Jean-Jacques Urvoas, l’homme « révolté »

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12/11/2013 – 08H00 Quimper (Breizh-info.com) – On peut être agrégé de droit et pas fortiche en histoire. A moins que ce ne soit la mémoire qui flanche ou bien les œillères politiques qui empêchent de voir la réalité en face. Telle est la question qui se pose à propos de Jean-Jacques Urvoas (PS), député de Quimper, président de la commission des lois à l’Assemblée nationale, confortablement réélu en juin 2012 avec 62,74% des suffrages. Un homme important dans le dispositif gouvernemental donc. « Les Bretons n’ont pas un tempérament de révoltés », déclare-t-il dans un entretien au Figaro (29/10/13).
Certes les Bretonnes peuvent être considérées comme de chics filles et les Bretons comme des bons gars puisqu’ils ont voté à 55,78% (1 495 404 suffrages sur 2 680 650 exprimés) pour François Hollande au second tour de l’élection présidentielle (6 mai 2012). Soit 59,19% dans les Côtes-d’Armor, 58,87% dans le Finistère, 55,71% en Ille-et-Vilaine, 56,35% dans la Loire-Atlantique et 51,73% dans le Morbihan. Carton plein par conséquent.
Contrairement à ce que voudrait nous faire croire M. Urvoas, l’histoire de Bretagne est violente. Sans remonter à la révolte des Bonnets rouges (1675), à la conspiration du marquis de Pontcallec (1718-1720), à la première chouannerie – celle d’Armand de la Rouërie (1792) – on peut rappeler quelques moments de l’histoire contemporaine où les Bretons faisaient figure d’avantage de « révoltés » que de paisibles électeurs socialistes.
1930 : Henri Dorgères avec 10 000 Chemises vertes envahit Rennes. En 1933, ils sont 30 000 à Quimper à menacer le gouvernement. 1er août 1955 : A Saint-Nazaire, après une longue période de grèves larvées, une véritable bataille a lieu entre ouvriers des chantiers navals et forces de l’ordre. Malgré la violence du combat, il n’y a pas de mort, contrairement à Nantes où un jeune ouvrier maçon, Jean Rigolet, sera tué par balle tirée par un CRS le 19 août.
8 juin 1961 : Alexis Gourvenec et les paysans du Léon prennent d’assaut la sous-préfecture de Morlaix.
16 mars 1980 : 50 000 manifestants se rassemblent à Plogoff pour s’opposer à la construction d’une centrale nucléaire. Ils sont 100 000 le 24 mai.
4 février 1994 : A l’occasion de la visite à Rennes d’Edouard Balladur, alors Premier ministre, 5 000 marins-pêcheurs dénoncent la baisse du prix du poisson et la concurrence européenne. La manifestation tourne à l’émeute. Dans la nuit, des fusées de détresse mettent le feu au Parlement de Bretagne.
Lundi 4 novembre 2013 : deux cents ouvriers de l’abattoir Tilly-Sabco défoncent la porte d’entrée de la sous-préfecture de Morlaix et occupent la cour.
Ce ne sont là que quelques exemples destinés à conforter Jean-Jacques Urvoas dans ses convictions : « Les Bretons n’ont pas un tempérament de révoltés ».
Bien sûr, ce dernier fréquente d’avantage les élites et les notables que les classes populaires. Ce qui l’empêche de voir que de plus en plus de « révoltés » font leur apparition en Bretagne. C’est le cas de Fabienne Vourc’h, ouvrière à l’abattoir Gad de Lampaul-Guimiliau, jamais syndiquée, mais devenue aujourd’hui une militante active des manifs. Fabienne, aujourd’hui « ne croit plus en rien » et votera « extrême droite » pour la première fois de sa vie aux prochaines élections.
« Gauche ou droite, ce sont des nombrilistes qui ne pensent qu’à eux. On en a ras le bol, on veut du changement », assène-t-elle, précisant qu’à l’abattoir, beaucoup de ses collègues ne cachaient plus leur choix du FN comme exutoire au désespoir et à l’exaspération.
Son mari, Frédéric, lui aussi ouvrier chez Gad, approuve, ajoutant qu’il faut « fermer les frontières ». Une forte proportion d’ouvriers d’origine étrangère chez Gad aurait aussi pesé sur l’état d’esprit ambiant, chacun demeurant dans l’entre-soi. « On ne peut  rien leur dire sans être traité de raciste, s’emporte Fabienne. J’ai été harcelée pour faire le ramadan ! Il y a aussi un racisme anti-blanc. » Elle, qui a « peur de devenir esclave dans son pays, avec des salaires de misère » n’en rêve pas moins d’une « Europe équitable, avec un salaire minimum et les mêmes conditions sociales ». (Libération, 29/10/13).
Message transmis à Jean-Jacques Urvoas…

Yves Bernard

Crédit photo : DR
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