La Turballe continue de mener grand train malgré sa dette

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25/09/2015 – 07H00 La Turballe (Breizh-info.com) – Depuis que la droite dirige la commune de la Turballe, prise à la gauche en mars 2014, la gestion laisse franchement à désirer. Et le dernier conseil municipal montre que la municipalité ne s’est pas engagée sur la voie de la rédemption.

Nous avions mentionné dans notre enquête que la Turballe avait organisé du 26 au 28 juin 2015 une très dispendieuse fête des 150 ans où il n’y a pas eu foule. Les chiffres de l’affluence n’ont curieusement pas été commentés par les élus de la majorité municipale. Peut-être parce que c’était un flop magistral avec 3.000 personnes le samedi et 2.500 le dimanche au lieu des 12 à 15.000 attendues ?

En revanche M. Roy, l’adjoint à la Culture, n’a pas hésité à arranger les chiffres présentés aux Turballais. Il a en effet déclaré avoir disposé d’une enveloppe de 120.000 € TTC ; la fête ayant coûté 96.260 € TTC, 24.000 € aurait donc été économisés. Le problème, c’est que la somme qui a été allouée par la municipalité s’élevait en fait à 101.834 €. Soit 5.574 € d’économies, ce qui est nettement moins glorieux.

Du reste, les chiffres – dont une dépense assez importante de 13.500 € de communication – ne sont pas vérifiables puisque la municipalité ne publie pas les marchés passés dans le cadre de la délégation du maire (selon l’article 2122-22 du CGCT), c’est à dire tous ceux inférieurs à 206.000 €. Comme on ne les retrouve ni dans le relevé de décisions en ligne, ni dans le registre officiel des comptes-rendus des conseils municipaux disponibles en mairie, comment savoir quelles sommes ont été allouées et quelles moins-values ou plus-values ont été passées ?

Enfin, la commune a refusé de détailler les frais de personnel de la fête. Monica Poivret, présidente de l’association Autre Regard Turballais (ART), réputée proche de l’opposition de gauche, s’interroge : « lorsque l’opposition a posé la question, le maire a renvoyé au conseil municipal suivant à cause, soi-disant, du fait que les récupérations d’heures n’ont pas été comptées. Il se fiche du monde, une heure travaillée est une heure payée ! ». La responsable associative pense que « la mairie a pu annoncer qu’elle a dépensé moins de 100.000 euros en retranchant ces frais. Surtout que contrairement à ce que dit M. Roy, il n’y a pas eu beaucoup de bénévoles », plusieurs associations dont les membres sont souvent mis à contribution ont en effet refusé de participer à l’organisation.

Saison touristique et commerçants : la mairie ne retient que ce qui l’intéresse

Le maire Jean-Pierre Branchereau a tenu à commenter le bilan de la saison. Il n’a pas donné de chiffres sur la fréquentation moyenne, mais seulement sur la journée du 12 août, où la municipalité « a compté entre 35 et 40.000 personnes sur la plage ». Un nombre qui laisse sceptiques beaucoup de Turballais, surtout que la plage est longue de plusieurs kilomètres.

De la même façon, le maire qui dit avoir rencontré quelques commerçants affirme que « tout le monde est content » et que « 80 % des commerçants étaient favorables » à l’extension du marché qui a conduit à ce que les rues du centre-ville soient interdites à la circulation les mercredis et samedis après-midis. Le bilan est nettement plus contrasté. Nous avons interrogé les restaurateurs, sur le port et rue du Maréchal Leclerc : ils n’ont pas été impactés, puisque les gens viennent à leurs établissements à pied. L’épicerie n’a pas été touchée non plus, pour les mêmes raisons.

En revanche, place du Marché, plusieurs commerçants ont constaté une nette baisse d’activité. Christelle Kerrouault, qui tient la cave du Marché, a constaté que « le mercredi, dès que l’accès aux voitures est barré, il n’y a plus personne. Je vends du vin et des spécialités locales, ce sont des caisses parfois assez lourdes, si les gens ne peuvent pas mettre ça de suite dans leur voiture ils ne viennent plus ». La commerçante se demande aussi à quoi bon cet aménagement : « quand on voit que tout est barré dès la fin du marché, pour que des cracheurs de feu qui occupent 15 mètres carrés amusent les touristes à 23 heures, on se pose quelques questions, quand même ».

Autres touristes évanouis : les motards. Depuis des années ils venaient en nombre – plusieurs dizaines tous les après-midis d’été – car ils pouvaient garer leurs destriers sur le remblai devant les cafés et boire tout en les gardant à l’oeil. Mais c’est fini : « notre stationnement n’était pas autorisé, mais toléré. Avec la nouvelle mairie, il a été complètement interdit et du coup on doit mettre les motos au large. Ce n’est pas vraiment pratique, et en plus les PV tombent sans arrêt, donc on ne vient plus ». La mairie a créé sept places pour motos un peu plus loin, mais en supprimant trois places de voitures, alors que l’été elles manquent déjà vraiment.

« Qu’est-ce qu’il vaut mieux ? Une fête des 150 ans qui attire de nombreux touristes une seule fois – enfin nombreux, ce n’est pas si sûr – ou cinquante motards qui viennent tous les jours l’été ? », s’interroge le photographe turballais Paul Salvaire. Quant aux P.V., 106 ont été dressés sur les deux mois de l’été selon la mairie. « Entre les gendarmes, les ASVP et la police municipale, les amendes tombent comme à Gravelotte et les touristes en prennent une bonne partie », poursuit-il. Même si c’est pratique pour augmenter les ressources de la commune sans élever les impôts, il n’est pas sûr que ça aide à fidéliser la clientèle.

Beaucoup de dépenses et une usine qui inquiète

Autre nouvelle inquiétante, la municipalité continue de dépenser à tout va malgré une dette de plus de 8 millions d’euros grevée d’un nouvel emprunt de 1.2 millions d’euros fait par la nouvelle majorité l’an dernier.

Ainsi, au conseil municipal, ont été annoncées plusieurs acquisitions, notamment rue de Bellevue, où 1.577 m² seront achetés pour 205.000 € et rue du Manoir, où la mairie achète une grande parcelle. Ces deux acquisitions sont faites pour construire des logements sociaux (notamment 20 rue de Bellevue) : au précédent conseil municipal le maire a annoncé sa volonté de construire 132 logements d’ici à 2020 pour rattraper les seuils de la loi SRU modifiée par la loi Duflot I en 2013 – la commune, qui compte plus de 3.500 habitants devrait avoir un quart au moins de ses logements classifiés comme sociaux.

Monica Poivret, de l’ART, dénonce une « dépense énorme pour notre petite commune. Surtout qu’une fois ces logements construits, notre population aura augmenté et en 2020 nous ne serons toujours pas dans les clous de la loi. La logique mathématique semble échapper au maire ». D’ailleurs la construction massive de logements sociaux – sans mixité urbaine – telle qu’elle a été faite dans les grands ensembles urbains ou les quartiers périphériques conduit à des ghettos horizontaux ou verticaux qui s’avèrent des décennies plus tard être des mines à retardement en matière sociale. Cependant, l’opposition de gauche n’a pas relevé. Difficile, quand on est de gauche, de s’opposer à la construction de logements sociaux, même si le programme s’avère ruineux pour sa commune.

Autre dépense qui inquiète : le projet de construire une usine de retraitement de déchets de poisson dans le prolongement de rue de la Marjolaine, sur un terrain de 5 hectares que la commune veut acquérir. Pour trois raisons : la première, c’est que le terrain est enclavé dans un lotissement. Il est sûr que ses habitants ont toujours rêvé d’ouvrir leurs fenêtres sur la masse grise d’une usine, d’entendre le bruit incessant des camions, et de voir les valeurs à la vente et à la location de leurs maisons baisser. La deuxième raison, c’est que cette dépense est inutile : la précédente majorité a constitué une réserve foncière de 15 hectares au Clos Mora sur la future déviation. La troisième, c’est que ça va coûter cher. Au conseil, seul le coût de la moitié du terrain a été donné – 106.000 euros – le prix du reste n’a pas été rendu public.

On se demande pourquoi cette usine n’a pas été implantée sur le terre-plein du port comme cela avait été prévu au préalable : cela éviterait aux turballais un flot de camions quotidiens et serait nettement plus pratique pour les exploitants de l’usine, puisque les pêcheurs déchargeront à sa porte. D’autant plus que le directeur de la SEMLA, qui souhaite implanter l’usine, a demandé aux deux communes du Croisic et de la Turballe « un terrain de 1.000 m² extensible à 2.000 m² ». Et non 50.000 m², soit 5 hectares.

Chef de file de l’opposition, Joseph-Marie Berton ne s’est pas opposé au projet. « Du moment que ça peut créer de l’emploi, on est pour. Surtout qu’on s’est renseigné sur le même type d’ateliers de retraitement des déchets de poisson et ça ne crée pas de nuisances olfactives ou sonores ». Pour ce qui est de la superficie de l’acquisition, nettement supérieure aux besoins de l’usine, il explique que « la municipalité veut aussi étendre la zone artisanale, dont les capacités sont utilisées en quasi-totalité, et implanter des bureaux pour EDF ».

Accueil des réfugiés : le triomphe du moi municipal

Mais la salle a surtout été estomaquée lorsque le maire a répondu à la presse au sujet de l’accueil des réfugiés. Sans avoir consulté au préalable ni ses contribuables, ni même son conseil municipal, l’édile a déclaré : « si vous lisez la presse ma position est claire, je suis prêt à accueillir des familles de réfugiés mais par contre je refuserai l’aide de l’Etat, c’est ma position personnelle. » Le maire a toutefois précisé qu’il s’agirait de deux familles, pas plus – ce qui fait déjà entre 8 et 12 personnes.

Le maire est généreux avec l’argent des autres : même si l’aide de 1.000 euros par place d’hébergement créée ne couvre pas tous les frais liés à leur accueil, c’est mieux que rien, surtout pour une commune très endettée comme l’est la Turballe. Mais peut-être du reste ce maire, pense les accueillir chez lui, sur ses deniers personnels, afin d’assumer réellement sa position personnelle ?

Crédit photo  :  DR
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