14/01/2018 – 06h45 Nantes (Breizh-info.com) – Philippe Bilger, le plus  médiatique des magistrats quoique retraité, observateur et commentateur au quotidien de l’actualité politique et judiciaire, donnait une conférence, à Nantes, le  11 janvier, à l’invitation de l’observatoire des médias  de l’université permanente. Il anime aussi un blog fort peu conformiste : justice au singulier.

Devant un amphi comble, Philippe Bilger devait intervenir sur le thème « affaires, médias justice la transparence à tout prix » mais il avait « juste un peu envie de le traiter », préférant de beaucoup s’entretenir avec le public. Celui-ci eut droit à un véritable show un peu dans le genre de l’acteur Fabrice Luchini. Avec pas mal de narcissisme aussi,  quoiqu’il s’en défende, mais  du bout des lèvres.

Son  exposé fut donc bref. Revenant sur sa carrière judiciaire, il décoche quelques flèches sur les gardes des Sceaux des deux derniers quinquennats : « Rachida Dati qui préférait les boutiques de la place Vendôme à son ministère », Michelle Alliot-Marie « encore pire » et  « Taubira l’apothéose dans le pire ». Quant à Sarkozy, « il a remarquablement dévoyé l’état de droit durant cinq ans ». Pendant quarante ans de carrière Bilger reconnait s’être senti « étranger » dans le monde de la justice, que ce soit dans le droit de la presse ou aux assises. Hostile au corporatisme judiciaire, « il adhérait à des valeurs et des principes avec une pensée libre et solitaire ». Durant tout ce temps il considère ne s’’être jamais exprimé « que sur le métier »; pour l’ancien avocat général, « les citoyens doivent se mêler de la justice, le peuple c’est fondamental ». Selon lui, la diminution du nombre des jurés fut « une grosse erreur », ajoutant qu’en France « on ne touche qu’à ce qui marche bien ».

Quoique ayant fondé L’institut de la parole en 2011, Bilger se méfie de l’éloquence – « un moyen de dissimuler sa pensée ou une cerise sur un gâteau vide ». La défense de la liberté d’expression est pour lui « le socle fondamental de la démocratie » d’où son soutien indéfectible à Eric Zemmour.

Ensuite, pendant plus d’une heure Philippe Bilger  a répondu aux questions du public. Petit florilège :

Le syndicat de la magistrature et l’affaire du mur des cons  :  selon lui, on aurait mieux fait de dire « les cons du mur », c’est un syndicat partisan et politique qui se sert de la justice, « il a entrainé la magistrature entière dans un naufrage » ajoutant « j’y figurais, c’était un honneur, mais très mal placé car à côté des Balkany ».

La liberté de parole et le droit de réserve : à la XVIIème chambre (droit de la presse) Bilger considère qu’il n’a jamais mis en péril sa liberté de magistrat, reconnaissant qu’il a « dérangé, troublé parmi  une magistrature frileuse et mensongère qui empêche de parler vrai ».

La réédition des pamphlets de Céline : Bilger y est favorable : « Céline est un génie furieux qu’on ne peut pas découper en tranches ». On ne peut pas priver du droit de lire à partir d’approches subjectives, personnelles – Corbière-  ou douloureuses – Klarsfeld- ». Gallimard en suspendant cette réédition a fait preuve de « lâcheté ».

Le projet de Macron de légiférer sur « les fake news » : aurait-il été inspiré par l’avocat Jean-Pierre Mignard, passé du socialisme au macronisme ? Ce sera une loi qui ne servira pas à grande chose mais pourra « être dangereuse dans ses effets ».

Tout est-il permis pour défendre une cause ?  Philippe Bilger y voit une interrogation sur l’avocat Dupont-Moretti surnommé  Acquitator. Celui-ci est « sanctifié depuis l’affaire d’Outreau », il se croit tout permis car il sait qu’en face de lui on ne réagira pas. C’est ce qui s’est passé dans le récent procès Tron. Mais « le plus grand danger pour Dupont-Moretti c’est lui-même ».

 L’état des prisons : il ne faut pas raisonner sur la seule surpopulation carcérale. La population qui s’y trouve n’intéresse pas,« elle n’est pas passionnante pour l’opinion et on la comprend, (…) dans beaucoup d’établissements ce sont les détenus qui font la loi ». La classe politique ne fait que le déplorer mais « Taubira n’ a pas bougé un petit doigt, ni changé un matelas ». La droite a repris les idées de la gauche : la prison est l’école du crime, c’est la société qui crée le délinquant. Selon lui, le pire exemple en est Jean-René Lecerf, sénateur UMP du Nord, qui a cautionné tous les  délires de la gauche en matière judiciaire. Philippe Bilger est pour l’exécution intégrale des peines, mais « à la sortie de prison il faut tout faire pour aider à la réinsertion ».

Les réformes de la justice : La loi Dati sur les courtes peines était « imbécile », depuis il n’y a aucun respect pour l’autorité judiciaire qui se dénie elle-même alors que paradoxalement on judiciarise tout. Pour Bilger il faut limiter les voies de recours dilatoires. Il a aussi le sentiment que le président de la République ne s’intéresse pas à la justice, sauf pour son côté « humaniste » comme le téléphone pour les détenus, initiative qu’il préfère ne pas commenter !  De toute façon « Christine Taubira avait tué le poste de ministre de la Justice, pour le pire ».

Catherine Deneuve et la tribune sur la liberté d’importuner : c’est d’une grande maladresse et elle a été mal comprise. Mais les collectifs féministes sont détestables, elles y ont pris le pire de l’homme. Les réponses du milieu artistique prouvent que celui-ci « ne brille pas par ses qualités intellectuelles ».

Les décorations des magistrats : Bilger a appris un jour il figurait dans la promotion du 14 juillet pour la légion d’honneur mais sans l’avoir demandée. « Ne voulant pas ressembler à un maréchal soviétique » il ne la porte pas.  Il s’interroge sur les conditions de son attribution et le rôle de « fraternités de toutes sortes -comme la franc-maçonnerie- et même sexuelles ».

Pour conclure, l’ancien magistrat déclare : « j’aime le populaire et j’adore penser contre moi-même ». Pince sans rire, il ajoute : « je ne suis pas de ceux qui comme  Attali pensent que le monde va s’effondrer car on n’a pas lu la dernière page de son livre ».

François Cravic

Crédit photo : Wikimedia (cc)
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3 Commentaires

  1. Tous les magistrats ne sont,malheureusement,pas aussi lucides que ce monsieur!
    Les Français sont dans  »l’insécurité » permanente à cause de nos magistrats » rouges » qui ne punissent pas l’islamo-racaille comme ils le devraient..Chaque jour des policiers se font tabasser sans pouvoir faire usage de leur arme:Un policier (en civil),sa femme et leur fils ont été poursuivis sur un parking par 4 agresseurs..l’islamo-racaille est  »libre » sous contrôle judiciaire..Les honnêtes  »Français » passent après les terroristes musulmans d’origine étrangère!

  2. Excellent, le plus souvent, Bilger n’est pas indemne de narcissisime en effet, mais ce qu’il dit :La défense de la liberté d’expression est pour lui « le socle fondamental de la démocratie » d’où son soutien indéfectible à Eric Zemmour

    démontre que nos Humoristes sont les dernières Casemates de la ligne Maginot de la Démocratie qui ne semble pas savoir faire mieux! et la libert& de parole ne s’exonère pas de l’exigence de Logique, cohérence ordre sensé des Causes et des Effets (!), d’une argumentation obligée dans cet ordre de la pensée et non pas dégoisage (?!) d’OPINIONS aussi folles qu’infondées…comme c’est le plus souvent le cas dans la Presse et l’Internet: Réseaux dits Sociaux.
    Les capacités intellectuelles sont spécifiques et non générales.Un Pic de la Mirandole est de nos jours impossible même chez des QI supérieurs à 150… On peut être un parfait ingénieur-inventeur ou un superbe comédien ou Ecrivain, et être un parfait crétin par Ailleurs! Dangereux psychiquement aussi: Le Nazisme le Bolchévisme et les Sommités Religieuses dans l’Histoire, nous en ont donné des milliers d’exemples les uns plus atterrants que les autres!
    En ce sens , la Démocratie Electorale est un non-sens parfait condamné à échouer dès que la complexité arrive dans un dossier! c’est à dire presque tout le temps…

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