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« Si on écoutait la majorité des Français, on rétablirait la peine de mort et on virerait tous les immigrés » a déclaré le président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, au micro de France Inter le 9 octobre dernier. Cette déclaration est intéressante parce qu’elle montre que nos représentants savent parfaitement ce que pense la très grande majorité de nos compatriotes. Elle montre aussi que les dits représentants n’ont aucunement l’intention de prendre en compte l’opinion majoritaire, ce qui pose le problème de fond de leur légitimité.
Contrairement à ce que beaucoup de gens croient et à ce que nous assènent les médias à longueur d’année, notre système politique n’est pas démocratique. Il ne l’a d’ailleurs jamais été. En septembre 1789, Sieyès a fait un discours essentiel et fondateur au cours duquel il a défendu l’idée selon laquelle la démocratie ne pouvait être instaurée en France. En conséquence, selon lui, seul un régime représentatif pouvait l’être. Il fut entendu et c’est ce dernier qui fut adopté. Depuis, rien n’a changé, à un bémol près – qui pourrait avoir des conséquences considérables – à savoir l’introduction du référendum d’initiative présidentielle par le général de Gaulle en 1962. Il a été le seul à en faire un usage répété. Ses successeurs ont toujours refusé de le faire, à l’exception de Jacques Chirac. Le résultat du référendum sur le Traité constitutionnel européen ayant été un désaveu cinglant de la politique menée par l’oligarchie, il est probable qu’elle ne recourra pas de sitôt à son utilisation.
Les parlementaires ont hérité de la Révolution française l’idée selon laquelle l’opinion qui se dégage des débats parlementaires est l’expression de la « volonté générale », un concept métaphysique que Rousseau a livré à la postérité. Cette « volonté générale » transcende les opinions personnelles ainsi que l’opinion majoritaire. C’est cette idée fumeuse qui alimente le mépris, l’arrogance et l’autisme d’une Assemblée nationale qui aspire toujours à une domination sans partage (avec un président de la république élu directement par le peuple ou avec ce dernier) et qui rêve d’un retour à la Quatrième République.
Des sondages qui illustrent la coupure entre représentants et représentés
Des sondages récents montrent à quel point l’Assemblée nationale ne représente qu’elle-même ou presque. L’institut de sondage Odoxa publié le 12 septembre dernier le résultat d’une série de sondages concernant le sujet brûlant de l’immigration. Il en ressort que 68% (+24 points depuis 2011) des Français sont partisans de la suppression des dispositions concernant le regroupement familial, 67% (+27 points depuis 2011) pensent qu’il faut réserver les aides sociales et les allocations familiales aux seuls Français et 65% (+19 points depuis 2011) souhaitent la restauration des frontières intérieures de l’Union européenne (sortie du traité de Schengen et rétablissement des frontières nationales).
Ces opinions majoritaires, qui se situent à des années lumière de celle qui prévaut à l’Assemblée nationale, seront bien sûr ignorées par des représentants qui sont certains d’avoir raison même contre les deux tiers du peuple qu’ils sont supposés représenter. Le système représentatif, surtout quand il devient l’affaire de professionnels de la politique comme c’est le cas aujourd’hui, aboutit nécessairement à ce genre de situation. La seule façon de limiter la dérive du système consisterait à interdire le renouvellement des mandats des élus et surtout à introduire le référendum d’initiative populaire (72% des Français y sont favorables) qui permettrait de réduire à néant les délires des parlementaires et la jurisprudence (sur les sujets liés à l’immigration en particulier) nationale et européenne qui s’impose à l’insu des parlements.
On remarquera au passage que les sondages évoqués plus haut montrent que l’opinion évolue très vite sur les sujets liés à l’immigration et converge avec les points de vue exprimés par le Front national, surtout parmi les électeurs de « droite » (les instituts de sondage considèrent que la « droite » comprend l’UMP, l’UDI, le MODEM et le FN, ce qui est très discutable compte tenu de l’hétérogénéité de leurs positions respectives). Dans cette étude, deux autres questions ont été posées qui concernent l’Union européenne et l’euro. 31% (+14 points depuis 2011) des sondés ont dit être partisans de la sortie de l’Union européenne (41% à « droite ») et 28% (+11 points depuis 2011) souhaitent une sortie de la monnaie unique (39% à « droite »). L’Union européenne et l’euro font de moins en moins l’unanimité et leur rejet s’amplifie rapidement (+ 4 points par an). A ce rythme, dans cinq ans une majorité sera favorable à la sortie de l’UE et de la zone euro.
B. Guillard
Crédit photo : Richard Ying et Tangui Morlier/Wikimedia (cc)
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2 réponses à “Si on écoutait la majorité des Français…”
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« notre système politique n’est pas démocratique. Il ne l’a d’ailleurs jamais été. » Grande vérité, mais il faudrait rappeler que la « démocratie » permet surtout le pilotage par des officines « discrètes » et par les lobbys financiers.