L’Ifremer a publié le 3 mars son bilan 2025 de l’état des populations de poissons exploitées en France. Selon ce document, environ 50 % des volumes de poissons débarqués en France hexagonale en 2024 proviennent de populations considérées comme exploitées durablement. Un chiffre en légère amélioration par rapport aux 44 % réévalués pour 2023, mais encore loin de l’objectif européen de 100 % des stocks pêchés au rendement maximum durable (RMD).
En 2024, les débarquements en France hexagonale ont atteint 306 000 tonnes, soit une baisse de 5 % par rapport à l’année précédente. Le suivi scientifique porte sur 175 populations correspondant à 74 espèces différentes. Si la proportion de populations non surpêchées progresse lentement en nombre, l’analyse en volume montre une stagnation autour de 45 à 50 %.
Le cas du hareng fait chuter les chiffres de 2023
Le bilan 2025 est marqué par une révision importante des données de 2023. Le hareng de Manche mer du Nord, auparavant classé en bon état, a été reclassé comme surpêché après révision de son seuil de référence. Cette espèce représentant près de 9 % des débarquements, son changement de statut a entraîné une forte correction : la part des volumes issus de stocks durables en 2023 est passée de 58 % à 44 % après réévaluation.
Ces ajustements s’inscrivent dans le processus scientifique normal d’actualisation des données et des modèles, mais ils illustrent la fragilité de certaines ressources.
Un modèle de gestion bousculé par le climat
Le rapport souligne également les limites du cadre actuel du rendement maximum durable, conçu dans des conditions environnementales supposées stables. Or, le changement climatique modifie la croissance, la reproduction et le recrutement des espèces. L’Ifremer recommande de considérer le RMD non plus comme une cible à atteindre, mais comme une limite à ne pas dépasser.
Les scientifiques proposent notamment de viser un niveau d’exploitation inférieur, autour de 95 % du RMD (FRMD-Low), afin d’augmenter la biomasse et la résilience des populations. L’objectif est de maintenir une marge de précaution face aux incertitudes environnementales croissantes.
Un rapport spécifique remis fin 2025 à la Direction générale des affaires maritimes souligne que le réchauffement, l’acidification et la désoxygénation des océans devraient entraîner en France une baisse moyenne de biomasse comprise entre 5 et 8 % d’ici le milieu du siècle, et jusqu’à –23 % en cas de réchauffement à +4°C.
Outre-mer : une situation contrastée
Dans les départements d’Outre-mer, 47 % des débarquements côtiers en 2024 proviennent de populations en bon état, tandis que 20 % sont issues de populations surpêchées et dégradées. Environ 27 % des débarquements concernent encore des populations dont l’état n’est pas connu.
Les volumes y ont diminué, passant d’environ 9 000 tonnes par an avant 2018 à moins de 7 000 tonnes en 2024. La part des populations en surpêche tend à se dégrader, certaines passant du statut « surpêchée » à « surpêchée et dégradée », signe d’une biomasse en dessous des seuils de référence
Une trajectoire durable sous tension
En vingt ans, la part des stocks exploités durablement est passée de 20 % des volumes en 2000 à 50 % en 2024. Mais la dynamique s’essouffle. Les scientifiques évoquent une stabilisation, avec des améliorations de moins en moins marquées.
Dans un contexte de pression environnementale accrue, l’Ifremer appelle à renforcer l’approche de précaution et à poursuivre la réduction de l’effort de pêche. L’enjeu est double : préserver la ressource sur le long terme et assurer la viabilité économique des filières maritimes.
À l’heure où les écosystèmes marins évoluent rapidement, la question n’est plus seulement de pêcher durablement, mais de le faire dans un environnement devenu instable.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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