Tuberculose bovine : dans l’Orne, une maladie difficile à juguler fragilise les élevages

Après la dermatose nodulaire contagieuse, la tuberculose bovine ravive l’inquiétude des éleveurs normands. Dans l’Orne, plusieurs foyers ont été détectés ces dernières semaines, notamment autour d’Athis-Val-de-Rouvre, entraînant abattages sanitaires, restrictions sur la collecte et la vente du lait, ainsi que des arrêts temporaires d’exploitation. Une situation jugée préoccupante par les autorités sanitaires et par la profession agricole, tant pour ses implications sanitaires que pour ses conséquences économiques sur la filière laitière.

Selon Le Figaro, quatre exploitations ont été déclarées positives, représentant « près de 1 500 bovins » concernés par des abattages totaux ou sélectifs. Le député Les Républicains de l’Orne Jérôme Nury alerte : « Avec seulement 15 % des exploitations testées à ce stade, on est clairement au début de la situation », ajoutant que « le risque, c’est que d’autres foyers apparaissent au fur et à mesure de l’avancée de la prophylaxie ».

Une maladie insidieuse et un enjeu de santé publique

La tuberculose bovine n’est pas nouvelle. Jeanne Burgière Picoux, vétérinaire et présidente honoraire de l’Académie vétérinaire de France, rappelle : « On en a tous les ans », tout en soulignant la difficulté à la contenir : « Mais c’est une maladie difficile à juguler, car elle évolue lentement et on la découvre souvent trop tard. » Les animaux peuvent rester longtemps asymptomatiques, la découverte se faisant fréquemment à l’abattoir.

Causée par une mycobactérie, la « Mycobacterium bovis », la maladie constitue « un vrai sujet de santé publique, car elle peut se transmettre à l’homme », notamment par contact, par voie respiratoire ou via la consommation de lait non traité thermiquement. Elle figure sur la liste des maladies suivies par l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA), et le statut indemne de la France conditionne l’exportation de produits carnés et laitiers.

Abattage total ou sélectif : la tension monte

Lorsqu’un foyer est confirmé, l’assainissement est obligatoire : abattage total du troupeau ou, sous conditions, abattage « sélectif ». Sur le terrain, ces protocoles sont vécus comme lourds et parfois dissuasifs. Jérôme Nury regrette que « le système pousse encore souvent vers l’abattage total ».

La colère s’est exprimée le 12 janvier à Athis-Val-de-Rouvre. France 3 Normandie rapporte une réunion préfectorale rassemblant « près de 150 personnes ». Un éleveur cité par la chaine de télévision régionale dénonce une stratégie qu’il juge destructrice : « l’État préfère sacrifier des territoires, comme la Suisse Normande, pour garder le statut indemne de tuberculose ».

Au-delà des fermes touchées, l’inquiétude gagne l’ensemble de la filière. Comme le rappelle Le Figaro, une exploitation infectée doit traiter thermiquement son lait, excluant toute production au lait cru ; « si les arrêtés préfectoraux se multiplient, certaines laiteries, notamment celles qui produisent des fromages AOP au lait cru, risquent de ne plus être approvisionnées ». Dans un contexte agricole déjà sous tension, la résurgence de la tuberculose bovine agit comme un nouveau facteur de fragilisation durable pour les élevages.

Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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2 réponses à “Tuberculose bovine : dans l’Orne, une maladie difficile à juguler fragilise les élevages”

  1. Grandjean dit :

    Vivement que la dermatose nodulaire arrive à l’assemblée nationale, on verra ce que ça va faire?

  2. guillemot dit :

    Est ce que la vaccination à tour de bras pour le bétail ( comme pour la plupart de ce qui est vivant , espèce humaine y comprise ) ne les fragiliserait elle pas ?

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