Lionel Biton : « le bruit tue, il faut mettre l’aéroport à Notre-Dame-des-Landes » [interview]

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14/09/2017 – 05h20 Notre-Dame-des-Landes (Breizh-Info.com) –  Dans le camp des pro-Notre-Dame des Landes, il y avait déjà l’association Ailes pour l’Ouest (ex-ACIPRAN), plutôt proche de la CCI et de certains patrons. De l’autre côté de l’échiquier, proche de la municipalité nantaise, l’ACSAN, opposée au survol de Nantes.

En avril 2016 émergea le COCETA (Collectif citoyen engagé pour le transfert de l’aéroport), supposé être la voix des riverains immédiats de Nantes-Atlantique à Saint-Aignan-de-Grandlieu. Nous avons interviewé sa figure de proue, Lionel Biton, qui travaille dans l’investissement immobilier.

Breizh-Info : Lionel Biton, merci de nous recevoir. Ce 11 septembre, nos confrères de Presse-Océan laissent planer l’idée que l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ne décollera pas. Qu’en pensez-vous ?

Lionel Biton : Ce sont des bruits de couloir qu’on fait circuler. Comme si le bruit d’ailleurs était le seul problème. C’est un des problèmes sur lequel s’appuient les opposants. Un médecin dans notre équipe a constaté que des décès étaient liés aux bruits intermittents émis par l’aéroport, des infarctus notamment.

Breizh-Info : Pourtant, dans un récent rapport, l’ACNUSA (autorité administrative indépendante de contrôle des nuisances aéroportuaires) affirme que la technologie a divisé par deux le bruit des avions depuis la fin des années 1990, que le plan de gêne sonore de Nantes-Atlantique est surdimensionné et que le progrès de la technologie rend inutile le projet de Notre-Dame-des-Landes. Qu’en dites vous ?

Lionel Biton : Je vais vous inviter chez moi, vous verrez s’il n’y a plus de bruit… Là où j’habite, cinq femmes sont décédées prématurément ; elles sont en plein dans l’axe des avions. Il y a six semaines, j’ai perdu ma femme. Elle a fait une rechute du cancer, elle ne supportait plus le bruit des avions.

Breizh-Info : Donc pour vous c’est une affaire personnelle ?

Lionel Biton : Oui. Mais le stress fait partie des causes. Selon les conclusions du médecin qui fait partie de notre collectif, dans les cinq ans qui viennent – puisque NDDL n’a pas été mis en service en octobre 2017 et qu’il va falloir au moins attendre cinq ans qu’il le soit, à condition que les travaux commencent – il y a neuf personnes qui vont décéder de maladies cardio-vasculaires à cause du non-transfert chaque année. Soit 45 personnes en tout.

Breizh-Info: Que pensez-vous de la ZAD ?

Lionel Biton : Ce qui m’énerve, ce n’est pas leur façon d’y vivre, mais le fait que c’est une occupation illégale. La ZAD doit être évacuée, que l’aéroport se fasse ou pas d’ailleurs.

Breizh-Info : Les partisans du projet s’appuient sur le vote de juin 2016 comme base de l’expression démocratique. Justement, à Nantes, malgré des décennies de propagande municipale tous azimuts pour le projet, le « non » n’est qu’à 100 voix derrière le oui, et à Rezé, ville que les avions survolent bien plus et bien plus bas qu’à Nantes, le non l’emporte nettement. Comment l’expliquez-vous ?

Lionel Biton : Nantes n’est pas trop impacté. Le centre-ville n’est pas survolé. En 2021 la dérogation va tomber et le centre va être survolé.

Breizh-Info : Les avions passent juste au-dessus du centre-ville. Difficile de faire plus…

Lionel Biton : La trajectoire doit être juste au-dessus de la tour de Bretagne. Cela va venir, et ce ne seront plus 40.000 mais 80.000 nantais qui seront impactés. Les gens ne réagissent qu’en fonction de leurs intérêts. Beaucoup ne connaissent pas le dossier.

Breizh-Info : Quel est l’avenir du site de Nantes-Atlantique si l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes se fait ?

Lionel Biton : La piste est conservée pour Airbus, mais vu le peu de trafic, le plan d’exposition au bruit saute et tout est aménagé en zone industrielle.

Breizh-Info : Pas de logements donc ?

Lionel Biton : Non, mais à l’intérieur du périphérique, ce seront 6.000 logements qui pourront être faits et qui sont actuellement dans la zone de bruit. De quoi réduire l’étalement urbain et les déplacements.

Breizh-Info : C’est bon pour le bâtiment ?

Lionel Biton : Quand le bâtiment va tout va.

Breizh-Info : Que pensez-vous des projets d’agrandissement de l’aéroport que défendent les opposants au projet ?

Lionel Biton : Ils sont irréalistes. La piste ne peut pas être allongée à cause du lac de Grandlieu, et une piste sécante couperait la voie ferrée vers Pornic et la route de Pornic. Et puis il y aurait un impact sur le lycée de Bouaye, qui se retrouverait au bout de la piste. Or, on a une prof du collège Bellestre dans le collectif qui nous explique que les élèves de Saint-Aignan ont un retard scolaire par rapport aux autres quand ils arrivent en sixième. Il y a des études sur le bruit intermittent qui ont déterminé qu’il a un impact sur le retard scolaire.

Breizh-Info : Reprenons. C’est le bruit intermittent qui induirait des retards scolaires et des maladies cardio-vasculaires ?

Lionel Biton : Oui.

Breizh-Info : Que ce soit un aéroport ou non ? Une voie ferrée par exemple ? Une autoroute ?

Lionel Biton : Oui.

Breizh Info : Alors ces études peuvent être vérifiées à Paris par exemple, dans des quartiers traversés par le chemin de fer, les RER, le métro aérien ou non, le périphérique… on doit y voir des retards scolaires importants et une surmortalité ?

Lionel Biton : Oui, au delà de 45 décibels, et dans la tranche de 60 à 70 décibels.

Breizh-Info : Alors on fait quoi ? Il y a un enjeu de santé publique. On ferme Paris, le périphérique, les voies ferrées, le métro ? On évacue la population à la campagne, dans un coin bien calme ?

Lionel Biton : Ce n’est pas parce qu’il y a une situation déplorable dans un coin qu’il ne faut rien faire ici ! D’ailleurs il y avait des études sur le bruit qui devaient être lancées en 2004-2005, elles ne l’ont jamais été.

Breizh-Info : Que pensez-vous de l’action de Jean-Marc Ayrault pour l’aéroport ?

Lionel Biton : Il n’a pas fait le boulot comme il aurait dû le faire. Il y a eu un manque de courage politique dans l’opération César, la ZAD était presque reprise aux opposants.

Breizh-Info : Et il a manqué de très peu d’avoir des morts, notamment les 23-24 novembre lorsqu’une ambulance avec un blessé grave a été arrêtée par les gendarmes, et que l’ambulancier a dû ruser pour pouvoir ramené ledit blessé à l’hôpital. Un médecin avait détaillé précisément le nombre de blessés qu’il avait dû prendre en charge. En France, au XXIe siècle, c’est très choquant d’en arriver là – d’ailleurs, cela avait tellement choqué sur le moment qu’une manifestation spontanée de 9.000 personnes avait manqué de prendre d’assaut la préfecture à Nantes, jusqu’à ce que le gouvernement annonce que le défrichage serait repoussé de six mois. C’était la fin de l’opération César…

Lionel Biton : Quand des gens s’opposent à une décision prise par tous les pouvoirs politiques, où s’arrête-t-on ? Si on s’appuie sur une minorité, il n’y a plus de démocratie. Ce n’est pas du tout souhaitable qu’il y ait des morts, mais comment évacuer une zone qui appartient à l’Etat ?

Breizh-Info : Dernière question. A quoi sert pour vous la médiation lancée par Macron ?

Lionel Biton : Ce sont six mois pour apaiser les tensions et évacuer la ZAD. L’aéroport de Notre-Dame-des-Landes doit se faire.

Propos recueillis par Louis-Benoît Greffe

Crédit photo : DR
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  • dhainaut gregory

    C’est vrai que Nantes et son agglomération, alors que la majorité des utilisateurs de l’aéroport sont citadins ou périurbains, peut être protégé du bruits, tandis que les habitants de Notre Dame des Landes et villages alentours eux peuvent le subir .(aéroport et nouvelles quatre voies)…. ?
    Et la pollution et les inondations engendrées par la destruction de zones humides, il n’y aura aucun impact sur le stress et sur la santé publique ?
    Et la hausse des transports pour se rendre au nouvel aéroport, combien de morts (par accidents ou pollution, rappel, l’asthme et les maladies respiratoires tuent !) ?

    Mais tout est dit, Lionel Biton travaille dans l’investissement immobilier, il est comme Vinci, il défend Notre Dame des Landes pour un intérêt financier personnel !

    • Chris Bert

      Oui Gregory ton poste prouve bien qu’il est impossible de discuter avec certains opposants à NDDL. De toute façon et quels que soient les arguments qu’on mettra en face,tu vas toujours finir par nous dire que tu auras raison !! Alors oui on va dire que les 900 hab de NDDL concernés par le plan d’exposition au bruit comptent autant que les 45.000 de la banlieue sud de Nantes. Puisque c’est ce que tu veux entendre.

      • Cianne

        si NDDL se faisait, ce ne serait plus 900 habitants concernés mais des dizaines de milliers qui viendraient s’installer à proximité dans l’immobilier qui pousserait comme des champignons justement parce que des promoteurs n’attendent que cela !

  • escargot

    Irma a tué. Arrêtons les avions.

    Il n y aura jamais d aéroport à nddl !

    • Mopiti

      Aucun rapport avec Irma!!! Et d’ailleurs merci les avions, en ce moment, aux Antilles!!!
      Nddl se fera, c’est évident!

  • An

    C’est malheureux pour les personnes impactées mais l’aéroport de Château-Bougon ne date pas de la Zad.
    Personne ne les a forcer à s’installer à proximité.
    Le survol de Nantes reste néanmoins un problème. La solution, à long terme (c’est là que ça coince chez les légitimistes du Système), la plus économique est de désengorger Nantes-Atlantique en privilégiant les interconnexions avec Rennes Saint-Jacques. Comment ? En fusionnant les directions. Virer une bonne moitié de parasites de CCI et autres joyeusetés, ça fait déjà quelques économies sur les salaires.
    L’idéal technique serait d’y ajouter une ligne de train rapide mais destructrice pour l’environnement. Ça mériterait tout de même d’être étudié et pourquoi pas trouver des zones de compensations en parallèle.
    Investir sur l’aéroport de Brest également. Fermer tous les aéroports et simili aérodrome, aérogare qui servent à 2 ou 3 fortunes provinciales ici ou là dans l’année pour en faire des petits Tempelhof armoricains.
    Des choses comme ça.
    Mais pas des idées des années 60 ou pour des naïfs pensant qu’économiser plus d’argent valaient le coût de s’user la santé quelques années en espérant un transfert.
    Rien ne les retient d’ailleurs.
    C’est dur mais ça pourrait servir de leçon.
    C’est triste si seulement de l’aigreur en sort.
    Et c’est surtout la 2e option qui va gagner.
    C’est un projet de pourris sans envergure qui a fini par pourrir l’atmosphère des deux côtés de la Loire.

    • Mopiti

      C’est qui les naïfs?!! Avec une fréquentation monstre en telle augmentation qu’elle dépasse toujours les prévisions, un accord avec Rennes est tout bonnement irréaliste!!! Quand aux habitants autour de NA, beaucoup ont acheté ou construit sachant que l’aéroport serait déplacé officiellement, depuis 30 ans d’ailleurs ils le savent! Et je ne vois absolument pas l’avantage environnemental de construire une ligne express de train : autant le faire à NDDL.

    • Chris Bert

      Je ne crois pas à un accord avec les Rennais (et pourtant c’est la même direction à savoir VINCI) ou alors il faudrait que certains dirigeants de la CCI de Rennes apprennent les mots humilité, mesure et respect, bref c’est loin d’être gagné! En ce moment certains de la CCI rennaise petent plus haut que leur c.. et depuis que leur aéroport a réussi à faire +18% de fréquentation l’an dernier ( oui c’est risible avec 600k /an) et qu’ils mettent 30min de moins pour rallier Paris enTGV, eh bien ils se voient comme la nouvelle métropole de l’ouest, celle qui va écraser Nantes ! Tant que vous aurez ce pitoyable état d’esprit chez les dirigeants rennais, il n’y aura aucune concession à attendre des dirigeants de Nantes Atlantique

  • Jean-Marie Penin

    Quand CDG Roissy a été construit, c’était dans un désert. QQues années plus tard, des milliers de gens avaient construit leur maison (sur des terrains pas chers) et se sont mis à hurler contre les nuisances sonores…L’aéroport actuel de Nantes n’est pas saturé, peut être agrandi/amélioré sans détruire une zone humide supplémentaire, mais, bien sur, au détriment des promoteurs immobiliers qui reluquent les terrains qui pourraient se libérer.

    • Mopiti

      Toujours la même excuse des méchants investisseurs et d’une zone humide de piètre qualité détruite.

  • Hervé Bossiere

    Il est gentil ce lionel! 6000 logements et il travaille où? Il oublie de dire que si le transfert se fait à NDL il reste la piste d’airbus! Ce qui ne change rien pour les Nantais et le bruit!