Les prochaines élections en Italie, qui auront lieu le 4 mars, offrent déjà une certitude : l’absence d’un vainqueur certain.

Elections générales du 4 mars en Italie : mode d’emploi

Il est en effet difficile d’imaginer un parti ou un alliance pouvant obtenir un nombre de sièges pour gouverner tout seul.  La solution la plus probable est donc un gouvernement de coalition, à l’instar de ce qui a été récemment vu en Allemagne, ou même un nouveau retour aux urnes dans quelques mois. Une solution parfaitement envisageable, et qui permettrait aux élites de mettre en place un gouvernement «modéré» réduisant les espérances de changement dans le pays tout en se soumettant aux décisions technocratiques.

Selon les sondages et les prévisions des experts, ce serait le Mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo, qui pourrait arriver en tête et prendre jusqu’à 30%. Mais, en refusant catégoriquement de faire des alliances avec d’autres, le M5S n’aura pas un score assez élevé pour gouverner. Reste à voir si cette volonté d’isolement sera confirmée. En fait, le mouvement a subi une transformation profonde au cours des années. Le candidat à la présidence est aujourd’hui Luigi Di Maio, qui dans cette campagne électorale a été décrié d’abord pour son mauvais usage de la langue italienne mais surtout pour sa volonté d’abandonner toutes les propositions radicales dans le programme du parti.

Fréquentes aussi ont été ses rencontres avec différents représentants des oligarchies financières, qui ont été « rassurés » sur la fiabilité des “grillini”. Dans ce contexte, il est possible que le M5S choisisse de s’allier avec un autre parti pour entrer dans le gouvernement pour la première fois, trahissant ainsi ses électeurs, qui continuent à voter pour lui en raison de la «diversité» des partis traditionnels.

Si le Mouvement 5 étoiles devrait être le premier parti, la coalition qui aura probablement le plus de voix sera celle de centre-droit. Laquelle, cependant, est divisée en deux: d’un côté il y a Silvio Berlusconi, toujours au centre de la scène malgré ses 82 ans. Mais c’est un Berlusconi différent du passé : plus un candidat «révolutionnaire», mais un vieux sage, un politicien modéré, proche des institutions européennes et critique du populisme.

Petit détail: sur le symbole de son parti, Forza Italie, il est écrit « Berlusconi Président », alors même que Berlusconi, en raison de ses condamnations, ne pourra être ni président ni député. A côté de lui, il y a une sorte de petit « front national » représenté par la Lega Nord de Matteo Salvini et par le parti nationaliste Fratelli d’Italia, de Giorgia Meloni.

Ces deux partis ont une ligne dure concernant l’immigration avec des slogans comme « les Italiens d’abord », mais n’ont pas encore expliqué comment ils pourraient appliquer leur programme dans une alliance avec le libéral Berlusconi, d’autant plus que ce dernier n’a jamais caché sa volonté de participer à un gouvernement de coalition avec le Parti démocrate.

Après cinq années de gouvernement, le Parti démocrate semble connaître un déclin drastique et ne fait plus consensus. Si le président du conseil, Paolo Gentiloni, jouit toujours d’une certaine côte, principalement en raison de son style peu ostentatoire, le secrétaire du parti, Matteo Renzi, est une figure très polémique et qui divise.

Les derniers mois du gouvernement ont été caractérisés par une série de scandales impliquant à la fois le père de Renzi et sa plus fidèle proche, Maria Elena Boschi, accusée de comportement troublant envers une banque liée à sa famille.

Son attitude favorable à l’immigration a par ailleurs éloigné les Italiens du gouvernement, un gouvernement qui a tenté ces derniers mois de reprendre du terrain avec certaines décisions « musclées » du ministre de l’Intérieur, Marco Minniti.

Enfin, il y a aussi un nouveau parti qui enlèvera des voix au Parti démocrate : « Libres et égaux »: il s’agit d’un mouvement né d’un groupe de dissidents de la gauche du Parti démocrate et qui n’a d’autre but que de nuire à Renzi. Encore plus à gauche, il y a un petit parti radical, “Pouvoir au peuple”, pour la première fois aux élections.

Au-delà des grands partis, on attend beaucoup de CasaPound Italia, le seul parti à avoir du recueillir des signatures pour se présenter aux élections. La facilité avec laquelle cet objectif a été atteint dans toute l’Italie et les bons résultats obtenus récemment lors de certaines élections locales (Bolzano, Lucca, Ostia) suggèrent que le mouvement de Gianluca Iannone et de Simone Di Stefano est en train de grandir.

Pour la première fois, autour de Cpi se rassemble un vote d’opinion, pas seulement un vote militant. Politiciens de la droite institutionnelle très connus, personnalités du monde du spectacle, journalistes célèbres ne cachent plus leur sympathie pour le « Tortue ». Il reste à voir désormais si l’organisation parviendra à surmonter la barrière des 3%, sans laquelle il est impossible d’entrer au Parlement.

Adriano Scianca

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