« N’écoutez pas les discours nationalistes » : Tom Enders ordonne aux salariés d’Airbus quoi penser des enquêtes pour corruption

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20/10/2017 – 07h30 Toulouse (Breizh-info.com) – Il y a dans les grandes entreprises un certain esprit d’Histoire. Les vieux bâtiments, oui, les implantations anciennes, mais aussi les cités ouvrières, les secours, loisirs et écoles construites par la direction ou encore le paternalisme. Si Airbus ne s’embarrasse plus de cités ouvrières, d’écoles et d’hôpitaux, pas plus que Michelin et les rescapés du textile français, les traditions restent. Ainsi, Tom Enders, le PDG de l’avionneur, a écrit à l’ensemble des salariés du groupe et de ses principales filiales une lettre fort intéressante qui nous a été transmise.

Airbus s’apprête en effet à passer dans une zone de turbulences : plusieurs enquêtes pour corruption le visent en Grande-Bretagne et en France où la loi Sapin 2 pourrait s’appliquer pour la première fois si des infractions sont retenues contre l’entreprise. Dans ce cas elle pourrait se voir appliquer une amende égale à 30% du chiffre d’affaires moyen de la société. De gros enjeux qui inquiètent le patron, Tom Enders. Sans oublier les dommages collatéraux : pertes d’images, annulation possible de commandes, surexposition médiatique, tensions diplomatiques à tous les bouts du mécano transnational (essentiellement français et allemand tout de même) qu’est Airbus, pressions politiques etc.

Bref, comme les chemins de l’enfer, sa lettre était pavée de bonnes intentions. Même si elle commence par s’attaquer à la presse : « il semblerait qu’une nouvelle série d’articles de presse, au sujet des questions de conformité et des enquêtes en cours, soit imminente. Ce n’est pas surprenant (…) mais je tenais à partager avec vous quelques réflexions avant que des « informations » ne vous parviennent d’autres sources dans les prochains jours ».

La mise entre guillemets des « informations », qui désignent les révélations que la presse ne manquera pas de faire au sujet des enquêtes pour corruption en dit long : il y aurait-il une bonne presse, celle qui encense les réussites commerciales et industrielles d’Airbus, et une mauvaise, celle qui explique les restructurations du groupe ainsi que ses éventuels ennuis judiciaires ? Une mauvaise presse dont les informations, mises entre guillemets, seraient considérées comme des mensonges par la direction d’Airbus ? La formule est pour le moins maladroite.

airbus

Et ce n’est pas fini, puisque quelques paragraphes plus loin, Tom Enders se livre à un exercice d’anticipation : « nous serons probablement confrontés à une exposition médiatique fréquente, factuelle ou pas, à des fuites et fausses allégations répandues par des personnes ayant un intérêt à discréditer la direction d’Airbus. Préparez-vous à vivre une période turbulente et déroutante ». Là encore, la missive continue son vol erratique – s’il est fort probable que, lorsqu’une entreprise ou une entité connaît la tourmente, des mensonges se font jour, la lettre semble accuser cette mauvaise presse – encore elle. « Dites du mal, il en restera toujours quelque chose » : pour le coup, le dicton semble avoir été retourné par Tom Enders contre les journalistes, coupables de faire décoller les vérités qu’il ne faut pas dire.

Juste après, Tom Enders donne ses consignes. A l’impératif. « Soutenez votre direction et le Conseil d’administration, et croyez en leur action ». Ceux qui font le péché de ne pas croire, les hérétiques, seront-ils brûlés sur le bûcher ou seulement licenciés ? « N’écoutez pas les discours simplistes ou nationalistes » : Bigre, on pèche aussi par la pensée ! Airbus est une entreprise mondiale et mondialiste : quand ça marche bien, on peut se glorifier de la construction aéronautique française (ou bretonne) et de l’organisation allemande. Quand tout va mal, il est interdit d’être patriote, seul importe le discours de la direction. Tom Enders demande aussi : «  n’alimentez pas les rumeurs ». Traduction : ne donnez pas à cette mauvaise presse – celle qui fouille autour d’Airbus – matière à ses articles. Vite, une loi des suspects !

Enfin, Tom Enders ordonne à ses ouvriers : « restez concentrés sur votre travail car nos défis sont nombreux ». Traduction moderne du « tais-toi et boulonne ». On n’omettra pas de citer l’aboutissement du paragraphe : « Adoptons plutôt le flegme britannique : keep calm et carry on ». En gros, faisons le dos rond pendant la tempête le temps que ça se passe. Ou que ça casse.

En matière de flegme britannique, on est plus près de la réaction paniquée d’une direction qui sait que tout se sait (ou finit par se savoir) et qui essaie de resserrer les rangs dans l’urgence. Le résultat de ce courrier qui semble bâclé sur le coin d’une table par un haut dirigeant qui tentait désespérément de se rappeler de ses cours de communication d’entreprise dans son école de commerce, vingt ans avant, risque d’être pire que le mal. En plus de donner des idées à cette presse dont Airbus craint tellement les « informations ».

Louis Moulin

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2017, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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1 COMMENTAIRE

  1. très mauvaise vision du discours tenue par le chef de airbus, il essaie de rassurer ses employés, comme l’as fait alain bellemare au canada. Lui à été applaudis ici on crache sur cette manière de faire. il previent ses employé de ce qui va arriver et appuis sur le fait que pour faire taire les critique il faut être sérieux et travailler ce qui est la bonne réponse.

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