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Grenade, dimanche 13 septembre, 21e et dernière étape. Sur le podium, un Majorquin de 31 ans sourit comme on souffle après une apnée de 8 ans. Enric Mas est vainqueur du Tour d’Espagne, le 64e lauréat de l’histoire, le 25e Espagnol — et le premier depuis Alberto Contador en 2014. Il aura fallu 8 participations, 3 deuxièmes places, une phlébite, une opération, des années de sifflets polis et de comparaisons assassines. Dans le peloton, on l’appelle « la Enriqueta ». Depuis dimanche, on peut aussi l’appeler patron.
2018-2024 : l’éternel dauphin
Remontons le fil. 2018 : à 23 ans, le gamin de la fondation Contador, parti apprendre le métier en Belgique chez Quick-Step, termine 2e de la Vuelta derrière Simon Yates, avec une étape en Andorre et le maillot de meilleur jeune. L’Espagne, orpheline du Pistolero retraité un an plus tôt, tient son successeur. Sauf que le costume est trop grand, ou plutôt mal taillé : Contador attaquait en danseuse, Mas suit, calcule, attend. Un crime de lèse-majesté au pays des puncheurs flamboyants.
La suite est une collection de presque : 2e de la Vuelta en 2021, 2e encore en 2022 derrière un Evenepoel intouchable, 3e en 2024. Entre-temps, un Tour du Guangxi, un Tour d’Émilie 2022 où il lâche tout de même un certain Tadej Pogacar dans la bosse finale, une 2e place au Tour de Lombardie une semaine plus tard. Un CV de très grand coureur, avec 6 victoires au compteur avant cet été. Trop peu pour les réseaux, trop peu pour les plateaux télé. « C’est un des coureurs qui a reçu le plus de critiques », résume son vieux camarade Rémi Cavagna dans L’Équipe. On lui reproche tout : son attentisme, son chrono, son charisme de bibliothécaire, jusqu’à cette chute au Dauphiné 2022 qui lui a laissé 18 mois de peur dans les descentes — il a fallu un psychologue et un spécialiste pour l’en sortir.
2025, l’année où tout s’arrête
Et quand ce ne sont pas les critiques, c’est le corps. Juillet 2025 : en pleine échappée sur le Ventoux, Mas attaque à 14 bornes du sommet, compte 40 secondes d’avance, se fait reprendre. 2 jours plus tard, douleurs à la jambe gauche, abandon, verdict : phlébite. Saison terminée, opération en octobre, et pour la première fois depuis 2019, pas de Vuelta. À 30 ans passés, avec un petit Belge nommé Uijtdebroeks recruté pour viser les généraux, beaucoup l’enterrent gentiment.
Le début 2026 ne rassure personne : chute à l’entraînement en février, main droite cassée, un Giro de découverte plombé par un virus d’équipe (32e, battu au sprint par Narváez pour une étape). Puis vient août, un Tour de Burgos correct, et cette Vuelta où Pogacar écrase tout, comme d’habitude.
La chance de sa vie, saisie à 2 mains
Sauf que Mas, lui, ne lâche pas le Slovène. 6e étape, puerto El Bartolo : Pogacar s’envole en solitaire, et un seul homme revient sur lui avant le sommet — Mas, battu au sprint mais 2e du général. 8e étape : Pogacar chute et abandonne. Le Majorquin hérite du maillot rouge et, geste rare, refuse de l’enfiler sur le podium par respect pour son rival. Le lendemain, il gagne au sommet de l’Alto de Aitana devant Oscar Onley — sa première victoire depuis presque 4 ans — et cette fois, le rouge, il le porte.
Restait à ne pas trembler, exercice où l’Espagnol a historiquement quelques références douloureuses. Réponse : une attaque au Calar Alto pour porter l’écart sur Roglic à 1 min 45, un contre-la-montre de 32 km — sa hantise de toujours — négocié sans dégât, et une étape reine au Collado del Alguacil où Felix Gall ne lui reprend que 18 secondes. Verdict final : 2 min 15 sur Roglic, 2 min 44 sur Gall. 14 jours en rouge, une étape, et un pays entier qui redécouvre les pancartes à son nom.
Grenade, jour de fête pour tout le monde
La dernière étape, elle, a souri à un autre patient : Tobias Halland Johannessen (Uno-X Mobility), qui courait après un bouquet depuis des mois — 2 podiums d’étape sur le Tour, 2 autres sur cette Vuelta, dont un sacrifice pour son coéquipier Leknessund à Aramon Valdelinares. Le Norvégien s’est glissé dans le bon coup du dernier kilomètre avec Romele et Debruyne avant de régler le sprint : première victoire en grand tour. Wout van Aert repart avec le classement par points — 13e Belge à le remporter — et le titre de Supercombatif, Santiago Buitrago devient le 5e Colombien roi de la montagne, et Oscar Onley entre dans les livres comme premier Britannique vainqueur du classement du meilleur jeune.
Mais l’histoire du jour reste celle du suiveur devenu leader. Interrogé mille fois sur la revanche, Mas n’a jamais mordu à l’hameçon : pas de règlement de comptes, pas de doigt tendu vers les tribunes. Juste un homme qui, à force d’attendre, a fini par être au bon endroit — et assez fort pour y rester 3 semaines. À Grenade, 12 ans après Contador, l’Espagne a retrouvé un vainqueur de sa Vuelta. Pas celui qu’elle avait fantasmé. Celui qu’elle méritait peut-être : un obstiné.
Photo d’illustration : © Unipublic / Cxcling Creative Agency / Toni Baixauli
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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