De nouvelles alliances politiques et militaires au Proche-Orient

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20/03/2016 – 05h00 Gaza  (Breizh-info.com) – L’accord nucléaire entre Occidentaux et Iraniens, les tensions sanglantes entre Chiites et Sunnites, les guerres par proxy au Yemen et en Syrie, l’irruption de l’Etat Islamique et l’intifada des couteaux en Israël redistribuent les cartes et font vaciller les alliances traditionnelles.

Nuages noirs entre Hamas et Iran

Le temps est loin où les Iraniens contrôlaient, autour d’Israël encerclé, les missiles et les roquettes dont disposaient les alliés qu’ils finançaient : le Hamas qui a gagné les élections de 2006 et qui gouverne la bande de Gaza depuis dispose d’un bras armé. Et le Hezbollah chiite, parti politique chiite est désormais intégré au jeu gouvernemental Libanais et posséde une aile militaire puissante. Maintenant, malgré son hostilité toujours aussi forte envers Israël, le Hezbollah combat sur le front Syrien les ennemis de Bachar el-Assad.

Mais à Gaza, les tensions sont vives entre les chiites d’al-Sabirine et le Hamas : Hicham Salem, le leader d’al-Sabirine a été visé par un attentat à la bombe et l’association chiite al-Baqiat al-Salihat a été dissoute par le gouvernement Gazaoui ce 13 mars, accusée de mener des activités politiques sous couvert d’action caritative. Sur le plan international, en janvier, le président du bureau politique du Hamas, Moussa Abou Marzouk, a critiqué violemment l’Iran en lui reprochant de mentir sur son aide apportée aux Palestiniens afin de le discréditer aux yeux du monde musulman.

Le revirement du Hamas n’a pas échappé à ses alliés de Qods*, l’unité d’élite de l’armée iranienne qui intervient discrètement sur les terrains jugés stratégiques : Afghanistan face aux Russes, Bosnie face aux Serbes, Palestine auprès du Hamas contre le Fatah et Israël, et actuellement en Syrie contre l’EI et les factions islamiques sunnites. Pourtant, malgré les exhortations de leur chef, Ghassem Soleimani, à rester neutre dans le conflit entre Iran et Arabie Saoudite, la réunion tenue entre Moussa Abou Marzouk, et différents responsables de la sécurité Iranienne s’est achevée sur une constatation ambigüe : “Les circonstances dans lesquelles les relations du Hamas avec l’Iran ont été créées avant 2011 ont changé. Le monde a changé depuis le printemps arabe, et l’Iran et le Hamas ne sont plus les mêmes. Ainsi, nous devons construire nos relations sur de nouvelles bases”.

Rapprochement Hamas, Turquie et Etat Islamique

Depuis les évènements du 13 septembre 2015 et le raid de la police Israélienne pour saisir  un arsenal dédié à attaquer les groupes de Juifs visitant l’esplanade des Mosquées, les attentats se sont succédés, encouragés par le Hamas et alimentés par les petites phrases de l’Autorité Palestinienne en Cisjordanie. Du côté israélien, des dizaines de morts et des centaines de blessés par couteaux sont le bilan provisoire de cette nouvelle intifada, dite “Intifada des couteaux”.

Pour la première fois depuis 1948 prévalent les lectures religieuses du conflit côté Palestinien. Tous parlent désormais d’un conflit religieux et non plus nationaliste. Cette évolution s’est concrétisée avec de nouvelles alliances conclues avec l’Etat islamique au Sinaï, Wilayat Sinaï anciennement Al-Quaïda Ansar Beït al-Maqdis, les Partisans de Jérusalem ?

Depuis les accords de février entre Etat Islamique et Hamas pour le contrôle des axes de contrebandes du Sud du Proche Orient, les activités du Hamas s’intensifient au Caire. Signe des temps, un ressortissant Palestinien affilié aux Brigades al-Mujahideen, la ramification militaire fondamentaliste du Fatah de Mahmoud Abbas mais désormais liée au Hamas, a été extradé par les services de sécurité Israéliens, parce qu’il mettait en place une filière de recrutement terroriste entre la capitale Egyptienne et la Cisjordanie. Il y a donc un regroupement entre la branche armée du Fatah, les brigades Gazaouies Izz al-Din al-Quassam, une bonne partie des dirigeants du Hamas , l’Etat Islamique au Sinaï et les milieux salafistes Cairotes.

Blocage Israël-Turquie : en cause, EI et Hamas

Les dirigeants du Hamas, à court d’argent, regardent de plus en plus vers le Qatar où certains comme Saleh al-Aruri se sont réfugiés et vers la Turquie. Le ministre de la Défense Israélien évoquait le 8 mars dernier son scepticisme quant à un apaisement entre Israël et Turquie : Les Turcs soutiennent le Hamas. Je ne suis pas certain qu’il sera possible d’atteindre un accord sur les relations avec la Turquie”.

Depuis 2010 et le début d’une offensive médiatique anti-israélienne puis le décès de 10 militants turcs à bord d’un navire pour Gaza d’aide “humanitaire” selon les Turcs, militaires selon les Israéliens, les relations sont au plus bas entre l’Etat Juif et l’Etat Turc. “Comme vous le savez, cela fait très longtemps que l’EI profite de l’argent turc en échange de pétrole. J’espère que cela va prendre fin,” avait éjà précisé Moshe Ya’alon après sa rencontre du 26 janvier avec son homologue grec, Panos Kammenos.

La Turquie nie toujours avoir autorisé la contrebande de pétrole par le groupe militant islamiste qui détient des portions de territoire en Syrie et en Irak. Les États-Unis ont rejeté en février les allégations russes selon lesquelles le gouvernement turc et plus particulièrement le fils du président Turc Tayyip Erdogan, étaient de connivence avec l’État Islamique dans cette contrebande.

Mais le porte-parole du Département d’État, Mark Toner, a précisé que l’ÉI vendait du pétrole à des intermédiaires passant par la frontière entre Syrie et Turquie.

Moshe Ya’alon a également dit, d’après une transcription fournie par le ministère de la Défense grec, que la Turquie avait “autorisé les djihadistes à aller et venir d’Europe en Syrie et en Irak, dans le cadre du réseau terroriste de Daech, et j’espère que cela aussi va cesser.”

Israël a signé des contrats de soutien militaire avec Chypre et la Grèce ainsi que des contrats économiques concernant l’extraction des gisements gaziers de Méditerrané Orientale.

Hezbollah, devenu ennemi n°1 des monarchies pétrolières

Les chiites Libanais du Hezbollah sont dans la ligne de mire diplomatique des monarchies pétrolières Arabes. La crise s’est aggravée mercredi entre le Hezbollah libanais et l’ensemble des monarchies arabes du Golfe qui ont classé comme « terroriste » le mouvement chiite pro-iranien le 3 mars dernier.

Cette mesure, intervenue au lendemain d’un virulent discours du chef du Hezbollah Hassan Nasrallah qui a accusé l’Arabie saoudite, chef de file du Conseil de coopération du Golfe (CCG), d’œuvrer pour une « sédition entre musulmans sunnites et chiites » précise que « les Etats du CCG ont décidé de classer organisation terroriste la milice du Hezbollah, y compris tous ses dirigeants, factions et associations ».

Cette annonce d’Abdellatif Zayani, secrétaire général de ce groupement formé de l’Arabie Saoudite, du Qatar, de Bahreïn, du Koweït, des Emirats arabes unis et d’Oman, précède celle des ministres de la Ligue Arabe qui condamne également à la suite le Hezbollah et le classe comme organisation terroriste. Plusieurs pays arabes n’ont pas pris part au vote comme l’Algérie.

C’est une victoire importante pour la diplomatie Saoudienne, dont les répercutions ne concernent pas seulement le théâtre militaire Syrien mais également Libanais et Israélien.

En Israël, l’Alliance des partis Arabes, siégeant à la Knesset, a condamné la condamnation (sic) du Hezbollah par la Ligue Arabe. Or, en février, Hassan Nasrallah menaçait de bombarder les réserves d’ammoniac de Haïfa, se vantant qu’un tir de missile sur l’installation aurait un impact similaire à une attaque nucléaire.

* Qods est le nom de Jérusalem en arabe

Crédit photo : DR
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2 Commentaires

  1. Vraiment compliqué de s’y retrouver, dans le Moyen-Orient…depuis plusieurs siècles… Les alliances changent quasi d’une année sur l’autre…

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