USA. Le Texas bascule à gauche : la frontière de Trump perd son meilleur rempart

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Pour les républicains, la défaite au Texas dépasse de loin la perte d’un fief. Lors des élections de mi-mandat de mardi, la démocrate Gina Hinojosa a battu le gouverneur sortant Greg Abbott. Cette victoire remet en cause la principale opération de sécurité frontalière menée par un État américain. Elle pourrait aussi priver Donald Trump de son allié le plus précieux dans la lutte contre l’immigration illégale.

Un séisme politique à Austin

Greg Abbott dirigeait le Texas depuis 12 ans et briguait un 4e mandat. Il a été battu d’environ 7 points, un écart considérable dans un État que l’on croyait solidement acquis aux républicains. Gina Hinojosa devient la première gouverneure démocrate du Texas depuis 1995.

La vague ne s’arrête pas là. Les démocrates ont aussi remporté le poste de vice-gouverneur, celui de procureur général et la Chambre des représentants de l’État. Au niveau fédéral, James Talarico a battu Ken Paxton, pourtant soutenu par Donald Trump, dans la course au Sénat. Seul le Sénat du Texas reste aux mains des républicains : c’est leur dernier bastion législatif à Austin.

L’opération Lone Star menacée

Pour Greg Abbott, la frontière était la marque de fabrique de ses mandats. En 2021, sous la présidence de Joe Biden et alors que les passages illégaux explosaient, il avait lancé l’opération Lone Star. Elle a mobilisé la Garde nationale et la police d’État, fait installer des kilomètres de barbelés et des barrières flottantes sur le Rio Grande, et financé des moyens supplémentaires d’interpellation et de détention.

Le Texas a dépensé plus de 11 milliards de dollars pour sa frontière. En septembre, l’administration Trump a accepté de lui en rembourser 7,5 milliards. L’État partage plus de 2 000 kilomètres de frontière avec le Mexique : aucune politique migratoire américaine ne peut réussir sans lui.

Ce dispositif passera en janvier sous l’autorité d’une gouverneure qui n’a cessé de le combattre. Dans un entretien accordé en octobre au New Yorker, Gina Hinojosa qualifiait l’opération Lone Star de « théâtre politique », coûteux et sans résultats. Elle reconnaissait pourtant à Donald Trump le mérite de la baisse des passages illégaux. En janvier, elle avait demandé à Greg Abbott de cesser de mettre les moyens de l’État au service des opérations de l’ICE, la police fédérale de l’immigration, qu’elle accusait de mettre des familles en danger. Députée de l’État, elle avait voté contre la loi de 2017 sur les villes sanctuaires, puis contre celle de 2023 autorisant les forces texanes à arrêter les personnes soupçonnées d’être entrées illégalement sur le territoire. Le journaliste de Fox News Bill Melugin a rappelé qu’elle pourrait mettre fin à la coopération de l’État avec l’ICE dès son premier jour.

Une fois investie, elle disposera de leviers importants. Elle décidera des déploiements de la Garde nationale et des priorités de la police d’État (Department of Public Safety). Elle pourra aussi réduire la participation du Texas aux opérations fédérales ou réaffecter les moyens de l’opération Lone Star. L’enjeu est concret. Depuis un accord conclu avec Washington en février 2025, des soldats de la Garde nationale du Texas peuvent procéder à des arrestations d’immigrés en situation illégale sous supervision fédérale. Le Texas d’Abbott ne fournissait donc pas seulement des barrières et des patrouilles, mais aussi des hommes.

L’élection du démocrate Nathan Johnson au poste de procureur général ajoute un obstacle. Sous les républicains, le Texas était le principal allié juridique de l’administration Trump. Le nouvel élu a fait savoir qu’il attaquerait Washington en justice s’il estimait que le gouvernement fédéral outrepassait ses pouvoirs sur le sol texan.

Un héritage qui ne disparaîtra pas du jour au lendemain

Les républicains conservent néanmoins des garde-fous. La loi de 2017 empêche les collectivités locales de bloquer la coopération avec les services de l’immigration. Celle de 2023 a créé des infractions d’État liées au franchissement illégal de la frontière. Un texte de 2025 impose aux shérifs qui gèrent des prisons de comté de conclure des accords avec l’ICE. En septembre, 432 services de police texans avaient signé 514 accords de ce type.

Abroger ces textes demandera de nouvelles lois. Or le Sénat de l’État, toujours républicain, peut les bloquer. Le maillage d’accords locaux pourrait aussi continuer à soutenir les opérations fédérales, quelle que soit la volonté de la gouverneure.

À Houston, la plus grande ville de l’État, l’effet du scrutin se fait déjà sentir. Les élus démocrates veulent rétablir les restrictions à la coopération entre la police municipale et l’ICE. La conseillère municipale Alejandra Salinas compte relancer une ordonnance abrogée plus tôt dans l’année, après que Greg Abbott eut menacé de supprimer 114 millions de dollars de subventions de l’État. Le contrôleur financier de la ville, Chris Hollins, estime que Houston n’a plus à se plier aux exigences d’Abbott. Le maire John Whitmire défend pour sa part la règle actuelle, qui oblige les policiers à prévenir l’ICE lorsqu’ils interpellent une personne visée par certains mandats d’immigration.

Del Rio, le précédent qui inquiète

Hungarian Conservative rappelle l’épisode de Del Rio, en septembre 2021. Environ 15 000 migrants, haïtiens pour la plupart, s’étaient massés près d’un pont international. Les policiers texans avaient aligné leurs véhicules pour bloquer de nouveaux passages, tandis que les autorités fédérales traitaient les dossiers et organisaient des vols d’expulsion. Le camp avait fini par être évacué. Cet épisode montre ce qu’un État peut faire pour aider Washington à contenir une crise, quand la volonté politique existe. Sans elle, faire respecter la loi devient beaucoup plus difficile.

Une carte électorale qui se dérobe

Au-delà de l’immigration, la perte du Texas pourrait coûter très cher aux républicains si la tendance se confirme. Avec 40 grands électeurs, c’est leur plus gros réservoir de voix au collège électoral.

En 2024, Donald Trump l’avait emporté par 312 grands électeurs contre 226 à Kamala Harris, bien au-delà des 270 nécessaires. Sans le Texas, le score serait tombé à 272 contre 266. Avec le Nevada en plus, et ses 6 grands électeurs, c’est Kamala Harris qui aurait gagné, 272 à 266. Un candidat républicain privé du Texas devrait donc gagner presque tous les autres États remportés par Trump en 2024, ou aller conquérir des terres démocrates. Ce mardi, le Texas en est devenu une.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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