« Najya méritait mieux. » Le 20 septembre, Nikole Hannah-Jones, journaliste vedette du New York Times et créatrice du « Projet 1619 », qui relit l’histoire américaine à travers l’esclavage, a publié un long essai où elle confesse un regret. En 2016, elle avait inscrit sa fille Najya dans une école publique pauvre et majoritairement noire de Brooklyn, la P.S. 307, pour lutter contre la ségrégation scolaire et mettre ses idées en pratique. 10 ans plus tard, elle reconnaît que sa fille, aujourd’hui âgée de 16 ans, n’a pas reçu l’éducation qu’elle méritait. Celle-ci a fini par choisir elle-même son lycée : un établissement sélectif, majoritairement blanc et asiatique.
L’aveu a fait grand bruit aux États-Unis. Il a surtout provoqué une réponse cinglante d’Evan Barker, ancienne collectrice de fonds du Parti démocrate, dans une tribune publiée par le Times de Londres.
« En mode survie »
Evan Barker a connu cette école de l’intérieur, mais sans l’avoir choisie. En 2002, sa mère, au chômage et incapable de payer son loyer, est expulsée de son appartement. Elles s’installent chez son arrière-grand-mère, à Kansas City, dans le Missouri. Elle fréquente alors un collège du centre-ville, majoritairement noir, où la plupart des élèves bénéficient de repas gratuits.
Elle décrit un quotidien de violence : des bagarres dans les couloirs, des élèves qui insultent les professeurs et en viennent parfois aux mains, un seul policier pour tout l’établissement, et une série d’alertes à la bombe à la fin de l’année. Elle se hâtait entre les cours pour éviter d’être agressée. « Il est impossible d’apprendre quand on est constamment en mode survie », résume-t-elle. Sa mère a multiplié les rendez-vous avec la direction pour faire exclure les élèves qui la menaçaient, en vain. Au bout de 2 ans, elle s’est remariée, uniquement, écrit Evan Barker, pour sortir sa fille de cette école.
La différence avec Nikole Hannah-Jones est là. Sa mère, souligne-t-elle, n’a pas inscrit sa fille dans cette école pour afficher sa vertu auprès de ses amis de l’élite, mais par nécessité.
L’argent n’était pas le problème
Nikole Hannah-Jones expliquait son choix par le manque d’enseignants qualifiés et d’équipements dans les écoles fréquentées par les élèves noirs. Evan Barker conteste ce diagnostic. Elle cite un rapport universitaire selon lequel l’élève noir type fréquente au contraire une école mieux financée, de 8,8 % par élève, que l’élève blanc type de la même agglomération. Son propre collège ne manquait d’ailleurs pas de moyens : les classes étaient équipées d’ordinateurs de poche, à une époque où c’était rare.
Le vrai problème, selon elle, c’est la discipline. La grande majorité des élèves veulent apprendre, mais les 10 % qui perturbent les cours ne sont presque jamais renvoyés. D’après une étude universitaire de 2025, au moins 29 États et le district de Columbia ont adopté des lois limitant les exclusions. En Californie, la loi interdit même d’exclure un élève pour simple désobéissance ou perturbation. Ironie relevée par Evan Barker : l’école associative fondée par Nikole Hannah-Jones s’est elle-même prononcée contre les sanctions disciplinaires, au profit de mesures dites « réparatrices ».
Le prix de ce laxisme, Evan Barker le paie encore. Elle a pris en cinquième un retard en mathématiques qu’elle n’a jamais rattrapé, au point de devoir suivre des cours de rattrapage à l’université du Kansas. Dans ces cours, près de la moitié des étudiants étaient noirs ou issus de minorités, dans une université pourtant majoritairement blanche.
Une ex-démocrate en rupture
Son livre, Nothing Left, devenu un best-seller selon la liste du New York Times, raconte sa rupture avec le Parti démocrate. Issue d’une famille syndiquée de Kansas City, elle a levé des dizaines de millions de dollars pour les candidats démocrates. Elle a claqué la porte lors de la convention du parti en août 2024. Elle y accuse le Parti démocrate d’avoir abandonné la classe ouvrière, pris en otage selon elle par des militants coupés du réel, les élites des grandes villes côtières et de puissants groupes d’intérêts, plus soucieux de postures morales et de politiques identitaires que des difficultés des Américains ordinaires.
À New York, le maire Zohran Mamdani a lui-même reconnu que les écoles publiques de la ville avaient « échoué » avec la fille de Nikole Hannah-Jones.
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine