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Plus de 200 auteurs, une centaine de maisons d’édition : la 37e édition du Festival du livre en Bretagne s’est tenue les 24 et 25 octobre à l’espace Glenmor de Carhaix, sous le thème « La Bretagne, une puissance sportive ». Les organisateurs se disent satisfaits. Mais derrière le bilan officiel se dessine, année après année, un salon qui peine à se renouveler.
Un hommage à Charlie Grall
L’inauguration, samedi matin, a d’abord été marquée par l’absence de Charlie Grall. Figure du militantisme breton, ancien journaliste et auteur, il avait cofondé le festival en 1990. Il est mort le 27 février dernier, à 71 ans.
Le coordinateur de l’événement, Yann Peillet, qui l’a côtoyé pendant 23 ans, a confié se sentir encore un peu orphelin. Il a rapporté l’inquiétude de son ami, dans ses derniers jours, pour l’avenir du festival, et promis de garder la ligne qu’il avait tracée : « défendre le livre en Bretagne, les droits culturels, les droits linguistiques », à commencer par ceux de la langue bretonne. Le conseiller départemental Philippe Guillemot a salué l’homme qui lui avait permis de mieux comprendre la Bretagne. Le maire de Carhaix, Christian Troadec, a évoqué un homme qui laissera son nom dans l’histoire de la Bretagne pour avoir contribué à la défendre et à la construire.
Christian Troadec en campagne pour les régionales
Le maire de Carhaix (divers gauche) a profité de la tribune pour lancer sa campagne. Au nom de Charlie Grall et « pour le peuple breton », il annonce une liste autonome et autonomiste aux élections régionales de mars 2028. Il promet qu’elle ne se vendra pas au 2nd tour pour un plat de lentilles, ni même pour des cocos de Paimpol. La pique vise le président de Région, Loïg Chesnais-Girard, qui lui avait retiré ses délégations de vice-président en 2024.
Dans son discours, l’élu a présenté le festival comme un lieu populaire où toute la chaîne du livre se retrouve pour converser en breton si possible, mais aussi en français, en basque, en corse ou en gallois.
Le sport, un thème bien choisi
Le thème de l’année était l’un des plus fédérateurs depuis longtemps, après la Kabylie l’an passé. Le président de cette édition, le journaliste Georges Cadiou, l’avait résumé avant l’ouverture : « S’il y a un endroit où l’identité bretonne existe, c’est bien le sport ! » Du cyclisme au football, de la voile à la lutte bretonne, peu de sujets parlent autant aux Bretons de tous âges et de tous milieux.
Le programme comptait des tables rondes, des projections et un espace jeunesse avec jeux, spectacles et initiation au gouren.
Où étaient les clubs bretons ?
C’est précisément là que le bât blesse. Avec un tel thème, le festival tenait l’occasion de sortir de son cercle habituel. Aucun partenariat visible n’a pourtant été noué avec les clubs qui font vibrer la Bretagne chaque week-end : le RC Vannes en Top 14, le Stade Rennais, le Stade Brestois, Lorient, Guingamp ou Nantes en football, les équipes cyclistes bretonnes, les skippers du large. Pas de joueur venu dédicacer, pas de supporters attirés par une rencontre, pas de passerelle avec les dizaines de milliers de Bretons qui remplissent les stades.
Le thème sportif est resté une affaire de quelques livres sur le sport, présentés à un public de lecteurs déjà acquis.
L’homosexualité dans la littérature en breton, en plein thème sportif
Certaines tables rondes ont accentué cette impression de débat entre initiés. Le festival a ainsi consacré une rencontre à l’homosexualité dans la littérature en langue bretonne, présentée comme un sujet longtemps tabou. On cherche encore le lien avec le thème de l’année. On mesure surtout l’écart entre ces préoccupations de cercle militant et les attentes d’un public qui serait venu, cette année, parler de vélo, de ballon ovale ou de course au large.
Des éditeurs qui vendent moins, un public qui vieillit
Dans les allées, le constat s’impose d’édition en édition. Les éditeurs présents vendent de moins en moins, et les visiteurs vieillissent. Les jeunes adultes, les familles et les Bretons éloignés du mouvement culturel breton restent rares. Le salon tourne, mais il tourne sur lui-même. On ressent un peu la même sensation qu’autour des écoles bilingues par exemple, ou de certaines manifestations (légitimes) sur la langue bretonne, la réunification : une impossibilité, depuis des décennies, à toucher un large public breton, à se tourner vers la société bretonne telle qu’elle est et non pas telle qu’on voudrait qu’elle soit. Cela peut rapidement devenir une impasse dans un monde qui évolue très rapidement.
Les organisateurs reconnaissent une fréquentation légèrement en baisse, qu’ils attribuent au contexte économique. Les chiffres annoncés restent d’ailleurs flous. À l’ouverture, Yann Peillet parlait de plus d’un millier de visiteurs attendus sur le week-end. Au bilan, il évoque plusieurs milliers d’entrées, sans chiffre précis. Il se dit globalement satisfait : « On est globalement tous contents de cette 37e édition. »
Une édition bretonne fragilisée depuis la chute de Coop Breizh
Le malaise dépasse Carhaix. Le coordinateur du festival le reconnaît lui-même : la filière du livre en Bretagne traverse des turbulences depuis la disparition, il y a 2 ans, de la coopérative Coop Breizh, qui était à la fois une grande maison d’édition et le diffuseur de nombreux éditeurs. Une partie d’entre eux, entre 15 et 20 maisons, a rejoint PLM Diffusion. Beaucoup d’indépendants restent toutefois sans solution solide.
Une table ronde organisée samedi avec l’établissement régional Livre et Lecture en Bretagne a abordé la question. Le festival, la Région, Livre et Lecture et les éditeurs promettent une réflexion commune sur la diffusion du livre en Bretagne.
Un entre-soi qui pourrait coûter cher
Le Festival du livre en Bretagne reste un rendez-vous important, l’un des rares à rassembler chaque année l’essentiel de l’édition bretonne. Mais à force de parler aux mêmes, avec les mêmes codes et les mêmes débats, il risque de ne plus toucher que le noyau militant du mouvement breton qui l’a vu naître. Or la culture bretonne ne survivra pas sans gagner de nouveaux lecteurs, et pour cette édition par exemple, ceux qui vont au stade, regardent le Tour de France ou suivent la Route du Rhum sans jamais avoir mis les pieds à Carhaix.
Le thème de la 38e édition n’est pas encore connu. Elle aura lieu les 30 et 31 octobre 2027, à Carhaix.
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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