Rennes : insoumis et socialistes ne s’aiment plus

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Le départ de la course pour les élections municipales de 2026 est donné. Fort des résultats obtenus par Mélenchon et LFI l’an passé à Rennes, le député Frédéric Mathieu s’active. Mais l’électeur ne prend pas en compte les mêmes éléments pour les élections locales que pour les élections nationales ; il connaît Nathalie Appéré et fort peu Mathieu

On ne peut pas reprocher à Frédéric Mathieu (LFI), député de Rennes-Bruz, de tourner autour du pot ; c’est ce qui apparaît dans un entretien accordé à Ouest-France : « L’électorat de gauche a choisi un projet radical. Les mesurettes de partis qui se veulent responsables, ils n’en veulent pas. » Pour lui, l’élection présidentielle a tranché ce débat : « Anne Hidalgo, avec sa radicalité échevelée a fait un score qui est égal au prix d’un litre d’essence. Roussel avec ses sorties réacs, insultant tour à tour les végétariens et les écologistes, a fait 2 %. La France insoumise (LFI) fait 22 %. » (Ouest-France, Rennes, mardi 3 octobre 2023). On peut préciser le tableau en ajoutant qu’au premier tour de la présidentielle de 2017, Jean-Luc Mélenchon arrive en seconde position à Rennes (23 609 voix/25,86 %) derrière Emmanuel Macron (29 090 voix/31,86 %). Toujours à Rennes, au premier tour de la présidentielle de 2022, Mélenchon occupe la première place (33 469 voix/36,31 %) devançant Emmanuel Macron (27 165 voix/29,47 %). En cinq ans, le « banquier » a donc perdu 1 925 suffrages, tandis que le « lider maximo » en gagnait 9 860. Notons également la déroute de Anne Hidalgo (2 775 voix, 3,01 %), alors que le maire de Rennes Nathalie Appéré appartient au Parti socialiste. Seul Yannick Jadot (EELV) parvient à limiter la casse : 9 182 voix (9,96 %). Evidemment les propos de Mathieu ne plaisent pas aux socialistes. Laurence Duffaud, première secrétaire fédérale du Parti socialiste en Ille-et-Vilaine, est chargée de lui répondre ; elle l’invite à « s’intéresser aux réalisations et aux projets portés à Rennes et sur la Métropole par la majorité d’union de la gauche sociale et écologique qui y est en responsabilité. Il y trouvera assurément source d’inspiration en matière de transformation radicale et positive de nos territoires » (Ouest-France, Rennes, vendredi 6 octobre 2023)

Dans la foulée, en juin 2022, Frédéric Mathieu (Nupes-LFI) se faisait élire député de la circonscription de Rennes-Bruz en battant au second tour la candidate macroniste (Ensemble) Hind Saoud : 25 205 voix (52,62 %) contre 22 691 voix (47,38 %), soit une avance de 2 514 suffrages (5,24 points). Cette victoire signe le succès d’un « membre fondateur du parti les Insoumis » comme il le rappelle fréquemment (Ouest-France, Ille-et-Vilaine, lundi 20 juin 2022).

Aujourd’hui, Frédéric Mathieu prépare les élections municipales de 2026. « Ce que je peux dire c’est que La France insoumise (LFI) est en train de travailler sur les municipales à Rennes, où nous entendons jouer un rôle. Nous menons un travail programmatique en interne, de réflexion, avant une phase plus spécifique de rencontres et de discussions », explique-t-il. La suite ne peut qu’inquiéter Nathalie Appéré : « Je n’imagine pas qu’on fasse un programme sans avoir de candidat. La question des candidatures et du format de l’élection, on se la posera après. Je pense qu’il faut y aller avec des alliés, mais pas sur un programme mou du genou » (Ouest-France, Rennes, mardi 3 octobre 2023). Questions alliés, Mathieu peut compter sur le NPA et les associations qui soutiennent les immigrés, ce qui ne constitue pas de gros renforts électoraux.

Aujourd’hui, il n’y a pas de dynamique pour Jean-Luc Mélenchon

Tout cela est bel et bon mais Mathieu n’a pas l’air de se rendre compte que le courant porteur dont bénéficiait LFI en 2022 – et qui lui a permis de « bouffer » les socialistes – s’est considérablement affaibli. Une consolation, dans les cités – baptisées « quartiers prioritaire de la politique de la ville » (QPV) -, LFI bénéficie d’une meilleure image que dans les zones sans population immigrée. Dans les quartiers « prioritaires », LFI est considéré comme « sérieux » (17 %), inquiétant (36 %), populaire (38 %), radical (29 %), NSPP (13 %). Hors des quartiers « prioritaires », LFI est vu différemment : populaire (30 %), sérieux (10 %), inquiétant (50 %), radical (42 %), NSPP (7 %). A propos de cette déclaration de Jean-Luc Mélenchon « Le pouvoir ne contrôle plus la police, il en a peur », on constate également des différences ; dans les quartiers « prioritaires », 37 % de la population est d’accord, tandis que 24 % des personnes interrogées sont de cet avis hors les quartiers « populaires » (Etude réalisée par l’institut Cluster 17 auprès d’un échantillon de 6 531 personnes, dont 536 personnes résidant dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville, Marianne, 21 septembre 2023). « Les positions insoumises sur la police et les abayas sont respectivement désapprouvées par 70 % et 59 % des sondés hors « quartiers prioritaires ». « La difficulté d’une stratégie électorale réside dans le fait d’unir des segments électoraux clivés sur certaines questions, analyse Guillaume Tricard, analyste chez Cluster 17. Dans le cas de Jean-Luc Mélenchon, ce qui lui manque depuis 2017, ce qui lui a manqué en 2022 et ce qui a manqué à la Nupes pour faire la bascule, c’est l’électorat de gauche plus modéré, qui avait toujours voté à gauche jusqu’à l’arrivée d’Emmanuel Macron. Or ce ne sont pas des catégories d’électeurs qui seront convaincues par un discours sur la police « qui tue » ou sur l’interdiction de l’abaya qui serait raciste » (Marianne, 21 septembre 2023)

La récente enquête du Cevipof n’arrangera pas les oignons de Frédéric Mathieu : « La France insoumise est vue comme un « parti d’extrême gauche » par deux tiers des Français, dangereux pour la démocratie (57 %) et qui attire la violence (60 %). Un résultat qui confirme l’image repoussoir du parti de Jean-Luc Mélenchon, jugé, cette année encore, plus dangereux que la formation fondée par Jean-Marie Le Pen. » Notons qu’ « il n’y a plus qu’à peine un Français sur deux (52 %) pour qualifier le RN de « parti dangereux pour la démocratie », soit – 9 points par rapport à 2020 » (Enquête Ipsos – Sopra Steria, Le Monde, mercredi 11 octobre 2023).

Mais il y a plus embêtant pour les Insoumis : le sondage qui a fait couler beaucoup de salive (radios) et d’encre (journaux). D’après cette enquête, en France, 36 % des personnes interrogées estiment que la France insoumise est plus dangereuse que le Rassemblement national. Tandis que pour 18 %, la France insoumise est moins dangereuse que le Rassemblement national. Enfin, ils sont 28 % à estimer que la France insoumise est aussi dangereuse que le Rassemblement national. Non réponse pour 18 % (Viavoice, publié le lundi 4 septembre 2023, Libération). On constate également que Jean-Luc Mélenchon n’arrive qu’à la 34e place du classement des personnalités politiques : si 31 % des personnes interrogées ont une bonne opinion de lui, 67 % en ont une opinion négative (Ifop-Fiducial, Paris Match, 12 octobre 2023)

Mélenchon ne pense qu’au second tour de la présidentielle

Du côté des « alliés » de la Nupes, on commence à appeler un chat un chat. Ainsi, après le communiqué de LFI ne condamnant pas explicitement les attaques commises par les gens du Hamas, Jérôme Guedj (PS), député de Massy (Essonne), ancien compagnon de route de Mélenchon et artisan, lui aussi, de la Nupes, commentait : « Mélenchon pense encore qu’il doit envoyer des signaux aux abstentionnistes des quartiers qui lui ont fait défaut pour se qualifier au second tour de la présidentielle, mais, quand on est un responsable politique, il y a des mots qui comptent ! » (Le Canard enchaîné, 11 octobre 2023). On peut tout de même rappeler que le vote des immigrés a rendu de grands services à LFI. L’exemple le plus fameux se trouve dans le département de Seine-Saint-Denis où les Insoumis ont pu enlever neuf circonscriptions sur douze et montrer qu’ils constituaient bien le parti des immigrés : Eric Coquerel (Epinay-sur-Seine), Thomas Portes (Neuilly-sur-Marne), Raquel Garrido (Bobigny), Bastien Lachaud (Aubervilliers), Aurélie Trouvé (Bondy), Nadège Abomongoli (Aulnay-sous-Bois), Clémentine Autain (Sevran), Jérôme Legavre (Montfermeil), Alexis Corbière (Bagnolet). Le PS doit se contenter de Rosny-sous-Bois et le PCF de Pierrefitte-sur-Seine et du Blanc-Mesnil.

Toutes ces données font qu’en 2026, prétendre qu’à Rennes, une liste LFI pourrait battre la liste conduite par Nathalie Appéré (socialistes, écologistes, communistes, associations vivant grâce aux subventions fournies par la Ville) semble illusoire. A coup sûr, Frédéric Mathieu ne parviendra pas à devenir maire de Rennes – l’image de LFI s’est considérablement dégradée et Mélenchon ne joue plus un rôle moteur à gauche. Non seulement la mobilisation générale des immigrés en faveur de « Méluche » pour la présidentielle ne suffira pas, mais encore une partie de ses électeurs de 2022 l’abandonnera – conséquence de l’affaire Chikirou (la compagne de Mélenchon) et du positionnement de LFI dans la guerre Israël-Hamas.

Pour constituer sa liste, Mathieu pourra reprendre à son compte cette belle déclaration de Sophia Chikirou : « Moi, je parle quand je veux, où je veux, et avec qui je veux » (Conférence de presse, Assemblée nationale, mercredi 4 octobre 2023). Mais il n’est pas certain que Nathalie Appéré ait envie de discuter avec lui d’un programme « radical » ; un « programme mou du genou » conviendrait davantage à cette dernière puisque sa base électorale est à rechercher du côté de la gauche sociale-démocrate et de la mouvance progressiste – telle est la règle dans les métropoles (surreprésentation des classes supérieures et moyennes).

Bernard Morvan

Crédit photo : DR

[cc] Breizh-info.com, 2023, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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2 réponses à “Rennes : insoumis et socialistes ne s’aiment plus”

  1. Le Celte dit :

    Rennes est un élevage de gauchos, le parti Islamiste veut s’ancrer.
    Les Rennais ont la même mentalité que les parisiens donc rien ne m’étonne.

  2. patphil dit :

    bof, je parie qu’aux prochaines élections nationales, ils se retrouveront copains comme cochons, les gamelles sont toujours bonnes à prendre

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