Tour de France. Les spectateurs à nouveau pris pour des imbéciles en 2016

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Les années se suivent et se ressemblent pendant le Tour de France. Cette édition 2016 – pour laquelle il reste encore quelques journées de course – ressemble depuis deux semaines à toutes les dernières éditions : un ennui mortel, des coureurs « petits bras » et une équipe Sky qui écrase tellement la course que cela finit par en devenir suspect.

On comprend que les commentateurs de France Télévision ne sachent plus quoi dire pour intéresser le téléspectateur. Et on s’imagine très bien ce qui doit se dire à chacune des trop nombreuses pauses publicitaires – il ne faudrait quand même pas oublier de gagner de l’argent – durant des étapes de montagne « où l’on se fait c … ». Thierry Adam ou Laurent Jalabert mâchent en effet de moins en moins leurs mots y compris en public – avec de la retenue toutefois – concernant ce qu’il se passe sur la grande boucle.

Tous les ans, c’est désormais la même rengaine : on vend au public une énorme compétition, des favoris (cette année Contador, Quintana et Froome) des Outsiders, des chances françaises…et à la fin, c’est toujours la Sky qui gagne – hormis quand son leader Froome doit abandonner comme en 2014. On se croirait revenu aux années US Postal (1999 – 2005) quand Lance Armstrong et sa troupe avaient fini par dégouter partiellement du cyclisme professionnel une bonne partie du public, toujours fidèle, malgré les déceptions annuelles.

Cette année, le profil des étapes était certes moins alléchant que l’an passé. Moins de haute montagne, pas de pavés, peu d’étapes de baroudeurs et deux contre la montre qui laissaient un avantage certain à des « rouleurs-grimpeurs». Toutefois l’amateur de cyclisme espèrera encore quelques coups d’éclat dans les Alpes en fin de semaine.

Mais hormis des Peter Sagan, des Raphael Majka, et même, il faut le dire, des Christophe Froome, qui ont eu le mérite d’attaquer, de tenter, de tout risquer sur des coups de tête ou de génie, où sont passés les attaquants ?

Bien entendu, il est plus facile d’écrire et de commenter que de pédaler. Mais eux – ces stars qui se présentent sur le Tour de France – sont payés des millions pour le faire, toute l »année. Quintana ? Le Colombien, très discret depuis le début de la saison, semble incapable de placer une giclette en montagne . Comme Bauke Mollama, c’est ce qu’on l’on appelle dans le jargon un « suceur de roue ». Et des « suceurs de roue » ils sont pléthore, et pour cause : pas l’un d’entre eux n’a tenté d’attaquer Froome et la Sky depuis le début de ce Tour de France.

Et qu’on ne vienne pas nous parler d’une attaque à 3 km du dernier col de la journée, tel un Romain Bardet qui manifestement, n’a aucune stratégie de course, et ne risque pas de faire vibrer le public français comme pouvaient le faire un Voeckler, mais surtout un Jalabert, un Virenque ou un Hinault. Pinot est malade ? Très bien, on en prend note. Warren Barguil ? Il a cette année montré des limites certaines – pour l’instant – après un Tour de Suisse brillant. Contador en perdition contraint à l’abandon, Nibali pas remis de son Tour d’Italie, Richie Porte qui se croit encore chez Sky, et tous les autres, qui se contentent de suivre, avant de finir par lâcher prise, sans avoir penser au préalable à attaquer de loin …

Mais où sont passés les coureurs qui étaient prêts à tout risquer – hormis l’amour d’un public qui ne demande que cela – en attaquant dès les premiers mètres du premier col de la journée ? Les managers n’ont-t-ils pas compris que tenter de désarçonner l’équipe Sky sur un seul col, à 40 bornes de l’arrivée, était peine perdue ? Ne savent-ils pas qu’en faisant tout « péter » dès le début, comme savait très bien faire l’équipe Festina dans les années 95-97, c’est la garantie de laisser les leaders s’expliquer en tête à tête durant plusieurs cols ?

Non vraiment, ces courses calculées, presque jouées d’avance, avec l’oreillette, avec le nombre de watts dépensés à chaque minute, avec les directeurs sportifs qui donnent leurs consignes de course, sont tout simplement nulles. Et l’on se prendrait presque à être content lorsqu’un incident de course et qu’une foule trop nombreuse et légitimement en colère après le raccourcissement d’une étape mythique fasse tomber une moto puis Froome de son vélo et que ce dernier se retrouve à courir dans les pentes d’un Ventoux raccourci de 6 km… Ce fût la seule animation intéressante de ces deux premières semaines, vite effacée par des commissaires de course aux ordres.

Le Tour de France 2016, ou tout du moins sa dernière semaine, se résumera sans doute à des batailles pour le podium, pour le top 10, pour les maillots annexes. Plus personne ne semble croire à la possibilité de faire perdre Froome. Plus personne ne semble concerné.

Reste les seconds couteaux qui, ayant volontairement perdu des dizaines de minutes lors des étapes précédentes, tentent de grands raids sur une ou deux étapes, tandis que les équipes à la traine derrière la Sky se mettent à rouler pour revenir sur eux, et sauver une 15ème place que tout le monde aura oublié demain, hormis le compte en banque de celui qui la possède.

L’an passé, dans un article du même acabit, des solutions avaient été proposées pour redonner un sens à ce cyclisme professionnel et à ce Tour de France qui ne se bonifie pas avec les années. On pourrait y rajouter le fait d’attribuer 5 ou 10 minutes de bonus temps aux vainqueurs  (et uniquement à eux) d’étapes de Montagne ou d’échappées au long cours. On pourrait aussi y rajouter des pénalités au classement par équipes pour celles qui n’attaquent jamais.

Il en va de la survie, non pas d’un sport, qui se finance et qui finance très bien les professionnels, les partenaires, les organisateurs, mais de l’amour que porte tout un pays pour une discipline mythique, génératrice d’émotions, de joies et de peines qui ne sont plus vécues depuis tant d’années.

Le Tour de France appartient aussi au peuple des routes, qui attend des journées afin de communier avec les coureurs. Et aussi à celui qui se masse par millions devant sa télévision pour l’occasion. Et cela, les coureurs, les équipes, les organisateurs, ont trop tendance à l’oublier, enfermés dans la bulle qui pousse même jusqu’à les approcher, dans les villages départ ou d’arrivée.

Il est grand temps qu’ils se ressaisissent !

Yann Vallerie

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2016 dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine

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Une réponse à “Tour de France. Les spectateurs à nouveau pris pour des imbéciles en 2016”

  1. Michel Marmin dit :

    Remarquable analyse. La meilleure que j’ai lue. Et que dire de la direction qui ne bronche pas quand Froome «ordonne» au peloton d’arrêter quasiment la course lorsque l’un de ses domestiques est en difficulté et quand ledit peloton s’exécute ? On me dira que Merckx faisait plus ou moins la même chose (lorsque Van Impe en faisait trop, il le sifflait comme un chien), mais comparer Froome au cannibale, ce serait carrément ridicule et insultant pour le quintuple vainqueur du Tour de France. À tout prendre, je préfère encore Lance Armstrong ! Seul bon point pour Froome : il a fait le très méritoire effort d’apprendre le français.

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