper ses exportations vers eux.
Une réunion de crise jeudi
Jeudi 1er octobre, la Commission européenne, l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Irlande et le Royaume-Uni ont tenu une réunion téléphonique pour discuter d’une éventuelle libération de leurs stocks. La Maison-Blanche fait savoir que le président « examine toutes les options ». Les Européens n’ont pas cédé. Ils craignent qu’un déstockage massif les laisse sans réserves à l’approche de l’hiver, et réclament plutôt un accord mondial sur les carburants. Le Royaume-Uni s’est rallié à une réponse commune.
Le commissaire européen au commerce, Maroš Šefčovič, a averti qu’un embargo américain aurait « des conséquences très dramatiques pour notre performance économique ». Bruxelles cherche à faire retomber la tension en confiant la décision à l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui coordonne ce type d’opération. La task-force énergie de l’UE, qui réunit la Commission et les 27 États membres, devait tenir une nouvelle réunion de crise ce vendredi.
À Washington, le ton monte. Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a pressé les Européens de mettre des volumes à disposition « immédiatement ». Le secrétaire à l’Énergie, Chris Wright, se dit confiant dans de prochaines annonces européennes. Il affirmait pourtant fin septembre qu’interdire les exportations de gazole était un outil qui ne fonctionnait pas.
Paris et Berlin en première ligne
Ce n’est pas un hasard si la France et l’Allemagne sont visées. Selon des données d’Eurostat citées par Reuters, les 2 pays détiennent environ 35 % des réserves d’urgence européennes de gazole et de carburants similaires. Côté français, l’Élysée assure que la question n’a pas été abordée lors de la rencontre entre Emmanuel Macron et Donald Trump la semaine dernière, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU.
Le différend remonte au printemps. En mars, après le déclenchement de la guerre en Iran, l’AIE avait coordonné la mise sur le marché de 400 millions de barils de produits pétroliers. Les États-Unis en avaient fourni 172 millions, l’Allemagne 20 millions, la France 15 millions et le Royaume-Uni 14 millions. Washington estime que plusieurs pays européens n’ont libéré qu’une fraction des volumes promis.
Un marché mondial à sec
Le gazole se fait rare sur les marchés mondiaux. La guerre en Iran a réduit l’offre de pétrole brut, la matière première du gazole. Les frappes ukrainiennes contre les raffineries russes ont conduit Moscou à interdire ses exportations, et la Chine a à son tour restreint les siennes. Les prix mondiaux ont atteint un record cette semaine.
Aux États-Unis, la flambée des prix à la pompe inquiète le camp républicain, à quelques semaines des élections de mi-mandat de novembre. Mais un embargo pourrait se retourner contre les automobilistes américains. Selon les analystes de Bloomberg, il pourrait laisser sans débouché jusqu’à 1,5 million de barils par jour de gazole américain. L’American Petroleum Institute, qui représente l’industrie pétrolière, juge que les conséquences pourraient être « catastrophiques » pour le marché mondial. Donald Trump a lui-même reconnu qu’une telle mesure aurait un effet négatif sur le prix de l’essence aux États-Unis.
Le Royaume-Uni très exposé
Outre-Manche, la menace inquiète particulièrement. Le pays importe 55 % de son gazole, dont environ un tiers vient des États-Unis, et ses réserves sont faibles. Le litre y a dépassé cette semaine pour la première fois la barre des 2 livres sterling, et la plus grande raffinerie du pays est à l’arrêt pour 10 semaines au plus. Le gouvernement de Londres dit prendre la menace « très au sérieux » ; on ignore encore si le Royaume-Uni serait concerné par un éventuel embargo.
La balle est désormais dans le camp de l’AIE, chargée de coordonner une éventuelle nouvelle libération de stocks.
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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