08/01/2018 – 07h45 Rennes (Breizh-info.com) – Plus de groupe à l’Assemblée nationale, plus de groupe au Sénat, c’est la fin des haricots pour les écologistes. Conséquence : l’effondrement de la manne financière que représente le financement public qui est passé de 2,8 millions d’euros en 2017 à 1,1 million d’euros à partir de 2018 et pendant cinq ans.

Situation aggravée par la chute des cotisants : de 7 000 adhérents à jour de cotisation en 2016, EELV est passé à 4 200  en 2017 (Le Monde, 23 août 2017). On a donc supprimé 10 emplois de permanents sur 14 et vendu le siège parisien (La Chocolaterie). Mais tout n’est pas négatif puisque les 15 membres du bureau exécutif ont conservé leurs indemnités : 150 000 euros par an à se partager (Le Canard enchaîné, 12 juillet 2017).

En Bretagne (4), le groupe écolo a disparu au conseil régional. Lessivé par Jean-Yves Le Drian. Pour le mandat 2010 – 2015, la liste EELV, conduite par Guy Hascoët, avait obtenu 12,21% des suffrages exprimés au premier tour ; elle était donc autorisée à se maintenir au second. Le 21 mars 2010, elle obtenait 17,37% des voix ce qui lui donnait 11 sièges ; soit 7 pour les écologistes pur jus : Guy Hascoët, Gaëlle Rougier, Sylviane Rault, René Louial, Janick Moriceau, Yannicj Bigouin, Anne-Marie Boudou, et 4 pour leurs alliés de l’UDB : Henri Gourmelen, Mona Bras, Naig Le Gars et Christian Guyonvarc’h.

Changement de programme en 2015, la liste écolo, dirigée par René Louail, n’arrive qu’en cinquième position, devancée par celle du Front national et celle de Christian Troadec (qui a fait alliance avec l’UDB). Avec seulement 6,70% des suffrages, les écologistes ne peuvent se maintenir au second tour. Pour qu’ils retrouvent le conseil régional, il aurait fallu que Jean-Yves Le Drian leur accordât une place sur sa liste pour le second tour. Mais comme le ministre de la Défense les déteste, il se garde bien de leur faire ce cadeau ; il se contente de souligner que sa liste a déjà réalisé le rassemblement de toutes les sensibilités de la gauche, y compris les écologistes. A vrai dire, les « écologistes » étiquetés Le Drian se limitent à Dominique Ramard. Tandis que les écologistes sont trois : Mona Bras, Lena Louarn et Paul Molac.

Dans ces conditions, on comprend que les militants d’EE-LV n’aient plus le moral. « En Bretagne, région où les Verts ont toujours réalisé de bons scores, une bonne centaine d’adhérents ont déserté les rangs du parti, douchés par les guerres intestines nationales autant que par les revers électoraux », écrit Pierre-Henri Allain (Libération, vendredi 29 décembre 2017). Beaucoup se sont reconvertis : «  C’est désormais au quotidien comme au sein d’associations citoyennes ou environnementales qu’ils font entendre leur voix ». L’un d’eux, Gérard Caillou, 63 ans, qui résume ainsi la situation : « En 2015, quand je me suis aperçu que les élus EE-LV à l’Assemblée nationale ne tenaient pas compte des remontées des fédérations et qu’on avait plus affaire à des écologistes mais à des « égologistes », je n’ai pas renouvelé mon adhésion. Des gens comme Jean-Vincent Placé, dont l but ultime était de devenir ministre ou Emmanuelle Cosse, l’ex secrétaire nationale qui a rejoint Hollande sans prévenir personne, ont tué l’esprit de l’écologie politique qui se mettait en place. » (Libération, vendredi 29 décembre 2017).

Tant que les élus écologistes ne dépassaient pas le stade de conseiller régional ou d’adjoint au maire, ils conservaient l’esprit militant de leurs débuts. Mais, pour certains, devenir député ou sénateur, ou à plus forte raison ministre, leur a monté à la tête. Devenus de petits politiciens magouilleurs, ils ont désespéré les vrais militants et tué leur parti.

Aujourd’hui, en Bretagne, tous les parlementaires écologistes ont quitté la maison et se sont reconvertis dans d’autres structures. François de Rugy, député de Nantes – Orvault, a rejoint les « marcheurs » et en a été récompensé par le confortable job de président de l’Assemblée nationale. Chez les sénateurs, Ronan Dantec (Loire-Atlantique) et Joël Labbé (Morbihan) se sont rattachés au groupe du Rassemblement démocratique et social européen (RDSE) au Palais du Luxembourg. En rejoignant ce groupe ouvert et diversifié, les deux sénateurs bretons « s’assurent une liberté de parole et de vote indispensable pour exprimer leur positionnement en faveur de la transition écologique, énergétique et démocratique » (Ouest-France, jeudi 5 octobre 2017). Joël Labbé explique ainsi son départ : « Je ne suis pas un homme d’appareil » (Bretons, décembre 2017). Il est même parvenu à se faire réélire en septembre 2017 en devançant largement les autres candidats ; son nom à suffi, pas besoin d’une enseigne nationale. Avec sa liste « vivre nos territoires », composée d’élus ruraux sans étiquette, Ronan Dantec parvient, lui aussi, à se faire réélire aisément. Adieu Europe Écologie – Les Verts !

Bernard Morvan

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